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Désemparés, des entrepreneurs touristiques exigent une aide mieux adaptée à leur situation

De l'eau qui s'écoule d'un barrage et un bâtiment inondé

Des inondations ont forcé la municipalité de Rivière des Français à décréter l'état d'urgence au printemps 2019.

Photo : Avec l'autorisation de Randy Hazlett

Il y a eu les feux de forêt en 2018, les inondations en 2019, et maintenant la COVID-19. Des entrepreneurs du secteur touristique ontarien appréhendent de grandes pertes de revenus pour une troisième année consécutive et espèrent que les gouvernements mettront en place des programmes d’aide spécifiquement adaptés à leur situation.

À deux semaines de la longue semaine de la fête de la Reine, Brenda Barefoot ne sait toujours pas quand son entreprise, la pourvoirie Bear’s Den Lodge, pourra ouvrir ses portes. Elle ignore si l’état d’urgence sanitaire en vigueur en Ontario sera prolongé au-delà du 12 mai et les pourvoiries ne font pas partie des services essentiels identifiés par le gouvernement provincial. 

Notre propriété est une propriété privée mais qui se trouve au sein d’un parc provincial [de la Rivière-des-Français] et la fermeture des parcs provinciaux vient d’être prolongée jusqu’au 31 mai. Il n’y a pas d’information claire à ce sujet. Est-ce que nos clients pourraient même se rendre ici?, demande Mme Barefoot. 

Tout présageait pourtant une saison touristique incroyable pour la pourvoirie Bear’s Den Lodge avant la pandémie. L’établissement enregistrait une hausse des réservations de 50 % par rapport à l’an dernier.

Malheureusement, tout dégringole en ce moment. Les clients sont merveilleux et attendent de voir ce qui va se passer, mais jusqu’à quand peut-on attendre? Certains ne savent même pas s’ils arriveront à garder leurs emplois et être capables de se payer des vacances.

Brenda Barefoot, propriétaire de la pourvoirie Bear’s Den Lodge

Des circonstances frustrantes

Si Brenda Barefoot est inquiète, c’est aussi parce que les deux dernières années n’ont pas été faciles à gérer non plus. L’été 2018, sa pourvoirie a dû fermer ses portes pendant plusieurs semaines en pleine saison touristique en raison de l’imposant feu de forêt Parry Sound 33 qui a forcé une alerte d’évacuation du secteur où se trouve la pourvoirie Bear’s Den Lodge. 

Le taux d’occupation est demeuré plus faible que d’habitude en 2019.

C’est frustrant. Nous avons les mêmes préoccupations pour une troisième année de suite.

Brenda Barefoot, propriétaire de la pourvoirie Bear’s Den Lodge
La fumée du feu vue du ciel.

Le feu Parry Sound 33, qui a brûlé pendant plusieurs semaines l'été, a atteint une superficie de 11 300 hectares. 2018,

Photo : La Presse canadienne / Dan Leonard

La pourvoirie Crane’s Lochaven Wilderness Lodge, située sur l’île Commanda dans la rivière des Français, a elle aussi subi des pertes de revenus à cause des restrictions qu’a engendré le feu Parry Sound 33.

En 2019, l’établissement n’a pu ouvrir ses portes qu’en juin en raison des crues printanières qui ont même forcé la municipalité de Rivière des Français de décréter l’état d’urgence.

Cette année, selon la propriétaire Susan Crane, les réservations se sont pratiquement arrêtées il y a six semaines. Sa clientèle étant généralement constituée à 60 % d’Américains, la femme d’affaire dit avoir de grandes difficultés à réajuster son plan d’affaires sans savoir quand la frontière rouvrira.

Si on n’est rempli qu’à 40 %, ça ne vaut presque pas la peine d’ouvrir du tout, note-t-elle.

Dans l’adversité, elle dit toutefois essayer de garder une attitude positive, ayant déjà vécu les contrecoups de la crise du SRAS en 2003 et de la récession économique de 2008.

Des bâtiments inondés ou sur le point de l'être.

Les inondations printanières ont endommagé de nombreux édifices de Rivière des Français en 2019.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Même son de cloche pour Harold Lutte, propriétaire de la pourvoirie Wolseley Lodge, également à Rivière des Français.

On doit essayer de trouver de l’humour, du sarcasme dans tout cela juste pour mettre le sourire sur nos visages. En ce moment, on se dit qu’on a déjà eu les trois premiers fléaux [de l’Apocalypse]. S’il vous plaît, qu’il n’y en ait pas d’autres. Nous savons qu’il y en a sept dans la Bible, mais nous n’avons pas besoin des quatre autres.

Harold Lutte, propriétaire de la pourvoirie Wolseley Lodge

Des ajustements à prévoir pour la reprise

Les pertes financières que prévoient les entreprises touristiques proviennent aussi du fait que même après la reprise des activités, les consignes de distanciation physique devront continuer d’être respectées.

La pourvoirie Bear’s Den Lodge estime qu’elle va donc devoir réévaluer sa capacité maximale, qui est de 55 places en temps normal.

Dans la salle de dîner, par exemple, on va devoir s’assurer de laisser assez d’espace entre les gens pour leur bien et celui de notre personnel. Cela pourrait nous forcer à réduire le nombre maximal de clients qu’on peut accueillir à la fois, fait savoir Mme Barefoot.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

La pourvoirie Crane’s Lochaven Lodge réfléchit à d’autres options pour remplacer certaines des activités qu’elle propose généralement à ses clients, comme les barbecues et d’autres rassemblements qui font partie de sa stratégie de marketing.

Une aide adaptée au secteur touristique exigée

Les entreprises touristiques demandent aux gouvernements de mettre sur pied des programmes d’aide mieux adaptés à leur situation d’entreprise saisonnière.

On a cinq mois pour générer notre revenu annuel. Cela ne veut pas dire qu’on est en vacances le reste du temps, on travaille également pour préparer la saison suivante. L’inquiétude est que si on perd deux ou trois mois, on ne verra pas de revenu complet jusqu’à 2021, explique Mme Crane.

Elle indique avoir déjà soumis une demande pour avoir accès à un prêt sans intérêt allant jusqu'à 40 000 $ à travers le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes mis sur pied par le gouvernement fédéral. 

La Subvention salariale d’urgence couvre 75 % du salaire des employés dans les secteurs qui ont subi de fortes baisses de revenus, mais pour l’instant, le programme n’est en vigueur que pour une durée de 12 semaines, du 15 mars au 6 juin. 

Nous ne pourrons pas être éligible à cette subvention jusqu’au moins à la mi-mai quand nous pourrons réellement démontrer que nous avons eu des pertes de revenus, déplore Mme Crane, qui souligne que quelques-uns de ses clients ont déjà annulé leurs réservations pour cet été. 

Il n’y a rien qui est spécifique au tourisme saisonnier. J’ai appelé la municipalité de Killarney, Parcs Ontario, l’Association de l’industrie touristique du Canada, Nature and Outdoor Tourism Ontario. On se cogne la tête, on tombe entre les mailles peu importe vers qui l’on se tourne.

Brenda Barefoot, propriétaire de la pourvoirie Bear’s Den Lodge

Quelles solutions mettre en place?

Le directeur général de l’organisme sans but lucratif Northeastern Ontario Tourism, Rod Raycroft, confirme que les préoccupations financières de Mmes Barefoot et Crane sont partagées par les autres entreprises touristiques du Nord-Est ontarien.

Il estime aussi que les gouvernements doivent mieux soutenir l’industrie touristique.

Certains des gestionnaires d’entreprises auraient même suggéré de très bonnes idées lors des rencontres qu’il tient régulièrement avec eux, comme l’octroi par la province, de séjours aux travailleurs de la santé.

Ces personnes travaillent sans relâche et elles auraient ainsi la chance de se détendre dans le Nord. Si le gouvernement pouvait faire cela, il serait en même temps en train de soutenir l’industrie touristique, observe M. Raycroft. 

Un homme qui porte une chemise noire et blanche

Rodray Croft est directeur général de l'organisme Northeastern Ontario Tourism.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Une porte-parole d'Innovation, Sciences et Développement économique Canada reconnaît, dans un courriel envoyé lundi à Radio-Canada, que de par la nature saisonnière du secteur touristique et aussi parce que nombre de ces entreprises sont à propriétaire unique, il peut leur être difficile d’avoir accès à la Subvention salariale d’urgence du Canada et à d’autres mesures offertes par le gouvernement fédéral.

Elle ajoute toutefois que le Fonds d'aide et de relance régionale, géré par les agences de développement régional du Canada, permettra d'injecter 675 millions de dollars pour soutenir les entreprises touchées par le ralentissement économique résultant de la pandémie mais qui ne peuvent pas obtenir de l'aide autrement.

Le gouvernement du Canada est conscient des préoccupations du secteur touristique quant à l’accès à des capitaux, il écoute ce que lui disent les intervenants et il continuera de prendre d’autres mesures au besoin, écrit Erika Zeroual.

Le 29 avril en Chambre, le député fédéral conservateur de Kenora, Eric Melillo, a posé une question relative au soutien aux entreprises touristiques comme celles de sa propre circonscription qui seront fortement touchées par la crise actuelle.

Nous les aidons avec les nombreuses mesures [que nous avons mises en place], que ce soit en les aidant à garder leurs employés, à avoir un flux de liquidités et à garder leurs dépenses à un niveau bas, et nous continuerons de le faire, a répondu la ministre fédérale de la Petite entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international, Mary Ng.

Le gouvernement ontarien n'a pas répondu à nos questions concernant un soutien éventuel spécifique au secteur touristique.

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