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Médecins du monde « préoccupé » par des décisions de Québec

L'organisme humanitaire souhaite que le gouvernement Legault élargisse l'accès à la couverture médicale, alors que Québec assure analyser les situations problématiques « au cas par cas ».

Des bénévoles de Médecins du monde Canada discutent à côté de la camionnette qui fait office de clinique mobile.

L'organisme Médecins du monde Canada réclame, au moins temporairement, un élargissement de l'accès à la couverture médicale pour toutes les personnes ayant un statut précaire.

Photo : Radio-Canada

« La santé, on ne la gère pas pour l’image ou après un article journalistique. Il faut sortir la politique de la santé, il faut des soins pour tous », affirme Nicolas Bergeron, président de la section canadienne de Médecins du monde, un mouvement international humanitaire.

L’organisme, qui se dit préoccupé, réagit directement à un problème soulevé par Radio-Canada jeudi. Une jeune femme enceinte, d’origine franco-suisse, a témoigné de sa situation, se disant désespérée. Présente au Québec depuis quatre ans, elle a voulu faire renouveler, avec son employeur, son permis de travail fermé qui expire en mai.

Mais en raison de la COVID-19, les bureaux fédéraux sont fermés et Ottawa n’a pas voulu prolonger automatiquement le statut des travailleurs temporaires, malgré la demande d’un regroupement d’avocats. Le gouvernement fédéral permet néanmoins à la jeune femme de conserver un statut implicite et de travailler au pays. Problème : elle doit prochainement accoucher et ce statut la prive de couverture médicale au Québec. Pas de congés de maternité et une facture de plusieurs milliers de dollars à prévoir pour l’accouchement.

Après avoir pris connaissance de cette situation, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a pris contact avec cette dame et a accepté de prolonger pour six mois ses droits d’accès à la RAMQ. C'est un énorme soulagement pour cette jeune femme, qui a fait part de cette décision à Radio-Canada.

Combien de personnes touchées?

Après la parution du reportage mettant en lumière ce problème, d’autres témoignages similaires ont été rapportés à Radio-Canada. Selon Médecins du monde, entre 40 000 et 70 000 personnes seraient actuellement privées d’assurance maladie au Québec. L’organisme comptabilise notamment les étudiants étrangers, des travailleurs temporaires et des gens sans statut. La protectrice du citoyen a d’ailleurs reproché l’automne passé au gouvernement de refuser des services de santé gratuits à des dizaines d’enfants nés au Québec de parents au statut migratoire précaire.

Pour la fin du cas par cas

Aux yeux de Médecins du monde, le gouvernement québécois devrait diffuser un message global et ne pas réagir au cas par cas.

Pour une personne qui vit une telle situation, c’est extrêmement compliqué de parler de son cas à un ministre, assure Nicolas Bergeron, qui est également médecin psychiatre et professeur adjoint au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Et quelle est l’utilité, en ce moment, qu’un ministre s’occupe de ce dossier?, se questionne-t-il.

Il faut une directive claire, inclusive et qui n’est pas discriminatoire. Il faut arrêter avec l’approche individuelle.

Nicolas Bergeron, président de Médecins du monde Canada

Alors que l'Ontario a décidé fin mars d’offrir temporairement l’accès à l’ensemble des soins de santé aux personnes n’ayant aucune carte d’assurance maladie, le Québec n’est pas allé aussi loin.

Le gouvernement Legault a certes offert une couverture médicale à ces personnes, mais il a limité cet accès aux soins uniquement liés à la COVID-19.

Un collectif regroupant plusieurs groupes et organismes a récemment interpellé François Legault et sa ministre de la Santé, Danielle McCann, dans une lettre ouverte, pour élargir ces droits à la couverture médicale.

C’est bien que les soins liés à la COVID soient gratuits, mais quand on met une barrière, une personne qui a un problème ne va pas oser aller consulter, de peur que ça lui coûte trop cher. Et comment quelqu'un qui a un problème respiratoire peut-il savoir si cela est lié ou non au virus?, indique Nicolas Bergeron.

Du côté du gouvernement, on ne compte pas, pour le moment, changer de position. On n’en est pas là, répond Alexandre Lahaie, attaché de presse de la ministre McCann.

On va regarder au cas par cas. On est humain et sensible. Lorsque des gens font face à certaines difficultés, on peut examiner le dossier.

Alexandre Lahaie, porte-parole de la ministre Danielle McCann

Des soins facturés à des sans-papiers

Bien que Québec ait ordonné la gratuité des soins pour les personnes présentant des symptômes de COVID-19, des établissements hospitaliers ont néanmoins facturé des soins à des patients n'ayant pas de carte d'assurance maladie.

Dans les faits, on constate que le message, sur le terrain, n’est pas passé, déplore Stephan Reichhold, président de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). Médecins du monde confie avoir eu vent d’histoires identiques.

Les gens vont dans une urgence ou dans un hôpital et soit ils se font refouler à l’entrée par une secrétaire, soit on leur refile la facture.

Stephan Reichhold, président de la TCRI

Le cabinet de Danielle McCann reconnaît ce problème et assure que des rappels ont été effectués pour que ces situations ne se reproduisent plus.

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