•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un virus catastrophique pour les plus pauvres

Laurent Bourque a survécu à un premier cancer en 1993 qui l'a laissé handicapé. Depuis, il ne travaille plus et compte sur les prestations d'aide sociale.

Photo : Radio-Canada

Rose St-Pierre

« Quand tu vis dans des conditions de même, c’est pas juste la COVID qui peut te tuer », laisse tomber Laurent Bourque.

Depuis un an, ce résident du comté de Kent, au Nouveau-Brunswick, vit sans chauffage ni eau courante.

La soirée la plus frette de l’hiver, je crois que c’était -24 °C ou de quoi de même. C’était pas un beau matin. Mon chien a pogné un rhume, il faisait pitié, se rappelle-t-il.

Un homme retient son chien dans ses bras.

Laurent Bourque vit seul dans sa maison, sans électricité ni eau courante.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Il ne compte que sur sa prestation d’aide sociale pour subvenir à ses besoins : un peu moins de 600 $ par mois.

Son histoire a déjà fait réagir, mais malgré ses tentatives pour obtenir de l’aide, aucun foyer de soins n’a pu le recevoir. Et impossible d’accepter les dons, qui auraient été déduits de son revenu.

Maintenant que les pires nuits de l’hiver sont derrière lui, Laurent Bourque craint dorénavant que la pandémie le rende encore plus vulnérable.

J’avais déjà pas d’eau courante pour me laver. Quand t’es dans une crise comme qu’on a astheure, la santé et l’hygiène, c’est vraiment important. Ça me donne de la peur.

Petite génératrice à l'extérieur, entourée de morceaux de bois.

Laurent Bourque compte sur une petite génératrice pour alimenter sa maison en électricité lors des grands froids.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

En plus de ses inquiétudes pour sa santé, le Néo-Brunswickois a perdu de précieux aidants naturels.

Quand la pandémie a commencé, là, c’était beaucoup plus ennuyant : t’es tout seul, tu peux pas voir personne.

Les pauvres plus touchés

Les personnes démunies sont plus durement touchées par la pandémie, affirment des experts. En plus d’être susceptibles de contracter le virus, les plus pauvres subissent des conséquences sanitaires, sociales et économiques uniques.

Les gouvernements ont mis en place des mesures de confinement et une interdiction de contact qui font que ces personnes-là se retrouvent complètement isolées, avance Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de Montréal.

Difficile d’avoir accès à des soins médicaux, à un logement adéquat, mais aussi de respecter les mesures de préventions.

Ces recommandations-là s’adressent à tout le monde, sauf que ce n’est peut-être pas adéquat ou facile à mettre en œuvre pour les personnes défavorisées, ajoute la professeure.

Et les plus âgés sont aussi à risque, selon le professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en vieillissement, santé et développement, Mark Rosenberg. Le nombre de personnes âgées qui sont vulnérables est caché parce que d'autres membres de la famille apportent leur soutien soit en payant les factures, soit en apportant leur aide.

Pendant la pandémie, ces vulnérabilités sont exposées parce que les proches aidants ne peuvent plus venir en aide à ces personnes, explique le professeur. Selon des données recueillies par Statistique Canada en 2016, les personnes âgées à faible revenu sont moins susceptibles (d’environ 11 points de pourcentage) de dire qu’ils avaient un niveau élevé de soutien social.

Un homme avec son chien à l'entrée de sa maison.

Laurent Bourque habite le comté de Kent, l'une des circonscriptions les plus pauvres de la province.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Résultat : les inégalités, déjà existantes, sont exacerbées. Pourtant, selon Laurent Bourque, les plus fragiles ne reçoivent pas plus d’attention pour autant.

Je suis fier qu’on entende Trudeau parler tous les jours, c’est rassurant. But, j’aimerais qu’il parle des plus pauvres, suggère-t-il.

Alors que le gouvernement fédéral offre 2000 $ par mois aux travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie, les prestataires d’aide sociale reçoivent toujours quelques centaines de dollars seulement.

On a comme deux rationalités différentes : l’État ne réfléchit pas de la même façon pour les personnes sur l’aide sociale versus les personnes qu’il faut indemniser dans une situation d’urgence, avance la sociologue et historienne de l’aide sociale Catherine Charron.

Contrairement à la Prestation canadienne d’urgence (PCU), l’aide au revenu ne vise pas à couvrir les dépenses essentielles, mais plutôt à maintenir les prestations au minimum pour inciter les prestataires à revenir sur le marché du travail, croit la chercheuse.

Dans le cas de l’aide sociale, on a complètement perdu de vue la responsabilité de l’État de couvrir les besoins de base des gens, ajoute-t-elle.

Mais selon la professeure, en réfléchissant ainsi, on ignore que les personnes pauvres, enfoncées dans une situation économique intenable, se retrouvent coincées dans un cycle de pauvreté.

Il y a aussi cette idée de pauvres méritants, de bons pauvres versus de mauvais pauvres, qui resurgit aussi.

Catherine Charron, sociologue et historienne de l’aide sociale

Pour Laurent Bourque, les mesures d’aide annoncées par le gouvernement devraient justement nous faire réfléchir.

Un homme sourit à la caméra.

«Faut que tout le monde ait le moyen de vivre une vie normale», croit Laurent Bourque.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Ils ont prouvé que si qu’ils [veulent] faire un guaranteed annual income [revenu minimum garanti] ils sont complètement capables de le faire. Faut que tout le monde ait le moyen de vivre. Une vie normale. Faut qu’on puisse survivre.

Le ministère du Développement social n’a pas voulu commenter le cas spécifique de Laurent Bourque pour des raisons de confidentialité. Énergie NB, de son côté, dit être au courant de sa situation et avoir discuté des options qui s’offrent à lui.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Pauvreté