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À table avec les livres

Photo d'un mélangeur rouge, couvercle ouvert, d'où s'échappe un liquide violet en giclant.

La couverture du livre « Un lien familial », de Nadine Bismuth

Photo : Boréal

Cecile Gladel

Dans le livre Un lien familial, défendu par France D’Amour au Combat national des livres 2020, l’autrice Nadine Bismuth décortique les états d’âme d’une designer de cuisines désabusée qui trompe son conjoint avec le copain d’une blogueuse gastronomique obsédée par la perfection.

Le chassé-croisé aigre-doux de leurs relations, et les scènes de repas, notamment celui de Noël, sont un théâtre idéal pour révéler les tensions entre les personnages. Cette présence de la gastronomie dans un roman n’est pas inédite. L'alimentation est très courante dans la littérature aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas. Analyse de ce phénomène.

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es

Ce que la nourriture sert à dire, ça change selon les époques, a constaté Geneviève Sicotte, professeure au Département d’études françaises de l’Université Concordia qui s’intéresse, entre autres, à ce thème­ dans la littérature.

La femme regarde devant elle.

La professeure Geneviève Sicotte

Photo : Concordia

Dans des classiques comme Les Plouffe, Bonheur d'occasion ou Le survenant, on comprend dans quel milieu on évolue grâce aux notations relatives à l'alimentation et aux repas.

Ça fait partie du paysage. Ça serait comme décrire les vêtements des personnages ou les gestes de leurs métiers au quotidien. Le détail des repas n’est pas nécessairement le propos principal.

Geneviève Sicotte

Mais pendant longtemps, la nourriture a été absente de la littérature : il était mal vu de parler des besoins physiologiques du corps. Dans une tragédie classique de Racine, on ne mangeait pas. C’était trop grossier, matériel. C’est surtout dans la deuxième moitié du 19e siècle qu’on a commencé à avoir des descriptions de repas. Même dans les romans de Balzac, on raconte des repas, mais on ne sait pas trop ce qu’on mange, explique Geneviève Sicotte.

Dans les romans canadiens et québécois, c’est surtout dans la deuxième partie du 20e siècle qu’on a commencé à mentionner la nourriture. Le repas apparaît, mais comme une sorte de contexte, de fond historique qui est toujours utile, jamais gratuit. Ça nous permet d’ancrer les personnages dans un quotidien, raconte la professeure.

Dans Bonheur d’occasion, on présente les repas pauvres et la pénurie de nourriture dans la famille de Florentine, les plats qu’elle sert au restaurant bon marché Quinze-Cents où flotte l’odeur violente du caramel et de graisse, une nourriture américanisée, qui contraste avec le menu du chic restaurant français où Jean Lévesque va l’amener. Tout ceci dresse un portrait des classes sociales. On mange selon notre niveau de richesse, décrit Geneviève Sicotte.

Illustration d'un personnage féminin dans un champ, portant un chapeau, qui siffle avec ses doigts puis crie À table!

Détail d'une planche tirée du récit graphique Le nouveau monde paysan au Québec, Stéphane Lemardelé

Photo : La boîte à bulles/Stéphane Lemardelé

Maintenant, quand on parle de la dimension sociale de la nourriture, on le voit aussi en termes de justice sociale, de rapport nord-sud, des déserts alimentaires dans les villes. poursuit-elle. Ainsi, le récit graphique Le nouveau monde paysan au Québec, de Stéphane Lemardelé, aborde l’enjeu de l’agriculture locale et alternative. Des sujets qui n’ont pas encore vraiment trouvé leur place dans la fiction, mais ça ne devrait pas tarder. Ce filon du roman gastronomique n’est pas terminé, pense Geneviève Sicotte. 

Le rôle particulier de la nourriture dans le roman policier

L’écrivaine Chrystine Brouillet utilise l'alimentation dans ses romans policiers pour introduire une notion de plaisir et de détente. Quand on écrit ce type de livres, il y a des scènes dures à supporter, la nourriture amène des scènes reposantes, explique celle qui aime aussi beaucoup cuisiner.

La femme regarde sur le côté.

Chrystine Brouillet

Pour ses livres, elle a rencontré de nombreux policiers et policières et a constaté que c’était des personnes gourmandes. Lors des repas, ils peuvent se laisser aller, ils ne sont pas en contrôle comme dans une enquête. La nourriture a quelque chose de rassurant, satisfaisant et réconfortant.

Quand j’écris une intrigue, je pense à tous les détails. Quand je décris la robe, la fraîcheur d’un poisson, le caramel d’un gâteau, j’échappe moi aussi à une tension, c’est comme si je prenais une pause. C’est un moment de détente [dans mon écriture], le seul où j’ai du plaisir sinon je dois faire attention à tous les détails de mon intrigue.

Chrystine Brouillet

En cette période de confinement et de pandémie, Chrystine Brouillet remarque d'ailleurs qu'elle a tendance à passer plus de temps dans sa cuisine. Je fais plus de desserts qu’habituellement et je les donne à droite et à gauche. C’est une manière de sourire aux gens et de faire plaisir. C’est un moment de détente, car j’arrête de réfléchir, ça me permet de décrocher. Ce n’est pas une démarche intellectuelle, mais plutôt sensuelle, conclut l’écrivaine.

Combat national des livres 2020

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