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Des églises québécoises menacées en raison du coronavirus

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Le curé Pierre Gingras se sent bien seul dans l'église Saints-Martyrs-Canadiens, à Québec. Il célèbre un messe par jour sauf que les paroissiens ne contribuent plus à la quête. Les factures notammment d'électricité s'accumulent sur le bureau du curé.

Le reportage de Pierre-Alexandre Bolduc

Photo : Radio-Canada

Pierre-Alexandre Bolduc

L'Église catholique a traversé de nombreuses crises au cours de sa longue histoire, mais celle du coronavirus est particulièrement brutale. L'impact financier de l'absence de paroissiens pourrait être fatal à certaines paroisses.

Le Diocèse de Québec n'écarte pas la fermeture d'églises. Des paroisses de la région de Québec ont dû mettre à pied tout leur personnel. Des curés se sont même inscrits à la Prestation canadienne d'urgence (PCU) pour toucher de l'argent, étant donné qu'ils ont perdu leur emploi.

C'est catastrophique... Je dois vous dire que c'est là qu'on va vérifier le type de foi qu'on a, déclare le curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Québec, Pierre Gingras.

L'homme de Dieu est seul dans son immense église du centre-ville de Québec. Il donne une messe tous les jours sur Facebook, mais les paroissiens ne participent plus à la quête et les factures s'accumulent. Sa paroisse enregistrait déjà un déficit de 300 000 $ l'année dernière.

Les gens qui souhaitaient que l'Église devienne pauvre... Eh bien, je dois vous dire qu'elle n'est pas devenue pauvre, mais qu'elle l'est. Alors on vit avec cette pauvreté-là.

Pierre Gingras dit qu'il y a un malaise à demander aux paroissiens de contribuer financièrement. La crise frappe de plein fouet ses fidèles qui ont aussi du mal à payer des factures.

Pierre Gingras dit qu'il y a un malaise à demander aux paroissiens de contribuer financièrement. La crise frappe également de plein fouet ses fidèles, qui ont eux aussi du mal à payer leurs factures.

Photo : Radio-Canada

Vivre de quête en quête

L'abbé Mario Duchesne connaît bien la situation financière des églises de la grande région de Québec. À titre de vicaire général du diocèse de Québec, il voit pleinement l'impact de la COVID-19 sur les paroisses.

C'est dramatique, parce que cette réalité est en train justement de nous dévoiler le rythme de financement de nos paroisses, lance le vicaire.

Moi, je vous dis là que la plupart des paroisses vivent de quête en quête!

L'abbé Mario Duchesne, vicaire général de l'Église catholique de Québec
Le vicaire général de l'Église catholique du Diocèse de Québec, Mario Duchesne, avoue que la crise de la covid-19 pourrait engendrer la fermeture de certaines églises.

Le vicaire général de l'Église catholique de Québec, Mario Duchesne, avoue que la crise de la COVID-19 pourrait engendrer la fermeture de certaines églises.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Au sein du diocèse de Québec, la moitié des paroisses étaient déjà déficitaires ou en « difficultés importantes ». Des pertes financières causées par la pandémie pourraient être fatales pour certaines églises.

Ça peut vraiment accentuer des états de fait qui font qu'on pensait être capables de s'en tirer pour deux ou trois ans, puis voilà qu'on va être contraint de prendre des décisions de façon beaucoup plus rapide, explique l'abbé Duchesne.

Quête et capitation : les vaches à lait des églises

Les églises vivent des dons, de la charité des fidèles. Chaque semaine, elles amassent quelques milliers de dollars. Mais avec la pandémie, la célébration de Pâques, en avril, a dû être annulée. Avec Noël, c'est la période la plus lucrative de l'année.

À travers six églises, on va chercher à peu près des quêtes de 3500 dollars par fin de semaine, lance le directeur de la Fabrique Notre-Dame de Beauport. La fin de semaine de Pâques, on peut considérer le double facilement (...) Là, on tombe carrément à zéro, constate le directeur général de la fabrique Notre-Dame de Beauport, Édouard Malenfant.

Le directeur général de la fabrique Notre-Dame de Beauport, Édouard Malenfant, affirme que la quête rapporte en moyenne 3500 $ par fin de semaine à la paroisse. Lors des célébrations de Pâques et de Noël, les revenus doublent.

Le directeur général de la fabrique Notre-Dame de Beauport, Édouard Malenfant, affirme que la quête rapporte en moyenne 3500 $ par fin de semaine à la paroisse. Lors des célébrations de Pâques et de Noël, les revenus doublent.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Les églises reçoivent aussi des dizaines de milliers de dollars avec les funérailles, les baptêmes et les mariages. Mais tout est annulé.

La crainte principale des administrateurs demeure la capitation. En avril, les campagnes de financement sont normalement lancées en même temps que Pâques, mais cette année, tout a été reporté à l'automne.

Ce sont des revenus considérables. La capitation ici, dans la paroisse, c'est au-delà de 300 000 $ par année. Pour le moment, il y a à peine 6000 $ d'entrés dans le compte.

Financement des églises : l'exemple de la Paroisse Notre-Dame-de-Beauport

  • Quête : 3500 $ / semaine
  • Funérailles : 1350 $ / semaine
  • Location de salles : 2000 $ / semaine
  • Mariages : 9000 $ / année
  • Capitation : 310 000 $ / année
L'intérieur de l'église de la Nativité, à Beauport. Comme toutes les autres au Québec, elle a dû fermer ses portes en raison de la pandémie.

L'intérieur de l'Église de la Nativité, à Beauport. Comme toutes les autres au Québec, elle a dû fermer ses portes en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

Le malaise de demander

Le curé Pierre Gingras avoue espérer avoir assez de foi pour passer au travers de la crise. Il se demande si les fidèles seront au rendez-vous et comment sa paroisse s'en sortira financièrement.

J'ai l'impression que c'est un malaise qui va grandir davantage, déclare le curé. Quand on regarde la situation financière des familles, des gens qui sont seuls, quand on regarde tous les programmes gouvernementaux pour aider et les banques alimentaires... Est-ce que ce sera bienvenu, que cet appel à financer la vie paroissiale et nos temples?

L'église de la Nativité, à Beauport.

L'Église de la Nativité, à Beauport.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

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