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#DENTISTESÀPOILS : cachez ce dentiste français qu’on ne saurait voir

« Nous avons été les grands oubliés de cette crise, dans les gestes et dans les paroles », affirme la chirurgienne-dentiste française Julie Zerbib.

Un homme pose sur une chaise de dentiste avec une pancarte sur laquelle on peut lire : « Chirurgien-dentiste solidaire travail impossible sans protections ».

Daniel Reys, le père de Maud Braun-Reys, est chirurgien-dentiste.

Photo : Daniel Reys

Partout en France, la colère est montée dans les rangs de la profession médicale qui fait rarement parler d’elle. En raison de la propagation de la COVID-19, les dentistes ont été forcés de fermer leurs cabinets. Mais une campagne virale les a ramenés à l’avant-plan de l’actualité.

Inspirée d’une photo mise en ligne par un médecin de famille, la chirurgienne-dentiste Julie Zerbib a décidé de lancer la campagne #DENTISTESÀPOILS en compagnie des collègues de son cabinet.

C’est une action coup-de-poing. Je n’avais pas imaginé que la mobilisation prendrait une telle ampleur, explique-t-elle.

Il faut dire que l’Ordre des chirurgiens-dentistes et les administrations régionales de santé avaient forcé les dentistes à fermer leurs cabinets en raison de la propagation du nouveau coronavirus.

On est depuis le début dans l’incompréhension. Est-ce qu’on nous considère ou pas comme des professionnels de la santé?, demande l’instigatrice de la campagne.

On a donné tout ce qu’on avait comme équipements de protection. Nos masques FFP2, les masques chirurgicaux, les charlottes et les blouses de protection, tout. Nous, on ne pouvait plus rien commander parce que l’État avait décrété une réquisition sur tout le matériel.

Une citation de :Maud Braun-Reys, chirurgienne-dentiste dans la région de Strasbourg, qui est rapidement devenue le foyer de COVID-19 le plus actif en France.
Une chirurgienne-dentiste pose nue derrière une chaise.

Maud Braun-Reys, chirurgienne-dentiste de père en fille dans la région de Strasbourg, a rapidement participé à la campagne #DENTISTESÀPOILS.

Photo : Maud Braun-Reys

Ça fait deux mois qu’on travaille essentiellement bénévolement pour assurer un service de régulation téléphonique [ou le tri] pour rediriger les patients les plus urgents vers une garde d’urgence assurée par des collègues en binôme. Les dentistes qui se retrouvaient en poste ont d’abord reçu des masques FFP2 périmés, poursuit celle qui est chirurgienne-dentiste de père en fille.

Le retour au cabinet afin d’y recevoir des patients, annoncé dans la foulée d’un déconfinement progressif, a affolé Maud Braun-Reys.

Elle se sent prête à un retour au travail, évoquant que depuis longtemps les chirurgiens-dentistes ont appris à travailler avec des maladies hautement contagieuses comme les hépatites et le sida, mais elle a senti que les autorités jetaient les chirurgiens-dentistes dans la gueule du loup, à nu.

Attention! On a tout donné. Et on n’arrive plus à se procurer quoi que ce soit. Les gens ne réalisent pas à quel point nous sommes exposés au virus. Nous travaillons à 20 cm de la bouche de nos patients. Avec nos outils, il se produit une aérosolisation de ce qui est dans la bouche jusqu’à 3 mètres du fauteuil. Eh bien, notre premier ministre Édouard Philippe a fait un discours en détaillant chacune des professions qui auraient droit à des quantités de masques : les médecins des villes, les kinésithérapeutes. Pas un mot sur les dentistes, s’indigne-t-elle.

La campagne « coup de gueule » des dentistes a fait tache d’huile sur les réseaux sociaux et aura sans doute servi à accomplir ce que de nombreux dentistes interrogés considèrent comme ce que leurs syndicats n’ont pas su faire : attirer l’attention. L’attention des Français, mais surtout, de leur gouvernement.

Mardi dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran a tenu une réunion d’urgence avec les syndicats et l’Ordre des chirurgiens-dentistes pour les rassurer et, ce qui n’a jamais été fait jusqu’ici, les remercier.

Les 42 000 chirurgiens-dentistes auront chacun droit à 24 masques de types N95 par semaine. C’est peu disent-ils, considérant qu’ils doivent aussi s’assurer de protéger leurs assistantes dentaires aussi, mais c’est déjà ça.

Ce n’est pas un plaisir de se mettre nu, de s’être exposé. Mais on s’est sentis dépouillés. Et là, enfin, on nous écoute. Je considère ça comme une victoire du peuple, parce que c’est un cri qui est venu de la base, de dentistes individuellement, soutient Maud Braun-Reys.

Elle pose nue.

La chirurgienne-dentiste Julie Zerbib est l'instigatrice de la campagne #DENTISTESÀPOILS, en France.

Photo : Julie Zerbib

Les syndicats ont été d’un silence assourdissant, lance Hervé Berdah, un dentiste de la région parisienne. J’ai tout de suite trouvé l’idée du Julie Zerbib séduisante, et mes collègues féminines courageuses.

Si je n’avais pas la peur au ventre de retourner travailler, je serais un inconscient, ajoute-t-il. Mais j’irai. On a une énorme pression des patients qui ont besoin de soins. Je vais mettre le maximum pour assurer la protection de tout le monde. Je suis asthmatique, mais c’est surtout pour mes patients et pour mon personnel que j’ai peur. Très sincèrement, je comprends mes collègues qui disent qu’ils ne vont pas retourner travailler le 11 mai.

Julie Zerbib sera également de retour derrière son fauteuil pour traiter ses patients. Il reste encore bien des incertitudes pour elle, mais le dialogue est enfin amorcé croit-elle.

On a révélé notre vulnérabilité à la population et c’est vrai que j’ai une certaine émotion. J’ai une certaine fierté aussi de voir l’unité dont ont fait preuve tous les collègues.

Une citation de :Julie Zerbib, chirurgienne-dentiste instigatrice de la campagne #DENTISTESÀPOILS

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