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L’absence des travailleurs étrangers aura une incidence sur la production alimentaire

Le Nouveau-Brunswick ferme ses frontières aux travailleurs étrangers temporaires.

François Lavigne, copropriétaire de la Ferme Michaud, à Baie de Bouctouche

L’interdiction des travailleurs étrangers temporaires aura un impact sur la production alimentaire, préviennent des agriculteurs.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Radio-Canada

La décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick d’interdire l’entrée sur son territoire des travailleurs temporaires étrangers continue d’être critiquée dans le milieu agricole.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Des groupes d'agriculteurs estiment que la décision annoncée mardi par le premier ministre Blaine Higgs ne pouvait survenir à un pire moment.

L’absence de ces quelque 1500 travailleurs aura un impact significatif sur la production alimentaire de la province, préviennent-ils.

Moins de production, moins de nourriture

François Lavigne, copropriétaire de la Ferme Michaud, à Baie de Bouctouche, est l’un d’entre eux. Depuis 2018, les travailleurs temporaires mexicains ont permis à son entreprise de conserver des seuils de producteurs élevés, affirme-t-il.

Sans eux, la Ferme Michaud réduira sa production de 70 % cet été, pour éviter que les légumes ne pourrissent sur leurs tiges.

Un homme vêtu d'une chemise à carreaux rouge et coiffé d'une tuque bleue, sur une ferme.

François Lavigne, l'un des copropriétaires de la Ferme Michaud, à Baie de Bouctouche au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Aujourd'hui, il faut que je rappelle les représentants de Sobeys et que je leur explique que, cette année, ça se peut qu'on ne puisse pas en apporter du tout [à l’entrepôt] à Dipert, expliquait mercredi M. Lavigne, un ingénieur de formation.

Puis même dans les magasins, poursuit-il. Il n'y en aura peut-être pas assez dans les magasins.

Fausse bonne idée

Il y a pénurie de travailleurs agricoles au Nouveau-Brunswick. Cette année encore, les offres d’emploi publiées en ligne par la Ferme Michaud n’ont pas porté fruit.

Le gouvernement Higgs suggère de remplacer les travailleurs étrangers par des Néo-Brunswickois qui ont perdu leur travail à cause du coronavirus. Cette solution en apparence simple est une fausse bonne idée, indique-t-on dans le secteur agricole.

François Lavigne, copropriétaire de la Ferme Michaud, à Baie de Bouctouche

François Lavigne estime que les travailleurs étrangers qu'il accueille chaque année sont très spécialisés et difficilement remplaçables.

Photo : Radio-Canada

C'est absolument impossible de juste trouver des gens comme ça, n'importe où pour les remplacer, prévient la présidente de l’Union nationale des fermiers du Nouveau-Brunswick (UNF-NB), Rébeka Frazer-Chiasson.

Les travailleurs temporaires étrangers ne sont pas n’importe qui, explique-t-elle. Ces travailleurs agricoles ont été bien entraînés et ont beaucoup d'expérience.

Une femme debout portant des lunettes.

Rébeka Frazer-Chiasson, agricultrice et présidente de l'Union nationale des fermiers du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Huit Mexicains ne veut pas dire que ça va me prendre huit locaux pour les remplacer, indique François Lavigne, le copropriétaire de la Ferme Michaud. Ça va m'en prendre trois et même, des fois, quatre fois plus de travailleurs pour remplacer les Mexicains.

L’Union nationale des fermiers est fortement en désaccord avec la décision de restreindre la venue de travailleurs étrangers temporaires dans la province. Rébeka Frazer-Chiasson mentionne que plusieurs agriculteurs vont maintenant réduire la taille de leurs récoltes à cause de cela.

Elle repère un autre problème potentiel : des chômeurs engagés pour travailler aux champs ou sur les fermes pourraient être rappelés par leur ancien employeur à n'importe quel moment, maintenant que le Nouveau-Brunswick a mis en marche son déconfinement.

En ce qui concerne la santé publique, François Lavigne remarque que les travailleurs étrangers sont hébergés sur la ferme, au lieu de venir y travailler et de rentrer ensuite chez eux, comme le font les résidents néo-brunswickois.

Nous autres, on croit qu'il y a moins de risque de santé avec la COVID-19 en ayant des travailleurs étrangers qui travaillent et qui restent sur la ferme, que d'avoir des gens qui vont être “des va-et-vient” à tous les jours, affirme-t-il.

Problèmes anticipés dans les usines de transformation

Les travailleurs étrangers temporaires, dont bon nombre viennent du Mexique, d'Amérique centrale et d'aussi loin que les Philippines, travaillent habituellement dans les industries des pêches et de l'agriculture pendant la saison estivale.

Dans les usines de transformation des produits de la mer, la pénurie de main-d’oeuvre se fait sentir également.

Plusieurs travailleurs coiffés de bonnets dans une usine de transformation des produits de la mer.

Une usine de transformation des produits de la mer au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

La très grande majorité des usines a présentement des offres d'emplois partout, et les gens qui se présentent à nos portes, on peut les compter sur les doigts de la main, déclare Serge Haché, le directeur des opérations chez Bolero Shellfish, qui transforme le homard à Saint-Simon, dans la Péninsule acadienne.

Il reste peu de temps pour pallier l’absence des travailleurs étrangers, car la pêche au homard commencera le 15 mai dans le nord du Nouveau-Brunswick. Serge Haché se demande comment on dénichera assez de monde en deux semaines.

Si les gouvernements ont des stratégies pour amener ce monde-là en usine, well, on aimerait les savoir et les mettre en place au plus sacrant, lance-t-il.

Un homme filmé par la webcam de son ordinateur.

Serge Haché, directeur des opérations chez Bolero Shellfish, en entrevue par webcam le 29 avril 2020.

Photo : Radio-Canada

Ailleurs au Nouveau-Brunswick, les Pêcheries de Bas-Caraquet offrent une prime de COVID-19 qui peut valoir aux employés jusqu’à 5 $ de plus de l’heure. On recherche des travailleurs avec expérience dans les usines, écrit-on.

Le propriétaire, Rudy Lebreton, n'a pas accordé d'entrevue, mais a affirmé que cette hausse était nécessaire, non seulement pour satisfaire ses employés, mais aussi pour être concurrentiel face aux prestations d'urgence auxquelles les nouveaux chômeurs sont admissibles.

Bernard Thériault, qui a été ministre des Pêches du Nouveau-Brunswick dans un gouvernement libéral de 1994 à 1997, critique sévèrement l’approche du premier ministre progressiste-conservateur.

Un homme vêtu en orange parle devant sa webcam au milieu d'un bureau en désordre.

L'ancien ministre Bernard Thériault, député de Caraquet de 1987 à 2000, en entrevue par webcam le 29 avril 2020.

Photo : Radio-Canada

Il prétend qu'il n'y a pas de marché pour le homard, alors qu'il n'y a pas de marché pour le pétrole... et est-ce qu'on empêche Irving de fonctionner présentement? Moi je me pose une question là-dessus, insinue l’homme politique à la retraite. L’actuel premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a été à l’emploi d’Irving Oil pendant 33 ans, et fut un haut-dirigeant de la pétrolière.

Selon Bernard Thériault, les entreprises et le gouvernement provincial pourraient agir, s’ils le voulaient, pour rendre les emplois en usine plus attrayants pour les Néo-Brunswickois.

M. Higgs refuse de donner des primes aux travailleurs dans le domaine de la santé, donc il est mal venu d'aller en donner dans les usines de poissons, affirme-t-il.

D’après les reportages de Jean-Philippe Hughes et Alix Villeneuve et avec des informations de La Presse canadienne

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