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Un projet pilote de cellulaires en prison mort au feuilleton en Ontario

Un homme tient les barreaux d'une cellule de prison.

Le gouvernement Ford dit qu'il a résolu les problèmes de communication des détenus avec le monde extérieur.

Photo : Shutterstock

Jean-Philippe Nadeau

Radio-Canada a appris que le gouvernement Ford a annulé cette semaine un projet pilote qui consistait à accorder de vieux cellulaires à des détenus dans les prisons de l'Ontario. Un cabinet d'avocats de Toronto en avait lancé l'idée à la fin mars pour faciliter la communication des prisonniers avec le monde extérieur durant la crise sanitaire.

L'avocat John Struthers reconnaît que son initiative, il y a un mois, était désespérée, parce que les prisons de l'Ontario comptaient 8300 prisonniers, dont les deux tiers attendent selon lui de comparaître devant un tribunal et qu'ils sont donc présumés innocents.

Les cabines téléphoniques en prison sont payantes, peu nombreuses, et les détenus ne peuvent composer que des numéros de téléphone fixe et à frais virés.

John Struthers, avocat-criminaliste

Me Struthers ajoute qu'un tel système de communication est archaïque et peu pratique, puisque les lignes fixes sont de moins en moins utilisées de nos jours, particulièrement lorsqu'il faut se rendre au palais de justice.

La façade du Centre de détention du sud de Toronto.

Le Centre de détention du sud de Toronto

Photo : Twitter

Avec l'interdiction des visites en milieu carcéral, pandémie oblige, les avocats ne pouvaient plus contacter leurs clients, ce qui a créé d'énormes inquiétudes, selon Me Struthers, dans un milieu où la promiscuité est propice à la propagation du nouveau coronavirus.

Le cabinet de John Struthers a donc recueilli près de 75 vieux téléphones cellulaires, sans accès à Internet, pour les distribuer au Centre de détention du sud de Toronto connu pour sa surpopulation carcérale.

Doug Downey pose un stylo sur un pupitre dans une salle.

Doug Downey lors de son assermentation comme procureur général de l'Ontario à Queen's Park en 2019.

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Le ministère du Procureur général de l'Ontario a vu l'initiative d'un bon oeil avant que celui de la Solliciteure générale ne décide de l'annuler, en évoquant notamment des risques pour la sécurité du public.

Dans un communiqué, le ministère écrit qu'il fallait réduire les activités criminelles effectuées au moyen du cellulaire et mieux contrôler les intentions des prisonniers qui demandent à se servir d'un téléphone.

Me Struthers dit qu'il ne peut lire dans les pensées de la ministre, mais il soupçonne le ministère de craindre des activités comme la contrebande. Ils ont été très coopératifs, si bien qu'ils ont rapidement trouvé des solutions, dit-il en vantant toutefois les avantages d'un système de téléphonie uniforme en prison.

Une femme souriante assise sur une chaise derrière un bureau de député

La Solliciteure générale de l'Ontario, Sylvia Jones

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Selon Me Struthers, le projet pilote a au moins eu le mérite de moderniser sans délai le système de communication de la prison avec le monde extérieur.

C'est une victoire douce-amère, mais notre initiative a permis de leur faire comprendre qu'il est cruel de leur interdire de communiquer avec l'extérieur et que la communication reste essentielle entre les détenus, leur famille et leurs avocats.

John Struthers

John Struthers confirme que les détenus ont depuis reçu des cartes d'appel qui leur permettent maintenant d'appeler à l'extérieur sans problème, que ce soit des numéros de téléphone fixe ou cellulaire.

Le Centre de détention du sud de Toronto

Le Centre de détention du sud de Toronto

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le ministère de la Solliciteure générale ajoute qu'il a augmenté le nombre de cabines téléphoniques dans certaines prisons comme celle d'Etobicoke, dans l'ouest de Toronto, et que les combinés des téléphones sont nettoyés régulièrement pour éviter une transmission éventuelle du virus.

La libération de près de 3000 prisonniers, qui n'étaient pas considérés comme dangereux ou qui terminaient leur peine, a en outre permis de dépeupler les prisons, d'améliorer les communications avec l'extérieur et de réduire les tensions dans le système carcéral.

Me Struthers se dit donc satisfait, mais il souligne que l'incarcération n'est pas une solution dans notre communauté. Les prisons représentent une solution victorienne à des problèmes de société comme la dépendance aux drogues, la violence, la pauvreté et la maladie mentale, dit-il.

Les Sociétés John Howard de l'Ontario qui défendent les droits des prisonniers dans la province ne nous ont pas rappelés.

L'Association canadienne des libertés civiles rappelle au gouvernement que les détenus sont vulnérables compte tenu de leur situation et qu'il est nécessaire en ces temps de crise sans précédent de maintenir leurs communications avec leurs proches et leurs avocats. Elle encourage la province à améliorer les moyens de téléphonie dans le milieu carcéral.

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