•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sans travailleurs étrangers, des agriculteurs craignent un manque d'expertise

Un travailleur mexicain travaille dans un champ.

Les producteurs agricoles font face à de longs délais pour l'obtention des permis de travail pour les employés étrangers.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Devant des démarches ardues pour faire venir des travailleurs étrangers dans leurs champs cet été, des producteurs agricoles craignent que l’appel lancé aux Québécois pour leur venir en aide ne soit pas à la hauteur de l’expertise de leurs employés habituels.

J’ai peur que les légumes soient de moins bonne qualité. J’ai peur de perdre mon nom en engageant des gens qui ne connaissent pas ce travail, affirme Jean-Michel Plante, propriétaire de la ferme Ô Jardin de M. Plante.

Près de mille personnes se sont inscrites pour obtenir des paniers de légumes de la ferme de Saint-Édouard-de-Lotbinière. Sans travailleurs qualifiés, il n’arrivera pas à répondre à toute cette demande.

J’ai peur de les décevoir. Je me demande si je vais de l’avant ou si je laisse tomber cette année.

Jean-Michel Plante, propriétaire de la ferme Ô Jardin de M. Plante

Il y a un peu plus d'une semaine, le gouvernement provincial a annoncé un incitatif de 100 $ par semaine pour assurer une main-d'oeuvre locale dans les champs.

Délais administratifs

La ferme de M. Plante bénéficie habituellement de l’aide de six travailleurs mexicains. Un seul est arrivé pour le moment. Les autres attendent toujours l’obtention de leur visa pour venir au pays.

Avant, pour avoir certains visas, c'était 10 à 11 jours de délais. Maintenant, ça traîne en longueur de mois en mois, explique Annick Lachance, responsable des ressources humaines à la ferme et conjointe de M. Plante.

Jean-Michel Plante et Annick Lachance marchent dans un champ.

Jean-Michel Plante et Annick Lachance doivent fournir des paniers de légumes pour 1000 clients cet été.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Mme Lachance s’explique mal pourquoi les démarches sont si ardues alors qu’Ottawa avait assuré en mars que les travailleurs temporaires pourront rentrer au pays, sous condition de se soumettre à une période d’isolement de 14 jours.

On donne des sous pour les quarantaines, mais d'un autre côté, les hommes n'ont pas leurs papiers pour des détails administratifs, se désole-t-elle.

7000 travailleurs en moins

L’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec est bien au fait de ce problème. Habituellement, 11 000 travailleurs étrangers arrivent au Québec avant le mois de juin. Pour le moment, il y en a seulement 4 000.

On a des difficultés avec le Mexique et le Guatemala. Ça fonctionne très lentement, mentionne le président de l’UPA, Marcel Groleau.

La pandémie mondiale n’est pas étrangère au problème, fait savoir M. Groleau. Les mesures de confinement ralentissent les activités des ambassades canadiennes dans ces pays.

La production de documents de travail pour les travailleurs qui n’ont pas d’expérience au Canada au cours des dix dernières années est plus ardue en raison des examens médicaux et des recherches de sécurité à effectuer.

On va demander au gouvernement de prioriser les travailleurs qui ont déjà obtenu un visa au pays. Il faut prolonger leur permis, suggère M. Groleau.

Travailleurs québécois inexpérimentés

Avec cette stratégie, l’UPA croit être en mesure d’attirer environ 7000 travailleurs étrangers, d’où l’importance de faire appel aux Québécois pour pallier le manque à gagner.

Près de 4000 Québécois ont posé leur candidature pour aider les producteurs dans les champs. Mais le manque d’expertise de cette nouvelle main-d’œuvre dérange les producteurs.

On a dans l'idée que c'est extrêmement simple dans les fermes. On n'a qu'à cueillir un légume qui est si beau et parfait dans le champ. Malheureusement ce n’est pas comme ça que ça se passe.

Jean-Michel Plante, propriétaire de la ferme Ô Jardin de M. Plante
Un travailleur mexicain tient un panier dans un champ.

La ferme Ô Jardin de M. Plante engage habituellement six travailleurs étrangers pour assurer les récoltes.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

L’UPA est aussi d’avis que l’expertise des travailleurs mexicains est indispensable. Elle ne s’acquiert pas en une seule saison. Les Québécois pourront toutefois imiter les techniques de travail des plus expérimentés ou faire des tâches moins complexes, estime Marcel Groleau.

Si on a 70 % de travailleurs étrangers et 30 % de Québécois, je crois qu’on peut y arriver, précise-t-il.

Post-traumatique

Avec une haute saison qui s’étend sur 22 semaines, Jean-Michel Plante prévient qu’il doit pouvoir compter sur du personnel à temps plein pour l’ensemble de cette période. Il explique d’ailleurs qu’il a cessé de faire appel à de jeunes étudiants dans le passé, puisque ceux-ci quittaient les champs dès qu’il commençait à faire un peu froid.

On se ramasse avec des champs remplis, sans employé. On est incapable de vendre les légumes ni de les récolter. Je ne verrais pas pourquoi qu'il en serait autrement cette année. J’espère que ce sera différent, mais c'est presque des chocs post-traumatiques qui me hantent présentement, conclut M. Plante.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Agriculture