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La peur de la COVID-19, cousine moderne de la peur des mammouths

Une femme portant un masque en train de regarder par la fenêtre.

En confinement, le stress engendré par la pandémie s'accumule et peut mener à des excès de colère.

Photo : getty images/istockphoto / LucaLorenzelli

Malgré la multiplication des arcs-en-ciel et des slogans encourageants, la peur liée à la COVID-19 provoque aussi de l'hostilité, voire de l'agressivité, qui rappelle les instincts primitifs de l'humain.

Présentement, tout le monde a peur, tout le monde est stressé et c'est normal jusqu'à un certain point, souligne la professeure au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal, Marie-France Marin.

La chercheuse en neurosciences n'est pas surprise de constater que la crise actuelle provoque certaines réactions négatives. Messages d'insulte envoyés aux personnes atteintes de la COVID-19, colère défoulée contre les employés des épiceries, dénonciations parfois injustifiées à la police... les exemples sont presque aussi nombreux que les arcs-en-ciel aux fenêtres.

Quand on est stressé, les hormones de stress remontent au cerveau et ont un impact sur comment on perçoit les choses, et c'est très difficile d'être rationnel.

Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie de l'UQAM

D'autant plus que la COVID-19 est un virus complètement nouveau, sur lequel même les experts savent encore très peu de choses. La réponse de stress est générée lorsqu'on est sans contrôle, et présentement on est dans l'inconnu, l'imprévisibilité, la totale. On se sent vraiment impuissants, précise la professeure.

Certaines personnes ont donc le réflexe de chercher des coupables pour se donner un sentiment de contrôle, aussi illusoire soit-il. On ne reprend pas le contrôle sur le virus, mais c'est une impression de contrôle. Les gens ont ce besoin de trouver des réponses, d'essayer de comprendre, et parfois c'est fait de façon très maladroite, indique Mme Marin.

Havre-aux-Maisons aux Îles-de-la-Madeleine.

Le confinement est plus agréable en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, mais y garder l'anonymat est moins facile qu'en ville.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Dans les petites communautés comme celles de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, il est beaucoup plus simple de savoir qui est atteint de la maladie qu'à Montréal, où les cas sont très nombreux et diffus. Ces personnes peuvent donc devenir malgré elles des cibles faciles, selon la professeure.

Comment réagir face à une réaction hostile?

Il y a deux étapes à suivre, selon Mme Marin.

La première est de comprendre d'où vient cette réaction, c'est-à-dire qu'elle est probablement issue d'un grand stress mal géré plutôt que d'une réelle mauvaise intention.

Les hormones de stress s'accumulent et, à la base, ces hormones sont là pour mobiliser de l'énergie pour faire face à une menace. Imaginez que vous êtes face à un mammouth, vous avez besoin de cette énergie-là pour combattre ou fuir le mammouth, explique la professeure.

Le problème, c'est que, devant la COVID-19, on mobilise de l'énergie, mais on est confinés, alors l'énergie va nulle part. On a l'énergie pour tuer un mammouth, mais on est pris avec, et c'est une énergie très négative.

Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie de l'UQAM

Lorsqu'elle est mal gérée, cette énergie accumulée peut mener à ce que les experts appellent des colères spontanées. T'sais, des gens qui vont péter une coche, vulgarise Mme Marin.

La deuxième étape à suivre est donc de ne pas se laisser contaminer par cette négativité.

Une fillette fixe un dessin d'arc-en-ciel à une fenêtre.

En période de stress, notre cerveau entre en mode survie et cherche activement les menaces. Il faut donc l'entraîner à voir le positif autour de nous, conseille Mme Marin.

Photo : getty images/istockphoto

Mme Marin recommande notamment de bouger, de sortir prendre l'air, de nommer un élément positif de notre journée, de rire et de respirer. C'est sûr que, quand tu es stressé, ce n'est pas le temps d'essayer d'en comprendre la source, de faire le gros travail cognitif. C'est le temps de mettre des solutions rapides en place pour dépenser de l'énergie, comme aller courir dehors.

Face à un mammouth, tu n'as pas le temps de rire. Donc, si tu es capable de rire, tu dis à ton cerveau que tu n'es pas en train de mourir. Même chose si tu es capable de prendre une grande inspiration.

Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie de l'UQAM

Ces stratégies peuvent aussi être utilisées pour soutenir nos proches qui vivent du stress, par exemple en proposant à son conjoint d'écouter une comédie, ou d'aller courir avec une amie en respectant la distanciation de deux mètres. Ça va avoir un impact sur la personne et sur nous aussi, parce que le stress des autres a un impact sur leur entourage, indique Mme Marin.

La professeure conseille également de limiter sa consommation de nouvelles lorsque ces dernières deviennent une source de stress, et de faire un effort conscient pour consulter autant de nouvelles positives, comme les guérisons et les exemples d'entraide, que de nouvelles moins encourageantes.

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