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Le réseau public déclenche une enquête au Manoir Liverpool

Des lacunes ont été observées depuis l'ouverture en 2014.

Une ambulance et un véhicule de police devant un immeuble.

Le Manoir Liverpool est le principal foyer d'éclosion de la COVID-19 dans la région de Chaudière-Appalaches depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

« Troublé » par les révélations du reportage de Radio-Canada concernant le Manoir Liverpool, une résidence privée pour aînés de Lévis, le CISSS de Chaudière-Appalaches déclenche une enquête interne.

Des familles de résidents actuels ou passés, ainsi que des employés du Manoir et d'autres ayant quitté, seront rencontrés au cours des prochaines semaines.

Depuis des années, plusieurs témoins observent des lacunes dans les soins et les services offerts au Manoir Liverpool. Problèmes d’hygiène et de salubrité, manque criant de personnel, aînés oubliés à l’heure des repas font partie des éléments rapportés depuis l’ouverture de la résidence en 2014.

On a besoin d'aller valider ça. On a un lien contractuel, on a un lien de confiance avec cette propriété-là. Il faut aller le vérifier nous-mêmes, explique Valérie Lapointe, directrice de la qualité, de l’évaluation de la performance et de l’éthique au CISSS de Chaudière-Appalaches.

L’enquête s’annonce complexe, admet Mme Lapointe. Elle explique que le CISSS doit se pencher sur deux volets : la certification du Manoir Liverpool comme résidence privée pour aînés (RPA) et son contrat comme ressource intermédiaire (RI).

Valérie Lapointe est directrice de la qualité, de l'évaluation de la performance et de l'éthique au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Valérie Lapointe est directrice de la qualité, de l'évaluation de la performance et de l'éthique au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Photo : Radio-Canada

Sanctions possibles

Le CISSS de Chaudière-Appalaches va aussi s’intéresser aux autres établissements des propriétaires du Manoir Liverpool.

Claude Talbot et Manon Belleau détiennent deux autres RPA dans la région : la Villa Bellevue, dans le secteur Saint-Romuald à Lévis, et la Villa des Etchemins, à Lac-Etchemin.

M. Talbot est aussi l’unique propriétaire du Pavillon Bellevue, un CHSLD privé conventionné à Lévis.

Au terme de cette enquête, les propriétaires du Manoir Liverpool pourraient perdre leurs contrats avec le CISSS, leur certification de RPA ou pourraient devoir se conformer à un plan de redressement.

Selon ce qu'on va découvrir dans l'enquête c'est sûr qu'il v y avoir des actions qui vont être posées par la suite et qui vont être suivies par le CISSS, précise Mme Lapointe.

Des inspecteurs bernés?

Au cours des derniers jours, plusieurs sources ont mentionné que les inspections pour la certification du Manoir Liverpool ne permettaient pas de savoir comment fonctionne réellement la résidence au quotidien.

Radio-Canada a obtenu un document interne du Manoir Liverpool qui décrit la marche à suivre lors d'une visite surprise d'un inspecteur du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), par exemple.

Dans ce document, on peut lire qu'à son arrivée, l'inspecteur doit d'abord s'asseoir au salon du Manoir. Immédiatement, l'horaire des employés affiché au mur doit être retiré, puis remplacé par l'horaire d'inspection, précise le document.

Plusieurs anciens employés confirment qu'il existe bel et bien un horaire alternatif, prêt à être montré aux inspecteurs, et dans lequel tous les quarts de travail apparaissent comblés par des personnes ayant les compétences requises.

Le document interne précise aussi qu'aucun produit dangereux ne doit être accessible, que les médicaments périmés doivent être retirés des chariots à médicaments et que les portes où se trouve de la médication doivent être verrouillées.

Je suis extrêmement surpris et honnêtement, je n'ai jamais vu un document comme ça chez aucun de nos membres, s'étonne le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins.

Le RQRA a toujours été en faveur des visites surprises, justement parce qu'elles permettent au MSSS d'avoir un portrait juste. Le but, c'est de montrer ce que l'on fait. Il faut montrer patte blanche, dit M. Desjardins.

Yves Desjardins est président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés

Yves Desjardins est président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Photo : Radio-Canada

Il ne s'agit pas de dire "lorsqu'il y a une inspection, on va montrer qu'on fait ça comme ça", quand ce n'est pas [réellement] comme ça! Ce n'est pas une façon de faire.

Yves Desjardins, président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA)

M. Desjardins indique qu'avant de devenir membre du RQRA, en 2017, le Manoir Liverpool avait fait l'objet d'une inspection et que tout semblait en parfaite règle avec les critères de son organisation.

Inacceptable

Le MSSS a pris connaissance du document obtenu par Radio-Canada, mercredi après-midi, et se dit très préoccupé. Dans un message écrit, le ministère dit d'ailleur avoir fait une inspection aujourd'hui même au Manoir Livepool.

Quant au CISSS de Chaudière-Appalaches, il affirme qu'il n'était pas courant de cette procédure interne. Valérie Lapointe n’hésite pas à la qualifier d’inacceptable.

Il ne doit pas y avoir ce type de procédure-là. Pas du tout. Ce qu'on peut retrouver, ce sont des rappels de bonnes pratiques, mais pas dans le cadre de “au cas où on se ferait visiter”!, conclut-elle.

Par courriel, l’un de copropriétaires du Manoir Liverpool affirme que ce document n’est pas officiel ou entériné par la direction.

On m’assure que ce document n’avait pas pour objectif de dissimuler ou cacher quoi que ce soit à qui que ce soit, mais bien de remettre en évidence les règles à suivre pour assurer le respect des règlements et protocoles, écrit Claude Talbot.

Le contenu de ce document regroupe des vérifications qui doivent être faites quotidiennement et régulièrement pour assurer une saine et efficace dispensation et organisation des services pour le mieux-être de nos résidents.

Extrait du courriel de Claude Talbot, copropriétaire du Manoir Liverpool
Affiche de couleur blanche devant un immeuble.

Le Manoir Liverpool est une résidence pour aînés du secteur Saint-Romuald, à Lévis.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Quant à l’expression horaire d’inspection, Claude Talbot nie la version avancée par nos sources. Il s’agirait, selon lui, d’afficher un horaire sans rature, car parfois, il y a des changements à l'horaire mis à la main.

Pas de demi-mesures

Le RQRA n'a pas voulu indiquer s'il pourrait retirer l'adhésion du Manoir Liverpool à son organisation. Le conseil d'administration doit d'abord prendre le temps de colliger des informations et d'analyser la situation.

M. Desjardins rappelle d'ailleurs que la certification du Manoir Liverpool comme résidence privée pour aînés a été renouvelée en décembre dernier pour une durée de quatre ans.

Par contre, le PDG du RQRA n'hésite pas à dire que les lacunes observées par plusieurs témoins vont à l'encontre de tout ce qu'on prône.

On est dans un secteur d'activités où on n'a pas droit à des demi-mesures. C'est simple.

Yves Desjardins, président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA)

Les gens doivent respecter en tout point la sécurité des aînés, la bienveillance, la bientraitance, la qualité des services, que ce soit les repas, les loisirs ou les soins. Tout ça, ça doit être de haut standard de qualité, dit M. Desjardins.

Les copropriétaires du Manoir Liverpool, Claude Talbot et Manon Belleau, ont préféré attendre de voir le contenu du reportage avant de réagir en entrevue.

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