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La contribution religieuse au développement du réseau de la santé à Rouyn-Noranda

Une photo d'archives en noir et blanc de l'hôpital Youville.

L'hôpital Youville, de Rouyn, a été actif de 1927 à 1994.

Photo : Fonds Ministère des Richesses naturelles - BAnQ Rouyn-Noranda

Partout dans le monde, le développement des services de santé est étroitement lié aux oeuvres religieuses. Rouyn-Noranda ne fait pas exception : les Soeurs Grises de la Croix (aussi connues comme les Soeurs de la Charité d’Ottawa) ont jeté les bases des services de santé. Perspective religieuse de l’émergence des services sociaux… et petite leçon de confinement.

Dès 1925, l’évêque d’Haileybury, Mgr Louis Rhéaume, et le curé Albert Pelletier, fraîchement installés à Rouyn-Noranda, reçoivent les premières religieuses des Soeurs Grises de la Croix. Après un voyage en train, sur les routes cahoteuses de l’époque et par la voie des eaux, Soeur Ste-Marcelline et Soeur M.-Elmire débarquent à Rouyn.

Au début de l’année suivante, on débute la construction de l’Hôpital des Saints-Anges, qui sera béni par Mgr Rhéaume le 26 septembre 1926, apprend-on dans L’organisation hospitalière dans le nord-ouest québécois, le résumé d’une communication de Simone Gareau, préparée pour un congrès tenu au Cégep de Rouyn en 1982.

Ça a débuté à Rouyn, au couvent des Saints-Anges, en même temps que la fondation de l’école quand les soeurs sont arrivées à Rouyn, rappelle soeur Gabrielle Laramée dans un entretien accordé au comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda et disponible chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Puis ensuite, c’est la mine qui a décidé que la construction se fasse dans Noranda. Ce dont je me souviens, c’est que les soeurs ont déménagé à l’hôpital de Noranda au mois d’août 1930.

Je me souviens d’un détail entre autres : elles ont transporté le Saint-Sacrement en traversant sur le lac en chaloupe. Le premier patient, c’est entre le 15 et le 25 août 1930.

Une citation de :Soeur Gabrielle Laramée, dans un entretien accordé en 1976

À l’époque, on est encore bien loin du régime d’assurance-maladie du Québec (RAMQ). Soeur Gabrielle Laramée, qui a été la dernière directrice générale de l’hôpital avant la laïcisation des services de santé à compter de 1968, rappelle que les malades qui n’avaient pas les moyens de payer leur hospitalisation se tournaient vers le régime de l’assistance publique. Il y avait le tiers qui était payé par le gouvernement, le tiers qui était payé par la municipalité et le tiers qui était donné par la communauté, relate-t-elle.

Contribution religieuse à la formation des infirmières

Soeur Gabrielle Laramée — dont le nom a été légué au pavillon qui héberge aujourd’hui différents services de santé de deuxième ligne et des bureaux administratifs, dont celui de la PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue — prendra directement part à la formation des infirmières qui travaillent et qui vivent à l’hôpital.

La façade du pavillon Gabrielle-Laramée de l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Le Pavillon Gabrielle-Laramée du CISSS-AT porte le nom d'une soeur ayant contribué au développement du réseau de la santé dans la région.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Moi je suis arrivée à l’hôpital en 1952 pour enseigner aux étudiantes infirmières, parce que l’école a commencé en janvier 1950. Alors je suis arrivée au mois de juillet 1952. À ce moment-là, les premières élèves étaient en troisième année. Et j’ai été à l’école tant que l’école a existé jusqu’en 1968, fait-elle valoir.

Elle note cependant quelques années plus tard, « vers 1955-57 », le manque d’espace dans l’actuel pavillon Youville se fait sentir. Soeur Gabrielle Laramée multiplie les efforts pour finalement obtenir, en 1965, la permission de bâtir l’école des infirmières — l’actuel Pavillon Gabrielle-Laramée. Ça a commencé au mois de mai 1965. On est entrées dans l’école au mois de mai 1967, tel que le pavillon existe actuellement. Et dès 1968, il y a eu l’intégration au Cégep.

La laïcisation des services de santé et de la formation des infirmières

Les années 1960 sonnent l’ère de grands bouleversements dans la prestation des services de santé. Le gouvernement de Jean Lesage adopte un projet de loi sur l’assurance-hospitalisation qui entre en vigueur le 1er janvier 1961.

Au fédéral, la même année, on met en place la Commission Hall, dont l’objectif est de réaliser une étude systématique du système de santé canadien.

C'est dans l'esprit des recommandations de la commission Hall que le Québec adopte, en 1966, la Loi sur l'assistance médicale pour assurer la couverture des soins médicaux aux assistés sociaux, peut-on lire sur le site web de la RAMQ. Dans le but de faire une étude globale de son propre système de santé, le gouvernement du Québec institue, la même année, la commission Castonguay-Nepveu, d'abord présidée par M. Claude Castonguay, puis par M. Gérard Nepveu. Elle propose, en 1967, la mise en place d'un régime d'assurance maladie complet et universel pour tous les résidents du Québec.

Une photo d'archives en noir et blanc montre de vieux bâtiments qui accueillaient un hôpital dans les années 20.

Vue de l'hôpital St-Albert's (des Saints-Anges) sur la rue Perreault à Rouyn, vers 1926.

Photo : Fonds Fonderie Horne - BAnQ Rouyn-Noranda

Dans le secteur de l’éducation, la commission Parent mène à la fondation des Cégeps, qui viendront se substituer aux établissements d’enseignement religieux.

Dans le rapport Parent, c’était mentionné que le cours des infirmières serait intégré au programme d’enseignement général. À ce moment-là, on n’aurait jamais pensé que l’intégration pourrait se faire si vite. Mais par les circonstances, le programme des infirmières a été intégré au Cégep dès 1968, témoigne Soeur Gabrielle Laramée. Moi, quand j’ai démissionné comme directrice générale [de l’hôpital] en 1970, c’est M. Hervieux qui a pris la direction générale. Il était déjà directeur des finances et est devenu directeur général. À ce moment-là, nous étions encore propriétaires de l’hôpital. Et puis l’hôpital a été cédé au gouvernement, je crois que c’est en 1972, poursuit-elle.

Personnellement, j’ai été la première à démissionner. Je me rendais compte qu’il y avait des laïcs qui étaient vraiment préparés à l’administration et puis j’avais donné mon rendement!

Une citation de :Soeur Gabrielle Laramée, dans un entretien accordé en 1976

Quelle contribution pour les religieuses aujourd’hui?

Il ne resterait à Rouyn-Noranda que deux Soeurs Grises de la Croix, hébergées à la Résidence Saint-Pierre, selon Soeur Thérèse Charbonneau, conseillère et trésorière générale de la congrégation des Soeurs de Notre-Dame-Auxiliatrice. Cette communauté fondée en 1921 compte encore 47 religieuses, dont 44 à l'Accueil Notre-Dame-du-Sourire sur la rue Perreault, à Rouyn-Noranda.

La façade de l'ancien couvent, abritant aussi une résidence pour aînés.

Le pavillon Notre-Dame-du-Sourire, sur la rue Perreault, accueille encore aujourd'hui 44 Soeurs de Notre-Dame-Auxiliatrice.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Si les auxiliatrices n’ont pas été aussi étroitement impliquées dans la dispensation des soins de santé que les soeurs grises, elles ont collaboré au bien-être de la communauté de diverses manières, notamment dans le secteur de l’éducation et des oeuvres caritatives. Elles avaient notamment la responsabilité de l’orphelinat Saint-Michel — aujourd’hui devenu Les Résidences Saint-Michel.

On a eu des religieuses qui ont étudié à l’école d’infirmières des soeurs de la Charité d’Ottawa, rappelle quand même Soeur Thérèse Charbonneau. On en a eu aussi qui ont travaillé à l’hôpital, d’autres qui étaient infirmières aussi pour la communauté. Il y a toujours eu quand même une collaboration entre les communautés [religieuses] dans les mêmes milieux, éducation, hôpital, dans différents services à la population.

Soeur Thérèse Charbonneau n’a pas connu personnellement Soeur Gabrielle Laramée, mais certaines membres de sa communauté l’ont rencontrée à l’école des infirmières. Je sais que c’est une personne qui a fait beaucoup dans Rouyn-Noranda, mais je n’ai pas eu de lien avec elle. Les communautés, on s’entraidait d’une certaine façon. Je dis toujours qu’on travaille toutes pour le même Bon Dieu, mais on a toutes des accents différents d’une communauté à l’autre.

Le confinement est une épreuve, dit Soeur Thérèse Charbonneau

Elle dit que sa communauté, dont toutes les membres ont plus de 70 ans, vit aujourd’hui le confinement comme une épreuve. Pour être franche, c’est une épreuve, parce qu’on a toujours cherché à être proches des gens, même entre nous, et présentement, dans la communauté, on vit la distanciation sociale. Alors on est toujours sur nos gardes pour respecter les deux mètres les unes des autres. En même temps, dans la foi et dans notre Église et dans notre foi en Dieu, on s’est toujours faites proches des gens par la prière. Et ça, ça demeure très vivant et au coeur de la communauté.

On porte toute la population dans notre prière et je dirais le monde, parce que c’est le monde qui est au coeur de cette pandémie. Alors on prie pour tous les gens, pour qu’on découvre ce qu’on a à découvrir à travers cette épreuve-là. En même temps, on se fait proche dans le coeur de Dieu, Dieu est amour et au niveau de l’amour, il n’y a pas de distanciation.

Une citation de :Soeur Thérèse Charbonneau, conseillère et trésorière générale de la congrégation des Soeurs de Notre-Dame-Auxiliatrice

Aucun cas de COVID-19 n’a été dépisté chez les auxiliatrices ni au sein d’autres communautés religieuses, confirme le CISSS-AT. Soeur Thérèse Charbonneau espère que la situation demeurera ainsi, surtout que la congrégation doit célébrer son 100e anniversaire l’an prochain. Nous ce qu’on souhaite, c’est de rester en vie le plus longtemps possible, c’est ce qu’on a à coeur. Moi je dis toujours aux religieuses : ‘’on est une petite gang et l’important, c’est de prendre soin les unes des autres pour rester en service le plus longtemps possible’’.

Et il y a encore de la marge de manoeuvre pour aider son prochain. Notamment par le tricot que les soeurs remettent aux moins bien nantis de la communauté. C’est toutes des petites choses, mais des choses qui nous gardent en vie et qui nous permettent aussi de rester proches des gens selon nos capacités, à travers nos limites, mais à travers notre coeur qui lui ne vieillit pas.

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