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Confiner les aînés, une arme à double tranchant

« Je me suis demandé jusqu’où ça va aller, si je vais mourir du coronavirus ou si je vais mourir fou. »

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un homme sur son balcon salue des personnes en brandissant sa main.

Depuis le 23 mars, au sein des résidences privées pour aînés les sorties sont interdites à l'exception de quelques-unes.

Photo : Radio-Canada

Le confinement obligatoire dans les résidences pour aînés commence à miner sérieusement le moral des résidents, particulièrement les personnes âgées autonomes en pleine possession de leurs moyens.

C'est du moins la triste réalité de Paul Laurent et sa conjointe, deux résidents d'un complexe immobilier de Laval destiné aux personnes retraitées de 55 ans et plus.

Depuis une dizaine de jours, le couple de septuagénaires est autorisé à effectuer une sortie supervisée d'une quinzaine de minutes par jour. Avant cela, depuis le 23 mars, M. Laurent et sa conjointe étaient confinés 24 heures sur 24.

En marchant on parle aussi [avec les autres résidents], c'est la même chose qui se dit "on se sent prisonniers".

Paul Laurent

[Durant le confinement obligatoire] je me demandais ce qui se passait : je me reconnaissais plus, et mon épouse non plus. Je ne l'ai jamais vu péter un plomb et elle en a pété une couple! Je me suis demandé jusqu’où ça va aller, si je vais mourir du coronavirus ou si je vais mourir fou, relate le résident.

En déclarant l'état d'urgence sanitaire le 14 mars, le Québec a dans le même temps interdit toutes les visites dans les CHSLD, les hôpitaux et les résidences pour aînés, en plus de demander aux personnes de 70 ans et plus d’éviter de sortir de chez elles.

En outre, les directives de la santé publique concernant les résidences privées pour aînés – à l'instar de celle du couple de septuagénaires – indiquent que depuis le 23 mars, toutes les sorties sont interdites à l'exception :

  • des sorties qui sont nécessaires à des fins humanitaires comme pour rendre visite à une personne en situation de fin de vie;
  • des sorties pour obtenir des soins ou des services essentiels requis par leur état de santé;
  • des sorties extérieures supervisées.

M. Laurent et sa conjointe comprennent bien les consignes, mais ils aimeraient néanmoins obtenir plus de sorties.

Faites d'autres règlements, ou assouplissez [ceux en place] ça va aider tout le monde. Il y a des gens qui nous disent que nous avons des états psychologiques anormaux, explique-t-il.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), croit elle aussi que certains assouplissements seraient bénéfiques.

Les personnes qui le peuvent, peuvent prendre de l'air en autant que ces promenades respectent les consignes de distanciation sociale. [Pour les aînés autonomes], je pense qu'il y a des réajustements qui doivent être faits, souligne-t-elle.

Précision sur les sorties extérieures supervisées

Il est demandé à l’exploitant de la RPA de mettre en place un mécanisme pour assurer le respect des consignes de confinement émises par le gouvernement, soit celles d’éviter les lieux publics, de respecter la distance de 2 mètres entre chaque personne et d’éviter les regroupements.

Par exemple, l’exploitant peut tenir un registre pour la gestion des entrées et des sorties, il peut désigner des lieux spécifiques de promenade ou faire appel à des bénévoles pour la mise en place des modalités de surveillance.

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux

Lors du point de presse du 30 avril, le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique du Québec, a toutefois affirmé qu'il songeait à alléger les conditions de confinement des personnes âgées autonomes.

Je suis très conscient des problèmes que ça entraîne [....] Mais il est encore trop tôt maintenant dans une période de déconfinement – qui pourrait être interprété n'importe comment – pour le faire. On est en train d'analyser ça, a-t-il expliqué.

Soyez assurés que notre objectif n'est pas de retenir pour retenir, mais c'est de retenir pour être en mesure de savoir ce qui se passe, bien comprendre la dynamique de transmission.

Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique du Québec

Pour le couple de septuagénaires, la situation semble difficilement viable à plus long terme : On connaît [quelqu'un] qui est parti. Ils ont fait deux valises et ils sont partis. Ils n'en pouvaient plus du confinement.

Avec les informations de Mélissa François

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