•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les surdoses mortelles atteignent un sommet à Toronto

Une seringue, des pilules et de la poudre placées aléatoirement.

La contamination de certaines drogues avec des tranquillisants rend les surdoses plus difficiles à traiter, même avec l'antidote naloxone.

Photo : Shutterstock / Chirachai Phitayachamrat

La santé publique de Toronto a enregistré au moins 22 décès liés à des surdoses d'opioïdes sur son territoire au mois d’avril. Il s’agit d’un sommet en plus d’un an.

Les données officielles du mois d’avril seront publiées au cours des prochains jours, mais Radio-Canada a obtenu ces données préliminaires recueillies du 1er au 26 avril. Au cours de cette même période, les ambulanciers de la métropole ont dû répondre à 300 appels pour de possibles surdoses.

Ces hausses du nombre de surdoses enregistrées par les autorités de santé publique ne surprennent pas le coordonnateur des programmes d’intervention en réduction des méfaits au Centre communautaire Parkdale, Liam Michaud, qui affirme avoir également constaté ces augmentations sur le terrain, l’intervention des services d’urgence n’étant pas toujours nécessaire en cas de surdose.

Selon lui, les personnes qui consomment des drogues illicites sont plus vulnérables dans le contexte actuel.

La crise des surdoses dure depuis des années. La crise des logements et des refuges et maintenant la crise de la COVID-19 sont des crises qui s’aggravent entre elles.

Liam Michaud, coordonnateur des programmes d’intervention en réduction des méfaits au Centre communautaire Parkdale

Il souligne que les conditions d’isolement, la diminution des ressources et les difficultés d’approvisionnement liées à la réduction de la circulation aux frontières contribuent au problème.

La hausse du nombre de surdoses était par ailleurs déjà constatée en mars.

Selon M. Michaud, la quantité de substances illicites accessible dans les rues en ce moment est grandement réduite en raison, entre autres, de la réduction de la circulation aux frontières.

Moins de saisies aux frontières

La majorité des drogues vendues au Canada et en Ontario proviennent de l’étranger. Il existe donc une corrélation entre la circulation aux frontières et la circulation de substances illicites.

Bien qu’il soit impossible de connaître la proportion exacte de ces drogues qui est interceptée par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), de récentes données obtenues par Radio-Canada démontrent une réduction importante des quantités de drogues qui traversent la frontière.

En avril 2020, l’ASFC a saisi 25 155 grammes de crack-cocaïne. Ces saisies avaient atteint 190 309 grammes en avril 2019.

Contamination accrue

Cette diminution de l’offre serait également responsable d’une plus grande contamination des drogues, selon le médecin de Toronto Alexander Caudarella.

Il constate dans sa pratique non seulement une augmentation des consommations involontaires d'opioïdes comme le fentanyl, mais également une hausse de la présence de tranquillisants de type benzodiazépine dans les cas de surdose.

Ce sont des personnes qui ne sont pas normalement exposées à des opiacées, qui sont exposées à des substances extrêmement toxiques. Donc les surdoses sont surprenantes, rapides, et incroyablement sévères.

Alexander Caudarella, médecin

Ces médicaments peuvent non seulement prolonger l’état de surdose, mais modifient également les effets de l’antidote naloxone.

Un enjeu de santé publique

Alexander Caudarella s’inquiète aussi de la possibilité que les consommateurs de drogues puissent être infectés de la COVID-19 et hésitent à se soumettre à des tests de dépistage ou même à obtenir des soins en raison de la stigmatisation.

Si on peut avoir un système qui a un peu de compassion et un système qui les aide, ils vont venir se faire tester et c’est dans l’intérêt pas seulement de ceux qui utilisent des drogues, mais aussi du public en général.

Alexander Caudarella, médecin

Selon lui, il est également très difficile en ce moment d’avoir accès à des ressources qui soutiennent les personnes qui voudraient ralentir ou arrêter leur consommation.

Une inquiétude partagée par Liam Michaud.

Si la personne n’a pas un approvisionnement sécuritaire, elle n'est pas en mesure de s’isoler.

Il presse donc les autorités de santé publique à mettre en place des ressources accrues le plus rapidement possible.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Crise des opioïdes

Société