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« Impact catastrophique » : le temps presse pour les transporteurs aériens

L'industrie du transport aérien canadien, touchée de plein fouet par la crise du coronavirus, craint que certains acteurs du secteur ne disparaissent.

Des bâches ont été installées pour protéger les moteurs des avions. De temps en temps, des tests d'entretien sont faits pour faire tourner les moteurs en attendant le retour dans le ciel.

Le reportage de Louis Blouin.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Radio-Canada

Face à une situation considérée comme « sans précédent et catastrophique » par les représentants du secteur du transport aérien canadien, l’industrie aéronautique exhorte Ottawa de lui venir en aide avant que la faillite ne frappe plusieurs compagnies aériennes du pays.

Alors qu’il est difficile de savoir quand les Canadiens pourront reprendre l’avion pour effectuer des déplacements non essentiels, une véritable course contre la montre s’est engagée pour les transporteurs aériens, dont les avions sont presque tous cloués au sol depuis plusieurs semaines.

La pandémie de COVID-19 a presque totalement arrêté le trafic aérien sur la planète. Mais les frais fixes demeurent et s’alourdissent. L'industrie craint que certains joueurs ne disparaissent.

Pour le président de l’association du transport aérien du Canada, John McKenna, les répercussions sont chaque jour de plus en plus inquiétantes. Le recours à un plan de sauvetage est urgent, car de nombreuses compagnies ont vu leurs revenus fondre de près de 90 %.

« On est une industrie à haute capitalisation : équipements, appareils, taxes… Il nous faut payer tout ça, alors que les revenus ne sont plus là. On demande l’aide du gouvernement maintenant, sinon plusieurs entreprises ne seront pas au rendez-vous lors de la reprise. »

— Une citation de  John McKenna

Dans certaines régions, certains transporteurs continuent tout de même d'offrir un service essentiel aux populations. Mais le porte-parle de l'association reste pessimiste quant à l’avenir, qui demeure incertain à bien des égards.

« Ça ne redeviendra jamais comme avant. Combien de personnes vont être autorisées par appareil? Les frontières vont-elles être ouvertes? Et il faudra tenir compte de la réticence des gens à voyager. Ça va changer notre monde. Pour nous, ce sont beaucoup d'éléments inquiétants à court et à long terme. »

— Une citation de  John McKenna

Compte tenu de cette absence de liquidité, des dettes qui s'accumulent et du spectre de faillites en chaîne, l’industrie implore le gouvernement d'injecter des fonds, en accordant des prêts sans intérêts ou une aide directe.

Il s'agit également de la troisième lettre que l'association du transport aérien canadien adresse au gouvernement fédéral.

On n'a pas demandé de montant, on a demandé un dialogue pour essayer de développer quelque chose de responsable, d'équitable et qui nous permettrait de survivre, assure John McKenna.

Selon M. McKenna, il s'agirait dans un premier temps de pouvoir payer les dettes, mais aussi de se pencher sur certaines exonérations de taxes, de négocier avec les assurances et de faire en sorte de maintenir le personnel de base.

Il faut que le moteur tourne à bas régime pour qu'il puisse repartir quand ça va être le temps, soutient-il.

Pour l'instant, Ottawa n'a pas répondu à cet appel de détresse. Le bureau du ministre des Finances du Canada indique évaluer ses options, mais les annonces se font attendre.

Une aide qui tarde à venir

Les transporteurs canadiens ne sont pas les seuls à se tourner vers leur gouvernement pour tenter de garder la tête hors de l'eau. Si certaines compagnies aériennes n'ont pas eu gain de cause et ont dû se déclarer en cessation de paiement, comme les compagnies Virgin Australia ou Norwegian, d'autres ont cependant réussi à tirer leur épingle du jeu.

C'est le cas d'Air France-KLM. La France et les Pays-Bas ont volé au secours de la compagnie aérienne en mobilisant une aide financière massive de 11 milliards d'euros. Et aux États-Unis, ce sont près de 50 milliards de dollars qui ont été injectés pour tenter de sauver les compagnies aériennes américaines.

Selon les calculs des observateurs de l’industrie aéronautique, les pertes des compagnies aériennes atteindraient à elles seules 200 à 300 milliards de dollars dans le monde, rapporte le directeur de l'Observatoire international de l'aéronautique et de l'aviation civile de l’UQAM, Mehran Ebrahimi.

Selon le spécialiste, le Canada est en retard, alors que toutes les compagnies du pays sont dans une situation de faillite potentielle.

« Je suis très surpris qu'on n'intervienne pas. Mais d'un autre côté, il faut dire que nous sommes traditionnellement lents. On n'accorde pas à ce secteur vital toute l'importance qu'il a dans notre système économique. »

— Une citation de  Mehran Ebrahimi

Le gouvernement Trudeau rappelle pour sa part que sa subvention salariale a permis à Air Canada et WestJet de réembaucher du personnel. Le fardeau des administrations aéroportuaires a ainsi été allégé de 330 millions de dollars.

Les industries fragilisées se multiplient et les demandes s'accumulent donc sur le bureau du ministre des Finances. Un vrai casse-tête qu'il faut démêler rapidement, en ordre de priorité, tout en s'assurant que l'argent public soit dépensé de manière responsable.

La voix des consommateurs

Du côté des groupes de protection des consommateurs, cette hypothétique aide supplémentaire devra s'assortir de certaines conditions. Ils craignent notamment que l'argent ne serve à verser des bonus aux dirigeants et des dividendes aux actionnaires. Ils demandent à ce que les voyageurs soient entièrement remboursés si leur vol a été annulé en raison de la pandémie.

À la mi-mars, les principaux transporteurs aériens ont effectivement pris une décision unilatérale. Les vols annulés ne seront pas remboursés en argent. Les transporteurs aériens, craignant de manquer de liquidités, offriront plutôt un « crédit voyage », valide pour une période de 24 mois. Et bon nombre de passagers ont été stupéfaits par ce qui leur apparaît être une confiscation de leur argent sans fondement légal.

Avec les informations de Mathieu Gohier et de Louis Blouin.

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