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Une thérapie mise sur pause pour plusieurs Autochtones

Des gens posent devant l'affiche de Wapan.

Une partie de l’équipe du Centre Wapan se rend toujours au travail tout en respectant la distanciation sociale.

Photo : Courtoisie : Christine Jean

Véronik Picard

16 Autochtones de partout au Québec ont dû mettre fin abruptement à leur thérapie au Centre Wapan, à La Tuque, un effet collatéral de la pandémie de COVID-19. Le retour dans leur communauté pourrait être lourd de conséquences pour ces femmes et ces hommes qui tentaient de mettre fin à leur dépendance.

Mélina (nom fictif) est une Innue de 30 ans qui vient de la communauté autochtone de Matimekush-Lac John, près de Schefferville. En juillet 2019, sa vie prend un virage éprouvant : elle se retrouve seule avec ses trois enfants, après s'être séparée de son conjoint des 15 dernières années. J’étais perdue, je ne me retrouvais plus, confie-t-elle.

Quelques mois plus tard, à l’approche de Noël, sa nouvelle réalité de mère monoparentale la happe de plein fouet. Elle se réfugie dans la drogue. Son sens des responsabilités la rattrape rapidement et elle décide d’appeler une intervenante au Centre de réadaptation Wapan. J’ai décidé de prendre ma vie en main. J’étais tannée d’être malheureuse. Je me disais que j’avais trois enfants, il fallait que je m’occupe d’eux, révèle-t-elle.

En mars, Mélina prend le train de Schefferville à Sept-Îles, se rend à Québec, pour finalement arriver au Centre Wapan, à La Tuque, le 8 mars.

Huit jours plus tard, la fermeture du Centre est annoncée. Les participants avaient tous entamé leur thérapie ensemble. J’avais un peu mal, j’avais de la peine. Je sentais que je n’étais pas prête à retourner, je voulais rester encore là, ajoute Mélina.

J’ai vraiment aimé le centre, c’était comme mon deuxième chez moi.

Mélina (nom fictif), Innue de Matimekush-Lac John

L’avion qui la ramène à Matimekush décolle le 19 mars. Mélina considère que son cheminement n’est pas terminé, qu’elle aura besoin d’y retourner lorsque le Centre ouvrira de nouveau. Entre-temps, elle peut contacter son intervenante si elle vit un moment plus difficile.

Parce qu’il faut le dire, l’obligation de fermer le Centre a semé une vive inquiétude chez tous les intervenants. Ces derniers continuent donc de travailler à distance pour assurer un suivi psychologique.

Christine Jean, directrice générale du Centre Wapan, explique qu’il restait encore trois précieuses semaines de thérapie à terminer pour tous les participants. Il était donc important d’établir un contact avec chacun des Autochtones de la cohorte une fois rentrés dans leur communauté.

C’est difficile pour nous aussi, les intervenants. Nous sommes des humains, nous aussi. Ça a été difficile pour nous de prendre cette décision.

Christine Jean, directrice générale du Centre Wapan

Le Centre Wapan en détail

  • 1 des 6 centres de traitement des dépendances pour les Autochtones au Québec.
  • 23 employés y travaillent.
  • 22 lits sont accessibles.
  • La moyenne d’âge est en dessous de 30 ans
  • Environ 130 personnes sont accueillies au Centre Wapan chaque année.
  • La thérapie est sans frais.
  • Le financement provient de Services aux Autochtones Canada.
Une femme est assise à un bureau.

Nathalie Basile-Guillemette reste en contact avec la clientèle à distance pendant le confinement.

Photo : Courtoisie : Nathalie Basile-Guillemette

Nathalie Basile-Guillemette, responsable des admissions et des services externes au Centre Wapan, précise que la clientèle a besoin d’aide pour la dépendance à la drogue, à l’alcool ou même à l’affection. Son rôle est d’épauler chaque personne dans sa démarche, principalement avant et après la thérapie, qui a pour but de se rapprocher de l’Autochtone en soi avec des enseignements culturels.

Mme Basile-Guillemette confie que l’annonce de la fermeture du centre l’a touchée. Elle souligne aussi que chacune des personnes qui suit la thérapie vient de loin, a investi du temps et a fait des sacrifices pour prendre soin de son bien-être.

C’est du temps qu’ils investissent pour eux-mêmes. Ça prend vraiment du courage, aller en thérapie.

Nathalie Basile-Guillemette, Atikamekw de Wemotaci qui travaille au Centre Wapan

Elle prend l’exemple de Mélina, qui a pu obtenir sa place après plusieurs mois d’attente. Elle attendait depuis si longtemps, on avait réussi à tout mettre en place pour qu’elle puisse faire ses 34 jours avec nous, ajoute-t-elle.

Pour que la cohorte retourne à la maison de façon saine, les intervenants du Centre et les Autochtones qui suivaient la thérapie ont travaillé d'arrache-pied dans les derniers jours afin de guérir certaines blessures.

J’ai trouvé magnifique la résilience. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour travailler, faire le point sur des choses qui étaient arrivées dans leur vie, termine Mme Basile-Guillemette.

Christine Jean est consciente que c’est une décision importante pour sa clientèle que d’aller en thérapie pendant plus d'un mois. L’équipe du Centre a mis en place les mesures sanitaires nécessaires pour être prête lorsque le centre sera autorisé à rouvrir ses portes. Et Mme Jean priorisera l’admission des 16 personnes qui faisaient partie de la cohorte de mars, dès que le centre pourra recommencer ses activités normalement.

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Mauricie et Centre du Québec

Autochtones