•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Il est urgent de reprendre les traitements dentaires, clament les dentistes

« On est très étonnés de voir qu’on ne permet pas à la population d’avoir accès aux soins buccodentaires », déplore l’Ordre des dentistes du Québec.

Une chaise de dentiste vide dans un bureau.

Les dentistes québécois espèrent avoir le feu vert des autorités politiques et sanitaires pour redémarrer, pleinement, leurs activités.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Dans sa clinique de la région de Granby, Alexandre Caron doit faire face, depuis plusieurs jours, « au mécontentement de certains patients ».

Comme l’ensemble de ses collègues, il ne peut, depuis la mi-mars, traiter que des cas d’extrême urgence, lorsque la douleur devient intolérable, tel que l’indique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), dans une note qui a été transmise à cette profession.

On privilégie les cas de douleurs aiguës, les enflures, les infection au visage, les saignements prolongés dans la bouche. Mais pour une carie ou si vous vous cassez une dent, même si ce n’est pas joli, il faut attendre. Ça amène son lot de frustration, confie Alexandre Caron.

Cependant, même pour ces cas urgents, on doit faire le minimum d’interventions, précise Carl Tremblay, qui exerce à Rouyn-Noranda et dirige l’Association des chirurgiens dentistes du Québec. Impossible par exemple de réaliser un traitement de canal complet, de mener une opération ou de poser une couronne.

Finalement, résume-t-il, c’est comme si on mettait un pansement sur une blessure, pour temporairement réduire la douleur.

On essaie de rassurer les patients, on leur parle par téléphone, on ne peut rien réparer de A à Z. Plus ça avance, plus la santé dentaire des Québécois est à risque.

Carl Tremblay, président de l’Association des chirurgiens dentistes

On soulage la douleur avec des antibiotiques et des antidouleurs, mais vivre avec une infection dentaire, c’est douloureux. Et dès qu’on relâche un suivi, la maladie revient rapidement, poursuit-il.

Des protocoles déjà en place

Considérés comme fournissant un service essentiel, les dentistes ont pu continuer de travailler ces dernières semaines, pour quelques cas jugés urgents, sans néanmoins pouvoir mener à terme les opérations dentaires. Les patients, avant d’entrer dans l’établissement, doivent répondre à plusieurs questions, notamment s’ils ont voyagé ou ont été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19, et leur température est prise.

Des mesures de protection

Mardi, en découvrant la liste des secteurs autorisés par le gouvernement Legault à reprendre leurs activités le 11 ou 19 mai, selon leur secteur géographique, le président de l’Ordre des dentistes du Québec mentionne avoir été le plus surpris.

Ça fait près de deux mois qu’on travaille en urgence, qu’on a développé des techniques, la télédentisterie aussi. J’ai été étonné, souligne Guy Lafrance, également propriétaire d’une clinique à Gatineau.

Dans un premier temps, Québec permettra une reprise des chantiers de construction, ainsi que la réouverture des commerces de détails et des entreprises manufacturières. Les dentistes ne figurent pas dans cette liste. Il faut y aller séquentiellement [...] On se limite à ces secteurs-là parce que sinon ça va être trop de monde trop vite dans le système, a justifié le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

On a pris contact avec le ministère de la Santé pour planifier un plan rapide de reprise. Les traitements ont été repoussés, mais maintenant il faut aller de l’avant.

Guy Lafrance, président de l’Ordre des dentistes du Québec

Pourtant, assure-t-on du côté des dentistes, se protéger des virus est une habitude. Ce n’est rien de nouveau, on a déjà des protocoles, indique Guy Lafrance.

Ça fait longtemps qu’on a des gants, des lunettes de protection, des masques et qu’on désinfecte des instruments et des chaises. Les seuls qui sont meilleurs que nous, ce sont les chirurgiens dans les salles d’opération, ajoute Carl Tremblay.

Microbiologiste et professeur à la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal, Jean Barbeau abonde dans le même sens. Les dentistes appliquent déjà une protection universelle. Ils sont très bien formés et cela met en échec la majorité des virus, spécifie-t-il.

Un dentiste montréalais, qui a préféré taire son nom pour ne pas avoir de problèmes avec son Ordre, a néanmoins fait part de quelques craintes à Radio-Canada.

On travaille dans les bouches, avec des aérosols. Le souci, c'est qu'on ne nous fournit rien, regrette-t-il. On a demandé des masques N95, mais on ne nous en livre pas. Moi, j'ai passé personnellement des commandes au début de la crise, mais je ne vais pas en avoir assez pour les six prochains mois.

On attend des nouvelles [des autorités politiques et sanitaires], assure quant à lui Carl Tremblay, qui dit pousser fort pour connaître les prochaines normes à adopter.

Un déconfinement graduel, selon Québec

Certaines activités sont toujours ralenties, mais tranquillement d’autres secteurs d’activités pourront reprendre du service dans les semaines à venir, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux, en parlant d'un déconfinement graduel. Il ne faut pas oublier que présentement, certains soins dentaires sont accessibles pour la population en attendant la réouverture. L’objectif est d’éviter des effets indésirables de la pandémie sur la santé buccodentaire de la population et de compromettre certains travaux déjà entrepris avant la crise liée à la COVID-19, ajoute-t-on.

Des coûts fixes importants

L’aspect financier est également une source de préoccupation pour les dentistes, qui ont d’importants frais fixes.

Entre le loyer et les multiples équipements, les coûts mensuels peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliers de dollars, selon Alexandre Caron.

Les cliniques dentaires sont très dispendieuses, affirme Guy Lafrance, qui souligne également le fait que les dentistes, qui emploient de nombreuses personnes, ont dû procéder à de multiples mises à pied.

On attend impatiemment la reprise, lâche-t-il. On l’espère et on sera prêt.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé

Politique