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La Prestation canadienne d’urgence, trop facilement accessible?

Des sans-abri dans une rue de Winnipeg.

Rick Lees dit avoir pris conscience de ces abus en voyant arriver des chèques au refuge du Main Street Project à Winnipeg, une maison de transition de 28 lits, qui accueille des sans-abri.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un organisme qui aide les sans-abri met Ottawa en garde contre le manque de contrôle des candidatures à la Prestation canadienne d’urgence (PCU). Des itinérants, qui n’y sont pourtant pas admissibles, reçoivent des chèques dans leur refuge au Manitoba et s'achètent des drogues avec cet argent, selon le Main Street Project de Winnipeg.

La PCU a été conçue pour aider les personnes qui ont cessé de travailler à cause de la pandémie de COVID-19. Ces dernières peuvent recevoir jusqu’à 2000 $ par mois pendant une période de 16 semaines si elles en font la demande. Le système présente pourtant une faille majeure, selon des organismes qui travaillent avec les sans-abri, comme le Main Street Project de Winnipeg.

C’est un peu comme une épée à double tranchant, soutient Rick Lees, le directeur administratif du Main Street Project.

Le gouvernement fédéral a fait un travail incroyable pour remettre rapidement de l’argent aux Canadiens, mais avec un numéro d’assurance sociale et une inscription en ligne, on reçoit 2000 $. Ce que j’y vois, c’est 2000 $ en cadeau.

Entre 10 et 15 % des clients du refuge de la capitale manitobaine ont fait une demande, mais ce taux va sans doute augmenter, estime Rick Lees.

Une partie de cet argent a été utilisé à bon escient par les sans-abri, selon Rick Lees : Mais il y a de l’argent qui circule… Alors on voit plus de drogues utilisées.

La majorité est honnête, dit le gouvernement fédéral

Ottawa estime que la PCU lui coûtera 35 millions de dollars. Plus de 7 millions de personnes se sont déjà inscrites pour l’obtenir.

Afin d'assurer un accès rapide aux aides, le gouvernement fédéral a décidé d’accepter toutes les candidatures et de vérifier plus tard si elles sont acceptables. Le processus pour s’inscrire prend moins de 5 minutes.

Pour recevoir cette aide d'urgence, il faut notamment avoir cessé de travailler en raison de la COVID-19, ne pas avoir quitté volontairement un emploi et avoir eu un revenu d'au moins 5000 $ en 2019 ou dans les 12 mois précédant la date de la demande. Les personnes qui travaillent toujours, mais en gagnant moins de 1000 $ par mois, y ont également désormais accès.

CBC/Radio-Canada n’a pas reçu de réponse du gouvernement fédéral au sujet des sans-abri qui reçoivent la PCU.

La ministre est debout dans la Chambre des communes et répond à une question de l'opposition.

La ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l'Inclusion des personnes handicapées, Carla Qualtrough, reconnaît que la facilité d'obtention de la PCU augmente les risques de fraude.

Photo : Radio-Canada

En revanche, la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l'Inclusion des personnes handicapées, Carla Qualtrough, a dit à un journaliste de CBC/Radio-Canada vendredi qu'elle avait entendu parler de personnes qui s'inscrivent au programme d’aide, sans y avoir droit.

Je pense vraiment que la majorité des personnes au Canada sont honnêtes, a-t-elle affirmé.

Nous savions que nous devions donner de l’argent aux gens. Nous avons pris le risque et nous allons continuer à travailler dur pour minimiser l’impact sur le portefeuille du gouvernement.

Les gens vont devoir payer la note

Peu de personnes réalisent que cet argent est imposable, dit Harold Dyck, conseiller en aide sociale dans l’entreprise Low Income Intermediary Project. Il craint que certains ne sollicitent cette aide sans comprendre ce qu’elle implique.

Si une personne n’est pas admissible à la PCU et l’obtient quand même, l’Agence du revenu du Canada peut aussi demander le remboursement d’autres prestations fédérales.

Si quelque chose vous paraît trop beau pour être vrai, renseignez-vous.

Harold Dyck, conseiller en aide sociale, Low Income Intermediary Project

Au bout du compte, les gens vont devoir payer la note, ajoute-t-il. Harold Dyck invite tous ceux qui ont reçu la PCU sans y avoir droit à la rembourser au gouvernement.

Il met également en garde les personnes qui cumulent les aides du provincial et du fédéral. Au Manitoba, par exemple, les personnes qui reçoivent la PCU doivent déclarer cette somme au gouvernement provincial comme revenu, même si cela implique de devoir renoncer à une partie des aides provinciales.

Dans le cas contraire, elles auront une mauvaise surprise en faisant leur déclaration d’impôt l’an prochain, dit le conseiller. La province peut leur faire payer pour un « trop-perçu », explique-t-il.

Si elles dépendent des aides sociales, le gouvernement va retirer une partie de ces aides de leurs chèques tous les mois, jusqu’à ce que le remboursement soit effectué, indique Harold Dyck.

Contrôles et indulgences d’Ottawa

Rick Lees, le directeur administratif du Main Street Project, demande au gouvernement fédéral d'effectuer davantage de vérifications avant de remettre la PCU aux demandeurs.

Ce dernier doit s'attendre à ce que les sans-abri et les personnes qui ont des problèmes de dépendance ne puissent pas payer d'impôt sur ces aides, dit-il. Ottawa devrait faire preuve d’indulgence afin de ne pas les pénaliser, selon lui.

Avec les informations de Kristin Annable

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