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L’amour d’un fils face aux directives du gouvernement

Parce que sa mère était mourante, Réal Migneault a eu le droit de la visiter au CHSLD. L’effet a été immédiat : elle s’est remise à manger et se porte mieux. Alors, il n’a plus le droit d'y aller.

Réal Migneault

Maintenant qu'il ne peut plus rendre visite à sa mère, Réal Migneault craint que son état ne régresse.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Réal Migneault n'en dort plus la nuit. Persuadé d'avoir sauvé la vie de sa mère, il y a quelques jours, il craint maintenant que son état décline à nouveau, sans pouvoir intervenir. Tout ça à cause des directives du ministère de la Santé.

En ces temps de pandémie, Québec interdit les visites dans les résidences pour aînés, sauf pour un motif humanitaire. Ainsi, le proche d'un parent en fin de vie peut espérer le voir en personne quelques heures, au mieux quelques jours, avant son trépas.

Mais l'histoire ne s'est pas passée comme dans les documents officiels du gouvernement pour Réal Migneault et sa mère Thérèse Marineau, 85 ans, atteinte de la COVID-19.

Le 22 avril, on a appris qu'elle allait très très mal, raconte le fils. Le médecin a prononcé un diagnostic de fin de vie. Son état se détériorait rapidement, elle n'avait pas assez d'oxygène dans le sang, elle ne s'alimentait pas, ne buvait pas, elle ne collaborait pas... Le médecin lui a prescrit de la morphine et nous a dit que c'était ce jour-là ou jamais qu'il fallait venir la voir.

Je suis arrivé là avec la conviction que c'étaient ses dernières heures.

Réal Migneault

Quand il se présente au CHSLD Berthiaume-Du Tremblay à Montréal, Réal Migneault découvre sa mère éteinte, déboussolée, isolée dans une chambre différente qu'à l'habitude, sur un étage différent qu'à l'habitude, avec du personnel différent qu'à l'habitude. Elle est effrayée par ces gens masqués derrière leur équipement de protection et n'a pas conscience d'avoir attrapé la COVID-19.

Son fils la rassure, la calme, lui brosse les cheveux, l'installe comme elle aime être installée. Il lui fait écouter son chanteur préféré, Frank Sinatra. Soudain une lueur d'espoir : elle fredonne.

Le lendemain, Réal Migneault est de retour à la résidence. Puis le 24 avril, puis le 25. Sa mère est toujours vivante. Même que son état s'améliore. Celle qui était donnée pour morte trois jours plus tôt a retrouvé l'appétit, elle chante avec un sourire, retrouve de la dextérité et ravive des souvenirs.

L'impact de la présence quotidienne de son fils est indéniable. La condition de sa mère s'est nettement améliorée, elle n'a même plus besoin de son appareil pour respirer. À tel point que le 28 avril, Réal Migneault reçoit un appel de la résidence Berthiaume-Du Tremblay. L'état de sa mère s'étant stabilisé, elle n'est plus considérée en fin de vie. En conséquence, il n'a plus le droit de lui rendre visite.

Il y a une contradiction du système. Ça donne l'impression que les décisions sont beaucoup plus administratives que médicales.

Réal Migneault

Maintenant qu'il ne peut plus lui rendre visite, Réal Migneault craint que son état ne régresse.

Le CHSLD applique les règles du ministère

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
La résidence Berthiaume-Du Tremblay, dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Les règles que l'on applique, ce sont celles émises par le gouvernement. Ce qui est seulement permis, c'est d'aller au chevet d'un proche qui est en fin de vie, explique Annie Poirier, directrice de la qualité des communications et des ressources informationnelles pour la résidence Berthiaume-Du Tremblay. Comme nous sommes un milieu en éclosion, nous ne pouvons pas non plus accueillir de proches aidants ou de bénévoles.

On comprend le désarroi de Monsieur.

Annie Poirier, porte-parole de la résidence Berthiaume-Du Tremblay

Au CHSLD, 97 résidents ont attrapé la COVID-19 et au moins 29 en sont morts. Une personne est dédiée à chaque étage pour donner des nouvelles aux familles des résidents, deux fois par semaine.

Le cas de Thérèse Marineau est-il unique? Non, répond la directrice. D'autres résidents ont vu leur état de santé s'améliorer après la visite de leur proche.

Cette histoire démontre que les aînés en CHSLD ont besoin du support de leur famille. Avec de l’espoir, on peut ramener à la vie des personnes qui sont désespérées de ne plus voir leurs proches.

Pierre Blain, PDG de l'organisme Les usagers de la santé du Québec

Je pense qu’on est capable de trouver des solutions, dit le PDG de l'organisme Les usagers de la santé du Québec, Pierre Blain. Ça ramènerait de l’espoir à tout le monde.

Il croit que le gouvernement du Québec a fait une erreur fondamentale en mettant à la porte des résidences les proches aidants et les comités d'usagers qui étaient un pilier assurant l'équilibre du système de soins.

On fait rentrer des soldats pour prendre soin des gens, alors pourquoi pas des aidants?

Pierre Blain, PDG de l'organisme Les usagers de la santé du Québec

Le 14 avril, le premier ministre François Legault avait autorisé le retour de certains proches aidants dans les CHSLD, mais la situation dans le Grand Montréal ne le permet pas encore, explique l'Association des établissements privés conventionnés (AEPC), dont fait partie la résidence.

Pour ce qui est des proches aidants, il y a beaucoup de critères à respecter, selon les directives ministérielles, explique Marie Vaillant, porte-parole de l'AEPEC. Par exemple, le proche aidant doit avoir moins de 70 ans, suffisamment d’équipements de protection individuelle, sans oublier qu’il faut du personnel disponible pour l'accompagner. En ce moment, les blouses sont une denrée rare et la main-d’oeuvre manquante est extrêmement occupée à soigner les résidents.

Lors de l'émission Tout le monde en parle, dimanche soir, l'ancienne présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu, a suggéré que les proches aidants puissent être formés, comme les autres intervenants, pour intervenir dans les CHSLD de façon sécuritaire.

En Afrique de l'Ouest, [...] la chose qu'on ne nous a pas pardonnée, c'est d'avoir laissé les gens mourir seuls.

Joanne Liu, ex-présidente de Médecins sans frontières

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