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De nombreuses questions sans réponses pour la relance des garderies

Québec a une semaine pour répondre aux nombreuses interrogations des parents, des éducatrices et des gestionnaires de services de garde.

Le reportage de Marie-Pier Mercier

Photo : Radio-Canada

Des milieux de garde ne rouvriront pas sans aide financière, des parents seront privés de leur place ou n'y auront pas accès dans l'immédiat, des questions persistent sur l'équipement de protection individuelle et les travailleurs à risque : à une semaine de sa réouverture partielle, le réseau québécois des garderies, tous milieux confondus, attend impatiemment des précisions de la part du ministre de la Famille Mathieu Lacombe.

Divers interlocuteurs du réseau ont expliqué à Radio-Canada qu'ils avaient appris les grandes lignes du plan de relance des garderies en même temps que tout le monde, le 27 avril. Ils avaient bien pu donner leurs recommandations en amont, mais il semble qu'aucun d'entre eux n'ait eu la possibilité de consulter le plan final avant le dévoilement de ce dernier.

Selon nos informations, de nombreuses interrogations ont donc été adressées au ministre au cours des derniers jours. Plusieurs concernaient les compensations financières, partant du principe que le retour des enfants en milieu de garde se ferait de façon volontaire.

Nos sources ajoutent que ces discussions ont fait prendre conscience au ministre qu'il devait clarifier le cas de la contribution parentale.

Confusion

Mathieu Lacombe avait déclaré lundi que chaque parent pourrait conserver sa place en garderie jusqu'au 1er septembre, sans frais, même s'il faisait le choix de garder son enfant à la maison.

Le ministre s'est ravisé vendredi soir, après avoir laissé circuler l'information erronée pendant quatre jours. Selon nos sources, jamais il n'avait été question, avant vendredi, de faire payer les parents.

M. Lacombe a pris la responsabilité de cette erreur de bonne foi. Son cabinet certifie que le plan a toujours été d'annoncer aux parents qu'ils devraient payer une fois que le réseau serait relancé à 100 %. C'est ce qui était indiqué, dit-on, dans la documentation transmise par le ministère. Ce retour à la normale est prévu le 22 juin.

La jeune femme devant des casiers.

Genevieve Bélisle, directrice de l’Association québécoise des CPE

Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Geneviève Bélisle, directrice générale de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), pense que le plan de relance aurait mérité d'être mieux ficelé dès le départ pour éviter pareille situation. Moi je pense que l'erreur est que ce n'était pas planifié. On n'était pas rendu à ce niveau-là de détail, a-t-elle réagi samedi.

Elle fait maintenant le constat que trop peu de travail a été abattu par le gouvernement en prévision de la réouverture.

Il y a des questions qu'on aurait dû trancher depuis longtemps.

Geneviève Bélisle, directrice générale, AQCPE

On a fait entrer plusieurs intervenants [dans les discussions], mais une fois que le plan a été déposé, a-t-elle expliqué. Elle cite par exemple de récents échanges avec l'Institut national de santé publique du Québec, ou encore la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail.

Questions sans réponses

Il y a encore de l'incertitude, affirme Mme Bélisle, sur plusieurs aspects de la relance du réseau, prévue le 11 mai (le 19 mai à Montréal).

Des imprécisions persistent notamment sur la distribution de l'équipement de protection individuelle, son utilisation, les procédures de désinfection, la gestion des employés à risque et l'attribution des places pour les premières phases de réouverture.

Cases vides dans une garderie.

Les milieux de garde se préparent à ouvrir le 11 mai.

Photo : Radio-Canada / Marie-Maude Pontbriand

À propos de ce dernier élément, elle affirme que la demande est supérieure au nombre de places qui seront disponibles dans les CPE à compter du 11 mai. La consigne est de rouvrir à 30 % de la capacité d'accueil, peut-être 50 %. Des enfants seront refusés pendant les premières semaines.

Même si le gouvernement a fourni un guide, toute la pression et les choix déchirants reposent actuellement sur les directions de CPE, selon Mme Bélisle, qui espère obtenir des éclaircissements et de meilleures balises au cours des prochains jours.

Il faudra aussi clarifier certains éléments relatifs aux ressources humaines. Qui est considéré comme une personne à risque? Où est-ce qu'on trace la ligne? Et est-ce que le personnel a besoin d'un certificat médical?  détaille-t-elle.

La bonne nouvelle, pour elle, est que les CPE ont une longueur d'avance en ce qui concerne leur capacité d'adaptation, puisque certains d'entre eux proposent déjà une garde d'urgence pour les enfants des travailleurs essentiels.

Qui va payer?

Du côté des services de garde non subventionnés, la grande question est financière. Qui va payer pour les places qui ne seront pas occupées [jusqu'à la relance complète?], s'interroge Marie-Claude Collin, de la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec.

Elle affirme que certains de ses membres ont l'intention de ne pas rouvrir le 11 mai si leur budget est déficitaire. Certains propriétaires, souligne-t-elle, ont déjà contracté des prêts pour surmonter la crise et ne peuvent encaisser de nouvelles pertes.

Chaque fermeture, ou non-ouverture, forcerait des parents à trouver un nouveau service de garde alors que des milliers de personnes sont déjà sur les listes d'attente.

Marie-Claude Collin

Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec

Photo : Radio-Canada

La coalition demande une aide financière bien supérieure aux 5,95 dollars par jour qui leur sont exceptionnellement offerts pour chaque place depuis leur fermeture le 3 avril. Le montant réel pour combler le manque à gagner serait de 41 $ par jour, selon Mme Collin.

Les garderies non subventionnées s'attendent à une réponse le plus rapidement possible de la part du ministre.

« On va être prêt »

Toutes ces interrogations sont sans compter celles des parents.

Malgré les nombreux chantiers, Mathieu Lacombe est convaincu que tout sera en place le 11 mai. J'ai envie de dire aux parents : si vous faites le choix de retourner votre enfant dans son service de garde éducatif à l'enfance, on va être prêt, a assuré le ministre en entrevue téléphonique.

Il reste encore beaucoup de questions, admet-il. Mais il nous reste 8 jours avant l'ouverture et j'ai une bonne collaboration avec les partenaires.

Il se dit conscient que tout n'est pas parfait, mais que rien l'est dans le contexte actuel.

L'opération qu'on est en train de mener, elle est extrêmement complexe. Si ça a été difficile de fermer le réseau en raison de la pandémie, dites-vous que c'est 50 fois plus difficile de le rouvrir.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Quant à la décision de demander aux parents d'assumer les frais de garde une fois que la santé publique permettra un retour des activités à 100 %, il persiste et signe. Je pense que ça va de soi. Ça ne pourra pas être l'État qui assume le coût du choix des parents qui vont décider que l'enfant ne retournera pas en garderie.

Il rappelle au passage qu'une fois arrivé à la fin juin, le gouvernement aura soutenu l'ensemble du réseau éducatif, subventionné et non subventionné, pendant trois mois consécutifs. Je pense que c'est un geste exceptionnel pour une situation exceptionnelle.

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