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Déconfinement : qui du Québec, de l'Ontario ou de la France a la meilleure approche?

Nous avons posé la question à des Québécois et à des Ontariens d'origine française.

Photo de la famille à l'extérieur en habit de neige.

Bastien Wipliez et son épouse ne savent pas s'ils enverront leurs enfants à l'école le 11 mai à Québec.

Photo : Photo fournie par Bastien Wipliez

Nombre de magasins pourront rouvrir dès lundi au Québec, et les écoles primaires, à compter du 11 mai. Est-ce trop tôt? L'approche du Québec ressemble à celle de la France, alors que l'Ontario déconfine beaucoup plus lentement.

Au Québec, les commerces à l'extérieur de la région de Montréal qui ont une porte donnant sur la rue peuvent rouvrir lundi, mais ils doivent maintenir des mesures de distanciation sociale.

En France, le déconfinement des commerces et des écoles primaires commencera le 11 mai. L'Ontario n'a fixé aucune date pour la réouverture des écoles, mais permet à certaines entreprises saisonnières comme les centres de jardinage de reprendre leurs activités lundi.

L'ingénieur d'origine française Bastien Wipliez, qui habite à Québec, ne sait pas s'il enverra ses enfants à l'école le 11 mai.

La décision n’est pas prise encore avec ma blonde : moi je suis pour, elle hésite, dit le père.

Même s’il y a une chance minime que les enfants attrapent la COVID à l’école (l’école va sûrement être plus propre que les épiceries), on demeure responsables de ce choix.

Bastien Wipliez, père de trois enfants à Québec

Il ajoute ceci : Ce qui nous influence c’est qu’on doit retourner travailler et il faut relancer l’économie.

Le père de famille se désole toutefois de voir que l'école en temps de pandémie au Québec ressemblera « à l'armée », car les contacts entre élèves et les jeux extérieurs seront interdits. Inquiétant pour une petite poulette de 6 ans, dit-il.

Le nombre d'élèves par classe sera limité à 15, pour faciliter la distanciation physique.

M. Wipliez souligne qu'il est plus facile de pratiquer la distanciation sociale dans la région de Québec qu'en France, où la densité urbaine est plus élevée. Cela dit, il ne s'inquiète pas outre mesure pour ses proches en France.

Les arguments du Québec et de la France en faveur du déconfinement :

  • Il faut relancer l'économie
  • La réouverture des écoles permettra la poursuite de l'apprentissage
  • Les enfants sont moins à risque que les adultes en général; la présence en classe sera optionnelle
  • Des mesures de distanciation sociale resteront en place à l'école et dans les commerces
  • Il y aura un dépistage massif pour endiguer toute éclosion (certains ont émis des doutes à ce sujet au Québec)
  • Il pourrait y avoir un reconfinement s'il y a une flambée de nouveaux cas

Pour sa part, le consultant en informatique de Québec Sébastien Firlej raconte que sa famille en France est « assez inquiète de la situation ». La France, qui a été frappée par le coronavirus avant le Canada, déplore plus de 24 700 décès liés à la COVID-19.

La COVID-19 en chiffres :

  • Ontario : 17 553 cas; 1216 morts (en date du 3 mai)
  • Québec : 31 865 cas; 2205 morts (en date du 3 mai)
  • France : 131 287 cas; 24 895 décès (en date du 3 mai)

Que ce soit en France ou au Québec, le bon sens voudrait que l'on puisse se déplacer si et seulement si les gestes-barrières et les distances de sécurité sont respectées, dit-il.

Même actuellement en ne sortant qu'une fois aux 2 semaines pour les courses, on se rend compte que les gens pour une minorité ne respectent déjà pas les règles en place. C'est donc difficile de prévoir ce qui va se passer si on assouplit les règles.

Sébastien Firlej, consultant en informatique à Québec

Il ajoute que l'approche de la France avec un « nombre record d'amendes » lui semble plus « répressive » qu'au Québec. La stratégie française a parfois été un peu « intense », de l'avis de M. Wipliez. Ma mère m’a raconté s’être fait arrêter par un policier parce qu’elle allait chercher son pain en vélo. Risque de blessure donc d’aller à l’hôpital, donc pas le droit [selon le policier], dit-il.

Ce qui sera permis en France le 11 mai :

  • Réouverture des écoles primaires (un peu plus tard à Paris, comme pour la région de Montréal au Québec)
  • Réouverture des commerces (avec limitation du nombre de clients), sauf les cafés, les restaurants et les cinémas, notamment, qui resteront fermés
  • Réouverture des bibliothèques
  • Les rassemblements de 10 personnes ou moins
  • Les déplacements de 100 km ou moins, sans attestation

Pas de déconfinement généralisé en Ontario

En Ontario, le premier ministre Doug Ford a présenté un plan de déconfinement en trois phases, mais n'a pas fixé d'échéancier, affirmant qu'il ne voulait pas « jouer aux dés » avec la question.

Seuls les commerces et les entreprises offrant des services jugés essentiels comme les épiceries et les chantiers ont pu continuer leurs activités jusqu'à maintenant. Certains entrepreneurs saisonniers pourront aussi reprendre le travail lundi.

Pour les autres entreprises et les magasins, le gouvernement veut attendre que le taux d'augmentation des nouveaux cas baisse pendant 2 à 4 semaines. L'Ontario veut aussi bonifier son système de dépistage, après avoir raté à plusieurs reprises ses cibles en matière de tests quotidiens.

Quant aux écoles, elles demeureront fermées au moins jusqu'au 31 mai en Ontario. Entre-temps, les enseignants offrent à leurs élèves quelques heures par semaine de cours en ligne.

Gemma Leggett travaille à son ordinateur portable dans une salle de réunion.

Gemma Leggett trouve que l'Ontario a une approche prudente.

Photo : Radio-Canada

Gemma Leggett, qui est mère de deux enfants et agente immobilière à Aurora en banlieue de Toronto, pense que la prudence est de mise.

Elle ne comprend pas pourquoi on relâcherait les mesures de confinement tant qu'il n'y a pas une baisse continue des nouveaux cas. Sinon, ça aura servi à quoi tout ça? demande-t-elle.

Si les écoles venaient à rouvrir en Ontario, je ne suis pas certaine que j'aurais envie d'envoyer mes enfants à l'école.

Gemma Leggett, mère de deux enfants à Aurora

Elle ajoute que sa soeur qui habite toujours en France ne compte pas envoyer ses enfants à l'école le 11 mai.

La Torontoise Cristelle, une autre mère de deux enfants d'origine française, pense que la France déconfine trop vite, « surtout au vu de l’indiscipline des Français ».

L'employée en ressources humaines espère que les cours ne reprendront qu'en septembre en Ontario (Radio-Canada a accepté de taire son nom de famille à sa demande, pour ne pas que ses enfants puissent être identifiés).

Je ne vois pas l’intérêt de faire prendre des risques aux enfants (et à leurs familles) pour un mois d’école seulement.

Cristelle, mère de famille à Toronto

Elle aimerait bien que les parcs rouvrent pour faire bouger ses enfants, mais elle craint que toute réouverture donne l'impression au public que le « risque est moindre ».

Même s'il est en mise à pied temporaire de son poste d'analyste à Air Canada à cause de la pandémie, le Torontois d'origine française Roland Zacarias pense lui aussi que le déconfinement devrait attendre des deux côtés de l'Atlantique.

J'aime bien l'approche de l'Ontario, parce qu'elle est vraiment sécuritaire. On priorise la santé de la personne avant l'économie.

Roland Zacarias, analyste, en chômage temporaire

La traductrice et employée en ressources humaines à Toronto Laura Godier, elle aussi en chômage temporaire, dit qu'elle est très contente d'être au Canada plutôt qu'en France actuellement. Selon elle, le Canada a été plus « proactif » contre la COVID-19.

Pour elle, il vaudrait mieux attendre jusqu'en août ou en septembre pour rouvrir les commerces, par exemple. Même si les commerces rouvraient demain matin, je n'irais pas me faire faire une pédicure ou aller chez la coiffeuse, dit la jeune femme, qui appréhende une deuxième vague.

On ne peut pas attendre jusqu'au vaccin

Un tube à essai avec un bouchon bleu et une étiquette sur laquelle est inscrit « COVID-19 ».

Un tube à essai utilisé pour dépister la COVID-19.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Sasha Tsakirides, un employé en informatique pour la Banque RBC à Toronto, comprend ces craintes, mais il croit que l'Ontario devrait commencer à la mi-mai à lever graduellement les mesures de confinement, soit un peu après le Québec et la France.

Le gouvernement ne pourra pas continuer à soutenir toute l'économie du pays indéfiniment. Et pour la santé mentale des gens, c'est très pesant de rester confinés, de vivre dans un climat de peur.

Sasha Tsakirides, employé en informatique à Toronto

Le virus ne va pas disparaître [du jour au lendemain], ajoute-t-il. En ce sens, il faut maintenir des précautions, mais on ne peut pas attendre la mise au point d'un vaccin avant de rouvrir l'économie, selon lui.

Il est en faveur du port obligatoire du masque dans le transport en commun, comme c'est le cas en France, son pays d'origine.

Encore ce week-end, des Ontariens ont manifesté en faveur du déconfinement devant l'Assemblée législative à Toronto.

L'employée en communication à Toronto Roxane Barry, qui a immigré de la France au Canada il y a cinq ans, est ambivalente lorsqu'on lui demande qui de l'Ontario, du Québec ou de la France a la meilleure approche. Elle souligne qu'il est difficile de comparer les trois, en raison du nombre différent de cas d'infection et de lits disponibles dans les hôpitaux, notamment.

Pour elle, il s'agit d'une question d'équilibre entre « l’économie, le système de santé et la liberté des gens ».

Le confinement, d’accord, mais à quel prix (santé mentale, décès d'autres maladies, etc.)? demande-t-elle. Je n'ai pas la solution, bien sûr, mais je pense que ce que nous vivons va servir de leçon sur notre façon de vivre, sur le système de santé qui doit être renforcé, sur la production de médicaments en Europe, etc.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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