•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Cinq questions à un pro du sirop d'érable

Une cabane à sucre traditionnelle, avec des érables entaillés et de la neige sur le sol

La saison de récolte, abondante, est obscurcie par la peur de ne pas pouvoir vendre le sirop au détail.

Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Alexis Boulianne

Événement rare dans l’histoire récente du Québec, la saison du sirop d’érable s’est déroulée cette année sans les rassemblements festifs dans les cabanes à sucre. Plusieurs entreprises de restauration ont dû s’adapter afin de servir des plats à emporter, mais cette solution de rechange ne remplace pas entièrement les revenus perdus à cause des mesures de distanciation physique.

Le biologiste Stéphane Guay, qui alimente un site web spécialisé (Nouvelle fenêtre) dédié à l’acériculture et nouvellement propriétaire d’une érablière sur l’île d’Orléans, a répondu à nos questions sur la saison des sucres 2020.

Comment ça s’est passé, cette année, pour la récolte du sirop d’érable?

C’était une saison vraiment particulière. On voit que ç'a été une grosse saison. La récolte est abondante cette année. On a une belle qualité de sirop. Les conditions de coulée ont été bonnes presque partout.

La variable la plus importante, c’est qu’au début de la saison, le sol n’était pas gelé, pas en profondeur du moins. Ça fait en sorte que la saison a pu démarrer de bonne heure, dès qu’il a commencé à dégeler.

Après, une fois que le sol n’est pas gelé, ce qui détermine une bonne saison, c’est de ne pas avoir de températures trop hautes, qui vont faire amorcer le bourgeonnement, et d’avoir un maximum de journées où ça gèle le soir, mais pas en bas de -4 °C, et le jour, on passe en haut de 0 mais pas en haut de 4 °C. De ces jours-là, on en a eu beaucoup cette année.

Quelle est la situation pour les cabanes à sucre qui dépendent beaucoup des revenus de la restauration?

Il y a deux sortes de cabanes à sucre. Il y a en qui sont des restaurants. Elles, elles vont peut-être pouvoir ouvrir le reste de l’année. Mais d’autres ne sont pas des restaurants, elles n’ont pas le droit d’ouvrir après le mois de mai. Pour elles, la saison est finie, elles ne peuvent pas se reprendre.

Il y a des producteurs qui dépendent à 100 % des revenus de la restauration et de la vente au détail. Juste ici, à l’île d’Orléans, il y a au moins trois cabanes à sucre qui sont fermées. Les gens ont commencé à faire des repas pour emporter, mais ce n’est jamais aussi lucratif que de recevoir des gens à la cabane.

Ce n’est pas la majorité des producteurs acéricoles qui sont dans ces catégories-là. Sauf qu’on sait que le sirop se vend moins, que les gens achètent moins de produits de luxe. 

Du côté des États-Unis, il y a des acheteurs de sirop qui ont carrément décidé de ne rien acheter. C’est une mauvaise nouvelle quand on sait que 60 % du sirop au Québec s’en va aux États-Unis. Au début, les acheteurs aux États-Unis invoquaient des raisons sanitaires. Maintenant, on va voir plus tard si les gens vont se remettre à acheter du sirop quand ils vont avoir plus confiance.

Moi je pense qu’au Québec on devrait acheter plus de sirop d’érable, pour encourager nos acériculteurs. On a un mauvais moment à passer.

Stéphane Guay, biologiste et spécialiste du domaine acéricole
Stéphane Guay appuyé sur un érable de grande taille.

Le biologiste Stéphane Guay s'inquiète pour les revenus perdus par les acériculteurs cette année.

Photo :  Radio-Canada/Courtoisie

Est-ce que les cabanes à sucre ont eu de la difficulté à se trouver de la main-d’œuvre?

Les acériculteurs ont pu continuer de travailler, et très peu de cabanes à sucre emploient de la main-d’œuvre étrangère, donc en général le personnel n’a pas été difficile à trouver.

Au contraire, les producteurs acéricoles sont très importants économiquement dans certaines régions, comme dans le secteur du Témiscouata, où il y a beaucoup d’entreprises qui ne font que de l’acériculture. Il y a une concentration de très grosses exploitations qui ne vivent que de ça.

Une production abondante, une demande en baisse… qu’est-ce qui va se passer avec le prix?

Pour le prix, au Québec ça va bien parce que c’est décidé conjointement avec les producteurs. Mais si on regarde ailleurs au Canada, il y a une pression à la baisse sur le prix du sirop d’érable.

Pour l’instant, les gros producteurs sont protégés par le contrôle du prix. Mais ça reste que c’est une réserve. Si elle est trop pleine, est-ce qu’ils vont maintenir le prix? En réalité, c’est ça qui est le plus important.

On va probablement accumuler le sirop et le vendre quand les gens seront prêts à en acheter. Je ne pense pas qu’on va baisser le prix.

Qu’est-ce que ça représente pour vous, le temps des sucres?

L’acériculture, c’est quelque chose qui est très convivial. On est souvent beaucoup de monde dans les cabanes à sucre. Des fêtes de cabane, cette année, il n’y en a pas eu. Même nous, on a l'habitude de faire le tour de plusieurs cabanes, on aime ça, mais cette année on n’en a pas visité.

J’espère qu’on va pouvoir se reprendre l’année prochaine et se voir en période des sucres. Mais on se rend compte qu’il y a quelque chose de changé, et ça va rester changé pour un bon bout de temps.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !