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analyse

Qu’est-il arrivé au principe de précaution?

Des pupitres séparés d'au moins deux mètres.

Le Québec est la seule province à mettre les écoles au premier rang du déconfinement.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Robillard

Qu’est-il arrivé au principe de précaution? Qu’est-il arrivé à la bonne vieille prudence? « First, do no harm », disent les médecins : « D’abord, ne pas nuire. »

Lundi prochain, sur les 50 États américains et les 10 provinces canadiennes, le Québec sera le seul à commencer la réouverture de ses écoles, sauf dans la région de Montréal qui attendra une semaine de plus. Celui qui était son seul compagnon sur cette route, l’État du Montana, y a finalement renoncé la semaine dernière.

Il y a plein de versions des politiques de déconfinement. Mais le Québec est le seul à mettre les écoles au premier rang.

Seul, donc, alors que la région de Montréal reste l’une des plus touchées par le COVID-19 sur le continent. Seul, alors que l’épidémie n’est clairement pas maîtrisée au Québec. Seul, alors qu’un nombre important de parents s’interrogent sur cette précipitation.

Dans le reste du Canada, on ne va pas critiquer ouvertement le gouvernement Legault, mais on s’interroge tout de même. En Colombie-Britannique, le ministre de l’Éducation Rob Fleming disait la semaine dernière que « décider de la date au lieu de mettre tous ses efforts à avoir un plan, c’est procéder à l’envers ».

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a souhaité bonne chance à son ami François Legault en disant qu’il n’allait pas suivre son exemple. Je ne vais pas risquer la santé et le bien-être des gens en Ontario pour quelques semaines ou mois. Ce serait un désastre si nous allions de l’avant, rouvrions l’économie et que quelque chose ne fonctionne pas.

Les dangers du stop-and-go

Au Québec, même des gens qui se réjouissent officiellement de la reprise de l’activité économique craignent qu’on doive ouvrir pour ensuite refermer. Les manufacturiers doivent planifier leur reprise progressive, on ne peut pas se permettre de faire du stop-and-go. On doit pouvoir s’engager auprès de nos clients et fournisseurs, disait Véronique Proulx, PDG des manufacturiers et exportateurs du Québec.

La même chose serait vraie dans les écoles, si on devait y accueillir les enfants pour les retourner chez eux quelques jours plus tard.

Pourtant, le premier ministre Legault n’en démord pas, l’ouverture des écoles et des garderies le 11 mai dans certaines régions sera la première étape de la reprise. Et ensuite on avisera, et on reculera si nécessaire, selon la situation sanitaire.

Le premier ministre a évoqué des raisons « sociales » pour justifier la réouverture des écoles. Mais au lieu d’expliquer pourquoi il fallait absolument ouvrir les écoles dès maintenant, M. Legault a présenté le tout comme un choix en noir et blanc entre la reprise et un prolongement indéfini du confinement. Comme si l’option d’attendre encore un peu n’existait pas.

Les six conditions de l’OMS

En conférence de presse, jeudi dernier, M. Legault disait suivre « de très près » les six conditions de l’OMS. Or, il est clair qu’au moins pour ce qui est des deux premières — avoir le contrôle de l’épidémie et une capacité de déterminer, de tester et d'isoler les cas — le Québec ne remplit pas les critères.

La capacité de tester devrait augmenter cette semaine, a soutenu le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda. Mais à moyen terme, une composante importante du plan de la santé publique manquera à l’appel.

Santé Canada a, en effet, révoqué l’autorisation d’utiliser les tests de la société Spartan Bioscience. Le Québec avait acheté 200 000 tests et 100 appareils de diagnostic au coût de 16 millions de dollars. Ce n’est évidemment pas la faute du gouvernement qui a fait pour le mieux, mais cela va retarder l’augmentation du nombre de tests effectués.

Surtout, le nombre de décès et de nouveaux cas n’est pas en diminution. Nous sommes plutôt sur un long plateau où on ne voit que peu de variations quotidiennes.

M. Legault a pris l’habitude depuis quelques jours de séparer les « deux crises » que vivrait le Québec, l’une dans les résidences de personnes âgées — où la situation reste critique et le sera encore pour un bout de temps — et celle dans le reste de la population où l’épidémie serait maîtrisée.

Or, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (Nouvelle fenêtre) : il y aurait eu, jusqu’au 2 mai, 457 décès au Québec qui ne sont pas survenus en CHSLD ni dans les résidences pour aînés. Et ce nombre est en croissance plutôt rapide : il a presque doublé, passant de 251, le 20 avril, à 457 en seulement 12 jours.

M. Legault n’aime pas ces comparaisons, mais il reste que ce nombre de 457 décès hors des résidences de personnes âgées au Québec est nettement plus élevé que les 208 décès — personnes âgées comprises! — en Colombie-Britannique et en Alberta. Deux provinces dont la population combinée est supérieure à celle du Québec.

Difficile, donc, de parler d’épidémie maîtrisée. Ce qui devrait faire de la simple prudence une vertu, plutôt qu’un embêtement.

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