•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Désarroi dans plusieurs services de garde de l'Outaouais à l'approche du déconfinement

Un enfant s'amuse dans les jeux extérieurs du CPE le Cheval sautoir.

Un enfant s'amuse dans les jeux extérieurs d'un CPE (archives).

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Le retour graduel des enfants dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies soulève des inquiétudes en Outaouais. La survie de plusieurs garderies en milieu familial est même remise en question.

De 30 % à 50 % des enfants seront autorisés à retourner dans leur CPE à compter du 11 mai et un retour complet est prévu, pour l'instant, lors de la semaine du 22 juin.

Mais certaines propriétaires de garderies privées de Gatineau ont déjà informé leurs clients qu'elles ne rouvriront pas. Elles resteront plutôt fermées de façon définitive. Pour Nathalie Pilon, les risques pour sa santé et la charge de travail étaient trop lourds à supporter.

Avec toutes les normes de désinfection, en plus de faire mon rôle d'éducatrice, mais aussi de police : "Ne touche pas à ça, non tu ne peux pas prêter ta voiture, non pas de câlin, deux amis à la fois pour manger." En plus de les accueillir avec maque et gants... Ouf! Ce n'est plus un milieu éducatif, mais une prison, se désole celle qui tenait une garderie en milieu familial subventionnée.

Cette décision fut difficile à prendre pour l'éducatrice. Je me retrouve sans emploi, mais ma santé physique et mentale prime sur tout ça. L'amour des enfants sera toujours là, je vais me trouver un autre emploi, sûrement avec des enfants, mais pas dans ma maison, a-t-elle jugé.

Mme Pilon est loin d'être la seule à déplorer la situation. De nombreuses éducatrices ont des craintes pour leur sécurité et celle des enfants. Elles affirment que, malgré les toutes précautions qui sont prises, la tâche d'assurer la distanciation physique entre les enfants sera difficile, voire impossible.

Plus le ratio va augmenter, plus ça va être difficile de dire au petit ami : "Ne touche pas à ton autre petit ami", a indiqué Julie Charron, présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs en CPE de l'Outaouais.

Julie Charron en entrevue Skype depuis sa cuisine.

Julie Charron, présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs en CPE de l'Outaouais

Photo : Radio-Canada

Le syndicat estime par ailleurs que la marche à suivre pour assurer la sécurité des éducatrices vulnérables et de celles qui ont des proches à risque à la maison se trouve dans une zone grise.

Une charge de travail accrue

La tâche des éducatrices dans les CPE et les garderies sera beaucoup plus lourde, considèrent bon nombre d'entre elles.

Passer des journées négatives à dire aux enfants : "Tu ne peux pas faire ci, tu ne peux pas faire ça". Et passer la journée dans le désinfectant..., déplore Linda Martel, qui tient une garderie non reconnue. Elle estime que ce sera crève-cœur pour les enfants de voir leurs amis, mais de ne pas pouvoir s'en approcher.

Ça va être très stressant pour l'éducatrice et très stressant pour l'enfant.

Une citation de :Linda Martel, gardienne d'enfants non reconnue

Les enfants se mettent tout dans la bouche. Si un enfant éternue, il faut le changer, s'il bave sur nous, on devra se changer. Il faut réaménager complètement leurs milieux, enlever tous les petits jouets, les crayons de couleur, la pâte à modeler, donc c'est beaucoup de logistique pour nos responsables en service, indique Manon Chénier, présidente de l'Alliance des intervenantes en milieu familial en Outaouais. Selon elle, cette reprise des services s'effectue trop tôt.

Manon Chénier en entrevue au Téléjournal Ottawa-Gatineau.

La présidente de l'ADIM Outaouais, Manon Chénier

Photo : Radio-Canada

Cette dernière déplore que, malgré la charge de travail accrue, les éducatrices en garderie n'aient droit à aucune prime salariale dans le cadre de la crise sanitaire. Mme Chénier s'attend à ce que plusieurs responsables de services de garde en milieu familial décident de fermer définitivement leur service.

Avant la crise, il y avait déjà beaucoup de fermetures. On a perdu au-delà de 150 services de garde en un an en Outaouais, en raison du salaire à 12,42 $ de l'heure, ce qui est en deçà du salaire minimum, avec de plus en plus d'exigences de la part du ministère [...] Déjà avant la crise, il y avait une pénurie de services, alors on se demande ce qui va arriver aux parents, ajoute la responsable syndicale.

Ça fait beaucoup de choses pour les responsables. J'en ai qui m'appellent en pleurant.

Une citation de :Manon Chénier, présidente de l'Alliance des intervenantes en milieu familial en Outaouais

Des parents à la recherche d'un plan B

Lucie Groulx est une mère de Gatineau qui vient tout juste d'apprendre qu'elle perdra la garderie de sa fille de 18 mois. Papa ne retournera pas au travail, car nous n'avons plus de garderie. Nous avions une place subventionnée et, présentement, il n'y a que des places au privé à 35 $ ou 40 $ par jour, versus 8,35 $, a-t-elle témoigné, très attristée de perdre ainsi une personne de confiance.

Plusieurs responsables de services de garde non reconnues se demandent aussi comment elles vont pouvoir survivre avec la moitié moins d'enfants à leur charge. Certaines, en arrêt de travail depuis plusieurs semaines, bénéficient pour le moment de la prestation canadienne d'urgence.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

À ce sujet, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, s'est voulu rassurant. Depuis lundi, je reçois énormément de messages de personnes qui offrent de la garde non reconnue et qui sont inquiètes. Je veux vous rassurer : je travaille actuellement avec mon équipe et mes collègues pour trouver une façon de vous aider à reprendre vos activités tout en respectant le caractère graduel et les ratios réduits que vous impose la Direction de la santé publique, a-t-il déclaré dans une publication sur sa page Facebook.

Avec les informations d'Audrey Roy

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !