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« On ne court pas un marathon, on court un ultramarathon », selon la Dre Joanne Liu

Une femme apparaît sur un écran de caméra.

La docteure Joanne Liu, pédiatre et urgentiste, sur le plateau de Tout le monde en parle, le dimanche 3 mai 2020.

Photo : Radio-Canada

Pour l'ancienne présidente de Médecins sans frontières, « les pandémies n'ont aucune pitié. S'il y a des maillons faibles, ils vont casser ».

En entrevue à l'émission Tout le monde en parle, la pédiatre et urgentiste au CHU Sainte-Justine affirme que la crise de la COVID-19 a ce trait en commun avec les autres pandémies auxquelles elle a été confrontée lors de ses 25 années passées en zones hostiles : le sentiment de peur et d'impuissance des gens est le même.

Je crois qu’on ne peut jamais s’imaginer à quel point ça va être difficile. Personne ne peut vraiment se préparer. Ça nous prend toujours par surprise.

La docteure Joanne Liu

Après avoir été au front à trois reprises avec Médecins sans frontières dans la lutte contre le virus Ebola en Afrique de l'Ouest, l'humanitaire considère que la réponse pandémique actuelle demeure ethnocentrée.

La chose qu'on va encore avoir besoin d’intégrer est l’idée qu’on est extrêmement tournés sur nous-mêmes parce que ça se passe chez nous et que ça ne s'est jamais passé chez nous, explique-t-elle.

Pour l'ancienne présidente de MSF, la santé collective dépend de la santé de chaque pays. Tant que tout le monde ne sera pas en meilleure santé, on va toujours être en danger.

La Dre Liu est tout de même d'avis que la prévention et l'application des consignes d'hygiène de base est un acquis à bien des endroits en Afrique.

Les gens sont habitués à faire face à des épidémies. Le système de santé publique de suivi des patients qui a été appliqué en temps de choléra, de fièvre jaune ou encore d'Ebola va peut-être les aider [à faire face à cette pandémie], a-t-elle précisé.

Questionnée sur son implication dans la lutte contre la pandémie au sein du gouvernement du Québec – qui avait jugé que son aide n'était pas nécessaire – la pédiatre a répondu avoir établi des canaux de communications, tout comme avec le gouvernement canadien.

Le premier ministre Justin Trudeau, aussi invité de l'émission, a précisé que la Dre Liu travaille avec la Dre Mona Nemer, la scientifique en chef du Canada, au sein de l'un des comités d'expertise.

La docteure Liu prête désormais main-forte dans un CHSLD jumelé au CHU Sainte-Justine, un travail qu'elle juge extrêmement difficile et déstabilisant.

Tout le monde, incluant moi-même, part avec la peur au ventre en se demandant : est-ce que je vais faire le mauvais geste?

Pour l'urgentiste, certaines décisions prises pour limiter la propagation de la maladie risquent de laisser des traces à plus long terme.

Les gens ne se rappelleront pas tout ce qu'on a fait par rapport aux lavages des mains puis aux masques. Ils vont se rappeler qu'ils n’étaient pas là quand leur mère est décédée et qu'ils n'ont pas pu faire de funérailles.

La docteure Joanne Liu

Une réalité tragique à laquelle elle a été confrontée lorsqu'elle était en Afrique de l'Ouest. On a fait des erreurs on s'est fait tout pardonner par la population, mais la chose que l’on ne nous a pas pardonnée est d'avoir laissé les gens mourir tout seuls, de ne pas avoir permis de faire leur rite lorsqu'il y avait un décès.

Selon elle, une formation aurait pu être donnée aux proches aidants pour leur permettre de continuer à visiter les aînés.

Si on est capable de faire la formation de différentes personnes, on est sûrement capable de faire la formation d'un aidant naturel qui a envie d’être aux côtés de son père et sa mère. Tout le monde est capable d'apprendre à se mettre une protection individuelle, soutient-elle.

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