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L’isolement prolongé des aînés est-il vraiment la bonne solution?

Une dame âgée dans un couloir

Les aînés sont plus isolés que jamais en cette période de confinement. La situation pourra-t-elle encore durer plusieurs mois? (archives)

Photo : Getty Images

Alors que le déconfinement s'amorce en Abitibi-Témiscamingue, on demande aux personnes à risque de complications de la COVID-19 de demeurer confinés pendant des mois. Est-ce vraiment envisageable?

De nombreuses voix s’élèvent afin de permettre aux personnes à risque, comme les gens de 70 ans et plus, de sortir de chez eux et de pouvoir voir des membres de leur famille.

On va se ramasser avec des aînés hospitalisés, mais pas pour la COVID,pour des maladies liées à la solitude et l’isolement, affirme l’agente de service à la clientèle pour la en Fédération de l'Âge d'Or du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Huguette Boisvert.

Le premier ministre du Québec a souvent répété que le confinement ne peut durer éternellement pour des raisons de santé mentale, alors certains se demandent pourquoi cette situation serait tolérable pour nos aînés.

Ils sont réalistes, ils comprennent que c’est pour leur santé et qu’il faut qu’ils restent isolés. Le problème est qu’ils ont besoin de socialiser et qu’ils avaient des vies actives ces gens-là et maintenant, on leur demande de rester sédentaires.

Huguette Boisvert, agente de service à la clientèle à la FADOQ-AT

Eux aussi ils ont hâte de sortir, on a l’impression d’être dans une cage et quand on va à l’épicerie, on a l’impression d’être jugés, mais ces gens-là aussi ont besoin de sortir et d’aller voir ce qui se passe, ajoute Mme Boisvert.

Ils réclament des règles plus souples

Huguette Boisvert croit qu’il faut aussi faire confiance aux aînés et ne pas les contraindre à demeurer dans leur logement comme s’ils étaient en prison.

De pouvoir avoir le droit de voir les enfants et petits-enfants. On peut mettre des gants, des masques et respecter la distanciation, prendre un café ensemble en restant à 2 mètres ferait toute une différence et leur redonnerait une certaine autonomie aussi, je crois, affirme Huguette Boisvert.

Ça m’inquiète, parce que je ne sais pas ce qui est le pire entre un risque de contamination et l’isolement. On les oblige à rester à la maison, ils n’ont plus le choix. Qu’est-ce qui se passe quand on n’a plus le choix? On subit, ajoute la travailleuse sociale Isabelle Germain, qui croit également que de leur permettre de voir leur famille pourrait les aider grandement.

En collaboration avec le Centre d’action bénévole de Rouyn-Noranda, Isabelle Germain a mis sur pied un nouveau programme qui permet aux personnes isolées de tous les âges de pouvoir discuter avec quelqu’un au téléphone. Cette personne les contactera de temps à autre pour prendre de leurs nouvelles.

On n’a pas le choix en tant qu’être humain de passer nos émotions par le langage, parce que ce qu’on ne dit pas bien, le corps le ressent, ça crée de l’angoisse, communément on appelle ça de l’anxiété, affirme Isabelle Germain.

Si vous connaissez des gens qui pourraient aimer recevoir ces appels, vous pouvez contacter le Centre d’action bénévole de Rouyn-Noranda.

Éviter des drames

Au cours des dernières semaines, quelques personnes âgées se sont enlevé la vie dans la région. Impossible de savoir si le confinement avait quelque chose à y voir, mais tous souhaitent éviter que d’autres drames ne se reproduisent.

Les gens qui côtoient ces personnes qui se retrouvent isolées peuvent vérifier comment va le moral et si on a une inquiétude, on peut poser la question à la personne, est-ce que tu penses à t’enlever la vie? Il faut aborder ça, parce que si la personne y songe réellement, elle va nous dire la vérité et si elle n’en parle pas, elle va au moins savoir que vous êtes ouverts à en parler, affirme Brigitte Laliberté, directrice générale du Centre de prévention du suicide de Rouyn-Noranda.

Elle rappelle d’ailleurs que si vous songez au suicide, il est important aussi d’en parler à vos proches ou d’utiliser les services disponibles, comme le 1-866-APPELLE, où vous pourrez parler avec quelqu’un 24 heures par jour, 7 jours sur 7.

Des CHSLD sans aucune animation

Selon nos informations, dans la plupart des CHSLD de la région, aucune ou peu d’activités sont organisées en ce moment pour divertir les aînés.

Déjà, les CHSLD, c’était des endroits très animés, maintenant il n’y a plus rien. Les gens sont souvent allés dans ces endroits parce qu’il y avait de l’animation. Maintenant, ils sont isolés sans rien. S'ils pouvaient jouer au bingo, disons, au moins ils se sentiraient plus impliqués, là ils ne font absolument rien et c’est très dommageable, affirme Huguette Boisvert, qui déplore cette situation.

La présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux en Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy, affirme qu’un projet verra le jour sous peu pour offrir davantage d’animation dans les CHSLD et des résidences pour personnes aînées.

On le sait, une hospitalisation de quelques jours peut nécessiter une réadaptation de plusieurs semaines pour une personne vulnérable ou une personne âgée, là on ne parle pas d’hospitalisation, mais on a quand même des gens qui ne peuvent pas être très actifs et stimulés, affirme Caroline Roy, qui dit travailler afin de s’assurer que les aînés ne se retrouvent pas avec d’autres problèmes.

On sait que c’est un enjeu et que quand la COVID-19 sera terminée, on va se retrouver avec des personnes qui seront déconditionnées, qui auront besoin de plus de services, leur autonomie peut avoir diminué et je veux être proactive pour éviter cette situation, assure-t-elle.

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Abitibi–Témiscamingue

Santé mentale