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Améliorer son intelligence du jeu pendant le confinement

Ils courent derrière le ballon.

De jeunes joueurs de soccer

Photo : iStock

Les Canadiens tentent de survivre à leur septième semaine de confinement. Une éternité pour les parents et pour les jeunes sportifs qui ne peuvent s’entraîner avec leur équipe sportive respective. Ça commence à trépigner dans les chaumières.

Bien sûr, rien ne vaut un entraînement en équipe, sur le terrain, avec des entraîneurs qualifiés. Mais il est faux de croire qu’il est impossible de s’améliorer malgré tout dans le contexte.

Deux entraîneurs de soccer québécois ont préparé de concert une fiche de conseils pour les jeunes joueurs à partir de la littérature scientifique sur le sujet.

Grégory Hallé Petiot détient une licence d’entraîneur UEFA B. Il a aussi étudié le soccer au Brésil, en plus d’entraîner en Écosse, en Australie et au Canada. Il détient aussi une maîtrise en psychopédagogie.

Son collègue Basil More-Chevalier étudie au doctorat en neuroscience de la vision à l’Université de Montréal et travaille comme assistant de recherche à l'Institut national du sport du Québec. Il se spécialise dans l’entraînement des capacités perceptivo-cognitives et est entraîneur à l’Association régionale de soccer de Laval.

Ensemble, ils proposent des idées pour que les athlètes poursuivent leur développement. Elles sont valides au soccer, mais peuvent, bien sûr, être adaptées à d’autres sports.

Développement des habiletés techniques

Avant toute chose, les athlètes et leurs entraîneurs devraient se fixer des objectifs jusqu’à la sortie du confinement. Les exercices ou les pistes proposés par les entraîneurs ne seront que plus efficaces.

Par exemple, un joueur droitier pourrait décider de consacrer du temps à renforcer son tir ou ses passes du pied gauche. Une joueuse, de son côté, pourrait aussi parfaire son contrôle de ballon en faisant des exercices pour dribler et pour jongler avec ses pieds. Une fois que cette habileté est maîtrisée, il faudrait la jumeler à autre chose.

Parce que continuer à jongler, sans complexifier la tâche, deviendra une forme d’automatisme, il n’y aura donc plus de progrès. C’est pourquoi jongler en répétant des tables de multiplication ou en répondant à des questions, par exemple, serait beaucoup plus bénéfique.

Ça nous permet de reproduire la connexion d’associer un geste technique à un raisonnement ou à un traitement de l’information comme en match, explique Basil More-Chevalier. Essayer de rapprocher notre entraînement à la réalité des matchs est le grand principe à suivre.

Un joueur pourrait aussi, par exemple, faire des passes contre un mur et ensuite décider du geste à faire en fonction des informations qu’il arrive à recueillir autour de lui. De cette façon, il entraîne à la fois le geste technique et la rapidité à lire ce qui se passe. L’aide d’un membre de la famille peut être précieuse.

Un entraîneur de soccer, vêtu de blanc, donne des indications à des enfants lors d'une séance sur un terrain gazonné.

Grégory Hallé Petiot dirige une séance d'entraînement de soccer en Australie.

Photo : Courtoisie : Grégory Hallé Petiot

En recevant le ballon, le joueur regarde par-dessus son épaule droite et s’il voit son partenaire d’entraînement s’avancer, alors il doit renvoyer le ballon vers le mur ou encore se déplacer en contrôlant le ballon du côté opposé à l’adversaire, sinon il peut se retourner avec le ballon si son partenaire est assez loin, mentionne Grégory Hallé Petiot.

Il y a plein de règles qu’on peut trouver. Mais l’essentiel, c’est qu’il y ait un stimulus auquel il doit réagir et un geste pertinent et une prise de décision à prendre en conséquence, ajoute Basil More-Chevalier.

Entraînement des fonctions cognitives

Une journée de pluie quand un jeune est coincé dans un petit appartement peut sembler perdue pour un athlète, mais encore là, les possibilités sont multiples.

Gregory Hallé Petiot a une suggestion toute simple qui permet d’entraîner les fonctions cognitives. Un jeu d’habileté qui se joue avec peu d’espace et en famille.

Il suggère qu’une personne lance une quinzaine de balles de quatre ou cinq couleurs différentes dans les airs devant un participant et qu’elle fasse ensuite un appel d’une couleur en particulier.

Le participant doit alors saisir toutes les balles de la couleur mentionnée le plus rapidement possible ou toutes les autres balles si c’est un appel à éviter d’attraper une couleur précise. Il doit réagir rapidement et prendre les bonnes décisions.

Même si elle n’améliore pas directement l’intelligence du jeu au soccer, cette activité ludique améliore les facultés cognitives parce qu’on s’entraîne à prendre des décisions et à traiter une information, explique M. Hallé Petiot. Quand je fais des pompes, j’entraîne mes muscles qui me permettront de lancer plus fort, alors tout ce qu’on utilise dans notre prise de décision doit aussi être entraîné.

Ce genre d’exercice permet aussi de développer l’imaginaire de ceux qui façonnent les règles. Ce jeu n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’objectif principal de la démarche est de trouver des activités qui permettent la recherche de stimuli.

En prime, il permet de vivre des moments agréables en famille loin des écrans. Le confinement est le moment idéal pour le faire.

Observation, analyse, émulation

Il reste que les écrans peuvent aussi être très utiles pour travailler l’intelligence du jeu. Si un joueur a la possibilité de revoir certaines de ses propres séquences de matchs, il devrait le faire en évaluant ce qu’il faisait et en comparant son jeu avec celui des professionnels qui occupent la même position sur le terrain.

Il est aussi suggéré de pousser l’expérience avec les écrans encore plus loin. Basil More-Chevalier recommande aux joueurs de regarder un match professionnel à la télévision en imitant les gestes et les mouvements du joueur au même poste que lui.

Un jeune qui joue comme latéral droit devrait donc focaliser son attention sur le latéral droit d’une équipe à l’écran et imiter ses gestes et la direction de ses déplacements en courant sur place. Bref, en essayant de se mettre dans ses crampons.

Cela veut dire qu’on doit aussi tenter de prévoir ce que le joueur fait lorsqu’il n’apparaît pas à l’écran. On doit donc réfléchir et penser.

Trois joueurs de soccer vêtus de bleu célèbrent un but marqué par leur équipe.

Basil More-Chevalier, à droite sur la photo, avec deux coéquipiers des Carabins de l'Université de Montréal

Photo : courtoisie : Carabins / James Hajjar

De cette façon, un joueur va solliciter les bons réseaux de neurones miroir et c’est parfait pour apprendre, explique Basil More-Chevalier. Puisque le joueur court en même temps, on a aussi les bénéfices de l'engagement actif, on finit par se rapprocher un peu plus de la réalité d’un match au point de vue physique et cognitif.

Les jeux vidéo de soccer offrent aussi un certain entraînement cognitif, si on joue avec une vision du jeu à la première personne. De cette façon, en jouant à sa position habituelle, un footballeur va répéter des actions qui caractérisent normalement son jeu.

Selon le chercheur, les bienfaits des jeux vidéo ont été démontrés dans la littérature scientifique. D’abord, le jeu entraînera la concentration du joueur à faire abstraction de tout ce qui n’est pas dans le jeu.

Le joueur va aussi devoir ajuster son comportement à ce qu’il voit et va donc améliorer sa connaissance tactique du jeu comme le fait de se rapprocher de son bloc ou encore de bien marquer l’adversaire, dit Grégory Hallé Petiot. Le jeu simule bien les responsabilités et les actions qu’un joueur doit faire même quand il n’a pas le ballon.

Il n’est toutefois pas nécessaire de toujours jouer avec un joueur de sa position.

Je conseille aussi aux joueurs d’essayer d’évoluer à d’autres postes sur le terrain pour vivre ce que les autres vivent à leur position, ajoute Basil More-Chevalier. Il ne faut pas hésiter non plus à changer les schémas tactiques. Inconsciemment, le joueur va vivre différentes situations et mémoriser certaines informations qui ont le bénéfice de s'automatiser avec le temps dans son cerveau. On se situe entre l'apprentissage différentiel et implicite.

Les deux chercheurs rappellent que leurs conseils ne sont que des exemples et ils encouragent joueurs et entraîneurs à en retenir les principes et à faire preuve de créativité pour les adapter au soccer, ou encore à d’autres sports.

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