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COVID-19 : des doutes sur la faisabilité du dépistage massif

En coulisses, plusieurs experts du réseau de la santé ont fait part à Radio-Canada de leurs interrogations et doutes, alors que le gouvernement du Québec compte notamment sur l'acquisition de nouveaux appareils.

Une main couverte d'un gant médical bleu approche un écouvillon d'une bouche grande ouverte.

Alors qu'environ 5000 tests de dépistage de la COVID-19 sont réalisés en ce moment quotidiennement, Québec compte tripler ce chiffre dans les prochains jours.

Photo : Reuters / Matthias Rietschel

« Dès la semaine prochaine, on va passer à 14 500 tests par jour. Et, dans les semaines qui vont suivre, on va augmenter encore plus », a affirmé jeudi le premier ministre du Québec, François Legault.

Comme Radio-Canada l'a dévoilé cette semaine, Québec compte tripler le nombre de tests menés quotidiennement dans la province.

Le chiffre de 30 000 tests quotidiens a même été avancé par le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, qui a prévu de détailler publiquement, prochainement, sa stratégie pour augmenter massivement le dépistage.

Actuellement, on a une disponibilité de 14 500 tests qu'on pourrait mettre en "switch on" demain matin.

Horacio Arruda, directeur national de santé publique, le 30 avril 2020

Mais dans les faits, comment y arriverait-on? Comment pourrait-on tester massivement la population, afin de détecter et d'endiguer rapidement une éventuelle reprise de l’épidémie?

Quand on est confiné chez soi, si on a des symptômes, on a peu de risques de transmettre le virus. Mais si on veut surveiller les conséquences du déconfinement, il faut tester les gens pour éviter qu’ils ne contaminent d’autres personnes, affirme le médecin et épidémiologiste Gaston De Serres.

Environ 5000 tests quotidiens

Actuellement, on fait à peu près 6000 tests par jour, a déclaré François Legault jeudi. Selon des données publiées par l’Institut national de santé publique, il y en aurait un peu moins. Ces sept derniers jours, le Québec a testé entre 4300 et 5133 personnes par jour. Le taux de positivité serait de 15 % à 16 %, a ajouté Horacio Arruda, en évoquant des taux très élevés. Ça démontre qu'on utilise le test dans les bons milieux, a-t-il souligné.

L’efficacité des tests rapides pas encore confirmée

Plusieurs idées sont étudiées par Québec, qui compte notamment sur de nouveaux appareils pour y arriver, même si leur efficacité, dans certains cas, reste à confirmer.

Le gouvernement mise par exemple sur la technologie développée par l’entreprise ontarienne Spartan.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a acheté 100 appareils comparables à un cube portatif, et 200 000 ensembles de tests à cette firme, qui promet un résultat livré en 30 minutes, contre une journée actuellement en laboratoire. Il est possible de réaliser un maximum de 24 tests par cube en 24 heures.

Québec s’attend à recevoir une partie ce matériel à la fin de mai, mais à ce jour, rien ne semble garantir l’efficacité de ce dispositif. Bien que ce test rapide ait été approuvé par Santé Canada, des examens sont encore en cours, a appris Radio-Canada.

Les tests de Spartan sont présentement en validation, cette commande est donc conditionnelle à l’homologation par Santé Canada.

Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS)

Un processus de validation clinique est en cours pour confirmer l’efficacité de la technologie Spartan Cube et s’assurer que l’instrument fonctionne dans divers milieux de la santé et milieux éloignés, confirme l’Agence de la santé publique du Canada.

Si la performance du test s’avère insuffisante et que Santé Canada retire à la compagnie son homologation conditionnelle, la commande pourrait être annulée, ajoute Québec.

Commande de nouveaux équipements

Pour augmenter les capacités de dépistage, le gouvernement Legault a également commandé, à la mi-mars, cinq analyseurs automatisés Roche Cobas 6800/8800. Il s’agit de plateformes conçues pour effectuer des tests de dépistage sanguin et de suivi de la charge virale, peut-on lire sur le site de Roche Canada.

Deux d’entre eux sont déjà utilisés au Centre universitaire de santé McGill et au CHUS de Sherbrooke. Un troisième, qui sera déployé selon les besoins du réseau, sera livré le 11 mai, spécifie le MSSS, qui ne connaît pas encore les dates de livraison des deux autres.

Les réactifs seront également fournis par Roche Canada, assure le gouvernement.

Ces analyseurs permettent de faire plusieurs tests en même temps, de façon standardisée. Ça va définitivement aider à augmenter la capacité de tester, explique Martin Sauvageau chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

L’IRCM a d’ailleurs proposé de transformer ses espaces en laboratoire de dépistage de la COVID-19. Près de 400 tests quotidiens pourraient y être menés pour venir en aide à des centres hospitaliers montréalais.

Pas de pénurie, dit Québec

Ces dernières semaines, plusieurs inquiétudes ont été soulevées concernant la disponibilité des équipements pour réaliser des tests. Des milliers d’écouvillons sont par exemple arrivés contaminés de Chine. On a signalé à Radio-Canada que des tiges se brisaient facilement, en faisant allusion à la médiocre qualité de certains produits chinois. Et selon l’aveu même d’Horacio Arruda, des réactifs étaient inadéquats.

Un problème avec certaines trousses de prélèvements a également été identifié par le MSSS, qui a rapidement effectué un rappel de ces trousses.

Ces soucis seraient du passé, selon Horacio Arruda. On ne devrait pas avoir de problème de réactifs ni de tiges ouatées [les écouvillons], a-t-il lancé jeudi.

Québec refuse néanmoins toujours de rendre publiques les quantités exactes de matériel disponible et les commandes qui sont en cours. Aucune pénurie de réactifs ou d’écouvillons n’est anticipée, précise-t-on.

Tout ça, c'est flou, confie une source du réseau de la santé. On nous dit ça, mais on n'a aucune certitude.

À ce jour, d’ailleurs, la majorité du matériel vient de la Chine, du gouvernement fédéral et de différents pays qui ont du matériel disponible, reconnaît le gouvernement. Aucune entreprise québécoise ne fabrique ces trousses de dépistage dans la province.

Cette situation pourrait cependant changer. Québec évalue en ce moment plusieurs offres de production d’écouvillons par impression 3D.

Le Dr Arruda en conférence de presse.

En marge du processus de déconfinement, la pression se fait de plus en plus forte sur le gouvernement – et sur le Dr Arruda – pour qu'il assure un meilleur dépistage du virus, en augmentant sensiblement le nombre de tests effectués dans la population.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Vers une multiplication de cliniques mobiles

Alors que le gouvernement s’appuie actuellement sur 30 laboratoires répartis dans l’ensemble de la province pour analyser ces tests, Québec s’orienterait vers une multiplication de cliniques mobiles, particulièrement dans la région montréalaise.

Dans la métropole, on espère un minimum de 10 000 tests quotidiens, contre environ 4000 en ce moment, afin de tester un maximum de personnes dans la population, y compris les asymptomatiques.

Que ce soit dans un camion ou sous des tentes, des infirmières pourraient ainsi se rendre rapidement dans des lieux où des éclosions sont répertoriées. Cela pourrait être des quartiers, des entreprises, des écoles ou des milieux de vie, comme les établissements de soins.

Une équipe mobile sera d’ailleurs déployée à Montréal-Nord, le secteur le plus touché du Québec, pour augmenter le nombre de tests réalisés sur place. L’accès au dépistage y sera d’ailleurs élargi à la population symptomatique dès ce vendredi.

À Laval, autre territoire frappé par la pandémie, une nouvelle clinique vient d’ouvrir dans l’aréna Cartier. On vise 500 tests par jour, indique Judith Goudreau, porte-parole du CISSS de Laval.

Avec la collaboration de Chantal Srivastava

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