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Réanimer un patient ou protéger les équipes médicales?

Une femme est en train de mettre un équipement de protection.

Voici à quoi ressemble l'équipement que le personnel médical doit mettre.

Photo : Radio-Canada

Sarah Désilets-Rousseau

Lors d'un arrêt cardiorespiratoire, on sauve le patient ou alors on protège les équipes médicales? C'est un dilemme éthique auquel ont dû faire face des médecins, des infirmières et des inhalothérapeutes ici, en Mauricie et au Centre-du-Québec. Un sujet fort sensible, a-t-on pu constater.

C’est que des changements aux protocoles de réanimation ont été apportés depuis le début de la pandémie.

Il y a quelques mois encore, lors d’un arrêt cardiorespiratoire, on signalait un code bleu dans tout l’établissement médical. On procédait à la réanimation du patient avec un masque et des gants. Depuis le début de la pandémie, des changements majeurs ont été apportés aux protocoles de réanimation : lors d'un arrêt cardiorespiratoire, on lance plutôt un code bleu protégé.

Un tableau qui indique : masque N95, visière, gants internes, cagoule chirurgicale, couvre-chaussures, gants externes, blouse chirurgicale

Un équipement spécial est dorénavant nécessaire pour les professionnels de la santé.

Photo : Radio-Canada

Jusqu’au 17 avril, personne ne pouvait commencer le massage cardiaque sans cet équipement. Le docteur Jocelyn Gervais, interniste et président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CIUSSSMCQ a accepté de s’entretenir avec nous de ces nouveaux protocoles.

Pendant quelques jours, on appliquait ce qui était recommandé internationalement et par le ministère, soit de ne pas procéder à des compressions. Avant l'équipe spéciale, bien ça pouvait prendre trois minutes, se désole-t-il.

De là un exercice bien difficile, soit attendre de longues secondes, puis des minutes avant de tenter de sauver le patient, pour se protéger.

Vous savez, le personnel de la santé, quand ça voit quelqu'un qui tombe en arrêt cardiorespiratoire, là, ce n’est pas du tout du tout dans notre nature de rien faire et il y avait vraiment un malaise, explique le Dr Gervais.

En Mauricie, le dilemme a été tel que les protocoles ont été modifiés rapidement.

Heureusement, ça n'a pas duré plusieurs jours, cette situation-là. Puis dès qu'on a eu des recommandations, on a changé drastiquement nos recommandations. Ça fait déjà une couple de semaines, indique-t-il.

Un massage cardiaque presque immédiat

Maintenant, la première personne qui constate l'arrêt cardiorespiratoire peut commencer le massage cardiaque en mettant un masque N95 et un masque au patient, dans l'attente de l'équipe d'urgence du Code bleu protégé, qui poursuivra avec le reste des manœuvres d'usage, dont l'intubation, qui est plus risquée. On parle de précieuses minutes qui sont alors sauvées.

Moi, j'ai entendu parler d'un cas où le personnel était bien mal à l'aise, justement parce qu'il y avait eu un délai entre l'arrivée, un délai bien normal, là, entre l'arrivée de l'équipe spécialisée et l'arrêt cardiorespiratoire, déplore Dr Gervais.

Nous n’avons pas réussi à savoir si la vie de ce patient a pu être sauvée. Au CIUSSS MCQ, on n'est pas en mesure de nous dire non plus s'il y a eu d'autres victimes collatérales.

Les milieux hors hospitaliers

Le talon d’Achille resterait les milieux hors hospitaliers, quand on ne connaît pas le patient et qu'on soupçonne qu'il pourrait avoir contracté la COVID-19, on devra attendre les ambulanciers, qui eux commenceront le massage cardiaque. Une situation qui serait très rare.

Dans tous les autres cas, si on est capables d'avoir une histoire. Quand les patients font un arrêt cardiorespiratoire, normalement, ils sont accompagnés de quelqu'un qui les connaît. Donc si on confirme auprès de cette personne qu'elle n'était pas atteinte de COVID, on va procéder au massage cardiaque du patient, tout en mettant une protection sur ses voies respiratoires, soit son nez et sa bouche, indique le Dr Gervais.

La situation évolue rapidement. Les protocoles de réanimation sont appelés à changer souvent, mais les équipes soignantes sont beaucoup plus à l'aise actuellement, nous indiquent nos sources.

Le ministère de la Santé a refusé de nous accorder une entrevue. Il a aussi empêché ses conseillers en éthique de la santé de discuter avec nous de ce dilemme qui est au cœur des actes que doit actuellement poser le personnel médical : soigner ou protéger la santé et peut-être la vie des équipes de soins.

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Mauricie et Centre du Québec

Santé publique