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Déconfinement : des propriétaires de restos veulent plus de clarté des autorités

Des tables dressées

Québec n'a pas encore évoqué d'échéancier pour la réouverture des restaurants dans son plan de déconfinement.

Photo : iStock

Québec a annoncé cette semaine la première phase de son plan de déconfinement, sans toutefois faire mention des restaurants et des bars. Or, les restaurateurs auraient souhaité avoir un échéancier ou, à tout le moins, une idée des restrictions qui leur seront imposées, tandis que la crise qui les frappe de plein fouet semble vouloir s'étirer.

Après avoir établi son plan pour le déconfiement des écoles primaires lundi, François Legault a décrété mardi la réouverture graduelle de trois secteurs clés de l'économie : le commerce de détail, la construction et l'industrie manufacturière. Il s'agit d'une première phase de trois.

On ne réclamait pas à ouvrir mardi [...], mais on s’attendait à avoir une idée, savoir combien de temps on va devoir attendre, a laissé tomber François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales, de l'Association des restaurateurs du Québec, en entrevue à Midi info mercredi.

Est-ce que c’est quatre mois ou deux mois? [...] On n'attendait pas une date, mais on aurait aimé qu’on nous dise qu’on allait être dans la phase deux ou la phase trois, par exemple.

Ce qu’on veut, c’est avoir un horizon, a-t-il résumé, se disant un peu déçu.

Une crise qui risque de s'étirer

L'impact du confinement sur l'industrie de la restauration est catastrophique, selon M. Meunier.

En matière d’achat de produits alimentaires, 80 % de nos membres n’achètent plus rien depuis un mois, a-t-il souligné.

L'Association des restaurateurs du Québec compte près de 5600 membres.

Environ 175 000 travailleurs sont sans emplois dans l’industrie actuellement, a-t-il ajouté.

Selon un sondage réalisé par Restaurants Canada et rendu public le 23 avril, il semble que 50 % des propriétaires de restaurant indépendant croient ne pas pouvoir survivre à la crise si les conditions ne s'améliorent pas d'ici trois mois.

Or, cette crise, elle promet de s'étirer au-delà d'une éventuelle réouverture.

Les règles de distanciation physique, elles sont là pour durer. Donc, ça veut dire qu’on ne pourra pas rouler à pleine capacité de salle à manger avant des mois et des mois et des mois, a affirmé François Meunier.

Le monde dans lequel on était avant le 15 mars et celui dans lequel on sera dans quelques semaines ne sera plus le même dans notre industrie.

Une citation de :François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales, Association des restaurateurs du Québec

Revenir aux bases de la restauration

Dave St-Yves, copropriétaire de la Buvette Scott et de Sardines à Québec, dit ne pas être surpris par le fait que les bars et restaurants n'aient pas été évoqués par le gouvernement dans le plan de déconfinement.

Nous, on se prépare à peut-être rouvrir quelque part dans l’été, lance-t-il, non sans évoquer les nombreux changements que vont probablement devoir opérer les restaurateurs pour respecter les directives émises par la santé publique.

Je m’attends à être obligé de faire la moitié de la salle seulement. J’ai deux restos de 30 places, donc je m’attends à faire un service d’environ 15 personnes par soir.

Si sa prédiction s'avère, l'entrepreneur craint de devoir laisser aller des employés. On est 20, dans deux restos. Est-ce qu’il va y avoir de la job pour tous nos serveurs, nos cuisiniers? L'entrepreneur en doute.

Si nous, alors qu’on a des restaurants qui fonctionnent, on est rendus à penser comme ça, je ne m’imagine pas les autres, confie-t-il.

Les impératifs d'hygiène risquent bien sûr de dicter la cadence pendant plusieurs mois au sein de l'industrie, mais Dave St-Yves croit que la clientèle risque d'être craintive.

Avec le rythme que la population semble avoir pris, je ne vois pas quand le rythme trépidant d’avant va revenir en force. On a tout arrêté, on ne va pas revenir à la course.

Une citation de :Dave St-Yves, copropriétaire de la Buvette Scott et de Sardines

Pour lui, ce sera l'occasion d'effectuer un retour aux bases de la restauration, d'épurer. Je pense qu’on va revenir aux restaurants qu’on a connus avant, avec un service moins effréné, plus personnalisé, dit-il. Nous, on sait que ce qui nous importe, c’est l’honnêteté dans le service. On va tabler là-dessus.

On n'est pas au pied du mur, mais si ça dure...

À Verdun, à Montréal, trois associés triment depuis des mois pour organiser l'ouverture de la quatrième buvette du quartier. On devait ouvrir le 22 avril, laisse tomber Philippe Jacquelin, copropriétaire du futur Verdun Beach – déjà surnommé La Guinguette –, avec Charles Garant et Marc Frandon, qui est aussi à la barre de l'agence d'importation privée Primavin.

Ils ont parlé de la phase un, de la phase deux, de la phase trois, mais jamais il n'a été question des bars et des restaurants. Ça nous laisse vraiment dans la brume, déplore Philippe Jacquelin.

Ce dernier ne s'attendait pas non plus à ce qu'on annonce la réouverture des restaurants dans la première phase du plan de déconfinement. Il estime toutefois que le gouvernement pourrait, sans donner de date, s'avancer sur les restrictions qu'il compte imposer aux restaurateurs afin de leur permettre de se préparer.

Il s'attend ainsi, comme Dave St-Yves de la Buvette Scott, à devoir fonctionner à 50 % de la capacité de sa salle à manger. Mais pour l'instant, aucun moyen de savoir si c'est ce que la santé publique imposera.

On garde le fort. On est prêt à ouvrir. Mais si on se doit d'ouvrir avec la place à moitié pleine, c'est certain que pour un projet en démarrage, ce n'est franchement pas idéal.

Une citation de :Philippe Jacquelin, copropriétaire du Verdun Beach

Et ce sera pour combien de temps, se demande-t-il.

On a quand même réussi à bien placer nos ressources et à avoir des financements avant la crise qui nous ont permis d'accoter un fonds de roulement substantiel pour perdurer, explique-t-il, précisant que, comme l'établissement n'est pas encore ouvert, il n'a pas droit aux divers programmes de soutien gouvernementaux.

On n'est pas au pied du mur, mais si le confinement dure, on n'en aura plus de fonds de roulement. On va l'avoir épuisé en loyer et en électricité, et on va devoir ouvrir en étant au pied du mur.

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