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Des « lanceurs d'alerte » se taisent par peur des représailles

Une femme membre d'une équipe soignante circule à l'extérieur le visage recouvert d'un masque de protection, les mains gantées et vêtue d'un sarrau.

Une femme membre d'une équipe soignante circule à l'extérieur d'un CHSLD en temps de pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Depuis le début de la crise, les témoignages de travailleurs ont mis en lumière des situations catastrophiques dans certaines résidences pour personnes âgées du Québec. Pourtant, ils sont nombreux à se taire devant de telles situations, par peur des représailles, déplorent les partis d'opposition.

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont demandé vendredi à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, de garantir la protection de ces travailleurs, lors d'une séance de travail virtuelle de l'Assemblée nationale consacrée à la gestion du réseau de la santé pendant la pandémie.

Le député solidaire Sol Zanetti a entamé sa période d'échange avec la ministre en faisant état d'une tragédie humaine qui est en train de se vivre en ce moment dans une résidence privée pour aînés de Laval. Et ce n'est probablement pas la seule.

Manque de personnel, manque de matériel, patients aux vêtements souillés inchangés, décès par déshydratation, dépouilles laissées jusqu'à 24 heures dans des chambres où résident d'autres patients, a-t-il longuement énuméré. Je pense que cette situation, qui est terrible, on aurait probablement pu l'éviter si des gens sur le terrain avaient parlé plus tôt, a noté M. Zanetti.

« Quand on m'a donné ces informations, on m'a demandé de ne donner aucun indice qui pouvait révéler de qui il s'agit, parce que les gens ont peur. Les gens ont peur pour leur emploi, ils ont peur de réprimandes. »

— Une citation de  Sol Zanetti, député de Québec solidaire

Depuis, la situation a été portée à l'attention du ministère, et le CISSS de Laval est venu en renfort pour soutenir la résidence, veiller à ce que les employés aient le matériel nécessaire et à ce que les patients reçoivent les soins dont ils ont besoin.

Est-ce que vous pouvez garantir qu'aucun personnel soignant au Québec ne va subir des représailles, quelles qu'elles soient, pour avoir dénoncé des situations tragiques, même si elles concernent l'organisation des soins, même si elles impliquent la responsabilité directe de son employeur?, a demandé M. Zanetti à la ministre.

Le CISSS de Laval « impose l'omerta »

Dans un communiqué publié vendredi, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) juge abusive la consigne du CISSS de Laval qui exige que ses employés relaient toute demande d’un média à son service des communications. On impose maintenant aux travailleuses et aux travailleurs de la santé de se taire sur les situations qu'ils vivent et qui méritent pourtant d'être dénoncées. C'est totalement inacceptable et la ministre doit intervenir, a affirmé la présidente, Sonia Éthier. La CSQ a fait savoir qu'elle soutiendra ses membres qui pourraient s'exprimer publiquement.

On a besoin de ces gens-là, dit McCann

Selon Danielle McCann, la réforme de l'ex-ministre de la Santé, le libéral Gaétan Barrette, a fait mal au réseau en supprimant les postes de 2500 gestionnaires, entre autres. Sans parler des postes des infirmières en prévention des infections et des conseillères cliniques.

Des employés qui, toujours selon elle, auraient joué un rôle clé pendant la pandémie pour faire le pont entre les milieux de vie pour aînés, qu'ils soient privés ou publics, et le ministère. Ce sont tous des gens qui alertaient, a soutenu Danielle McCann.

On a perdu des gens comme ça. Alors, qui? Qui va nous le dire? C'est le personnel. Et il n'y en aura pas de représailles, a-t-elle assuré. Il faut qu'on sache ce qui se passe sur le terrain. [...] Ceux qui voient des choses comme ça, dites-le-nous.

Mme McCann a notamment indiqué que son chef de cabinet était en lien avec les instances syndicales trois fois par semaine pour prendre le pouls du terrain. S'il y a des problèmes, on veut le savoir, a-t-elle encore dit.

« Il n'y a plus d'omerta. On veut que les gens nous parlent. [...] C'est une crise humanitaire qu'on vit. On veut avoir cette information-là. »

— Une citation de  Danielle McCann, ministre de la Santé

La ministre a déjà affirmé à plusieurs reprises par le passé, même avant la pandémie, que l'omerta était désormais terminée dans le milieu de la santé et que les employés étaient invités à dénoncer des situations qu'ils jugent inacceptables.

« Ils pourraient me foutre dehors »

Une employée qui travaille directement avec des patients atteints de la COVID-19 dans un CHSLD de l'est de Montréal est catégorique quant aux représailles qui pourraient sévir en témoignant publiquement. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle tient à la confidentialité.

« Ils pourraient me foutre dehors. Je pourrais avoir des menaces. C'est sûr que j'aurais un redressement, un blâme au dossier. Après, tu es dans la ligne de mire. Et quand tu es dans la ligne de mire, ils te surveillent. »

— Une citation de  Une employée d'un CHSLD de l'est de Montréal

Je n'ai pas peur, assure-t-elle. Je fais très, très bien ma job. J'ai bonne conscience. Mais à la moindre petite faille, [...] c'est clair que je me ferais ramasser.

Aussi, je ne veux pas nuire à mes chefs, que j'adore, précise-t-elle. C'est de la direction du CIUSSS qu'elle dit craindre les blâmes et les réprimandes.

Ce que cette employée souhaite dénoncer, c'est le manque d'équipement de protection adéquat, alors même que la ministre McCann a assuré, pendant son débat virtuel avec l'opposition, que les chaînes d'approvisionnement ont été stabilisées et qu'on ne manque pas d'équipement.

Selon l'employée, les médecins du CIUSSS qui viennent faire des visites en CHSLD sont équipés correctement, notamment avec des masques N95. Cependant, elle et ses collègues ne disposent que de masques bleus qui protègent les autres, mais qui ne nous protègent pas nous et de visières de merde qui nous descendent juste en haut du nez.

Quand on rentre dans des chambres COVID – et on en a plein –, nos résidents respirent la bouche ouverte. Et on ne leur met pas de masque parce qu'ils ont déjà du mal à respirer. On le sait qu'on n'est pas protégés comme il le faut.

On tombe tous comme des mouches, et ce n'est pas pour rien. [...] On est trop nombreux à être tombés malades.

Ils savent qu'ils nous mettent en danger, dénonce-t-elle, en parlant des gestionnaires du CIUSSS.

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