•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Elle parle au téléphone

L'épidémiologiste Caroline Quach est au cœur d'une émission de Découverte.

Photo : Radio-Canada

On dit de la Dre Caroline Quach qu’elle est au cœur de la tempête COVID. C’est vrai. Plongez avec une équipe de Découverte dans le quotidien haletant de l’épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

Lundi 30 mars

À deux mètres de moi, la Dre Caroline Quach. Elle est responsable de la prévention et de la gestion des infections, ici, au CHU Sainte-Justine. Je la rencontre pour la première fois. Impossible de lui serrer la main. En temps de COVID-19, c’est interdit. Aucun doute : son charme et son énergie sont contagieux.

Le réalisateur-caméraman Mathieu Waddell et moi passerons les cinq prochains jours à ses côtés.

On discute avec Florence Meney, relationniste pour le CHU Sainte-Justine, de la manière dont nous pourrons nous immiscer dans la vie professionnelle de la Dre Quach. C’est simple : nous avons carte blanche. Un accès au personnel médical, sans restriction.

On fait connaissance pendant dix minutes. Fini les présentations. Action! Déjà, les urgences s’accumulent. Les messages aussi. La Dre Quach n’a plus de temps à nous accorder. Suivez-moi! lance-t-elle. Le caméraman dégaine, caméra à la main.

Se présente aussitôt la cheffe du département d’anesthésiologie, la Dre Chantal Crochetière. Les besoins en masques N95 sont criants. Certains groupes de médecins sont inquiets. Les médias en parlent beaucoup, mais force est de constater que, sur le terrain, tout cela est bien réel.

Les deux médecins se parlent loin l'une de l'autre, dans une vaste salle sinon vide.

La Dre Caroline Quach en compagnie de la cheffe du département d’anesthésiologie, la Dre Chantal Crochetière, le lundi 30 mars.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

On dit que la Dre Quach est au cœur de la tempête COVID. C’est vrai. Son cellulaire sonne sans cesse. Les textos entrent. La boîte de courriels déborde. Les rencontres sur l’application Zoom se succèdent. Elle est sollicitée de toutes parts. Elle ne peut faire deux pas dans l’hôpital sans qu’on l’accroche; une question, un suivi, une précision…

Parmi les messages, un appel personnel. Désolée, chéri, je n’ai pas le temps. On se voit ce soir. Aucun doute : sa famille doit attendre… La vie personnelle est sur pause.

Alors que la Dre Quach participe à une rencontre, j’écoute discrètement à la porte voisine. Elle est entrouverte. Je vole une discussion. J’entends les mots DPJ, découragement, frustrations, besoins… J’ose. Je cogne. Je demande au pédiatre s’il accepte de m’accorder une entrevue. Les gens ont besoin de parler, surtout ceux qui se trouvent au front.

C’est la première fois de ma carrière que je ne sais pas quoi faire, je n’ai pas de solution. Je me sens impuissant, me confie-t-il.

En direction de son prochain rendez-vous, la Dre Quach s’impatiente à la lecture d’un texto. Arrêtez de m’envoyer de longs textos qui n’en finissent plus…. trois lignes maximum SVP.

Elle se retourne vers moi.

En ce moment, j’ai l’attention d’une souris. J’ai deux secondes pour saisir la nature du message, pas cinq minutes.

L’épidémiologiste Caroline Quach

Au bout du corridor, elle réapparaît. Il est près de 18 h. Sourire en coin, elle avoue être fatiguée. J’entame ma 5e semaine de travail sans congé. Je me dis, pauvre elle. Courage, car c’est loin d’être terminé.

Au téléphone, dans un bureau du CHU Sainte-Justine

La Dre Quach au cœur d'une enquête épidémiologique, le mardi 31 mars.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

Mardi 31 mars

8 h 30. La mission du jour? Trouver un moyen de désinfecter les masques N95 afin de les recycler. Huit personnes sont présentes, toutes à deux mètres l’une de l’autre… On explore deux options. Le protocole de Duke est retenu, car il permet de désinfecter les masques sans les altérer. Reste maintenant à le mettre en place.

La folie se poursuit… 14 h 47. Elle apprend qu’une employée est atteinte de COVID-19. NON! Je vais mourir! Branle-bas de combat. Je suis aux premières loges, assez pour sentir le sérieux de la situation.

La Dre Quach lance aussitôt une enquête épidémiologique. Il faut retracer le personnel qui a été en contact avec cette employée. Je descends deux étages pour voir comment six infirmières lui viennent en appui. Tout se fait par téléphone. L’employée est bombardée de questions. On scrute, minute par minute, les derniers jours passés à l’hôpital.

Quelques heures plus tard, l’enquête est bouclée. Le risque de contamination est minime. Soupir.

Sa tablette est posée sur le couvercle d'un bac.

La Dre Caroline Quach rédige un avis scientifique fort attendu dans un lieu plutôt incongru, le mercredi 1er avril.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

Mercredi 1er avril

Ce matin, on démarre la journée dans le laboratoire de Guy Gendron, le responsable de la désinfection des N95. La méthode n’est pas si compliquée. Il suffit de les vaporiser avec de l’oxyde d’hydrogène. C’est ce que recommande le protocole de Duke.

Pendant qu’on discute des derniers détails de la mise en œuvre du protocole, en retrait, dans sa bulle, la Dre Quach s’empresse de rédiger un avis scientifique. On attend cet avis. On la sollicite pour tout, tout le temps. Sa concentration est phénoménale.

En fin de journée, 17 h. On procède au test ultime : l’étanchéité des N95. La Dre Quach agit comme modèle, se prête au jeu. Elle bouge la tête dans toutes les directions. C’est concluant. La désinfection du N95 n’affecte pas son étanchéité. Le N95 est comme neuf. On commencera à les récupérer dès demain. La cadence sera de 250 masques par jour. Chacun sera remis en circulation cinq fois tout au plus.

Un masque vert lui couvre le visage.

On procède au test ultime : l’étanchéité des N95.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

Jeudi, 2 avril

La situation était prévisible. Quelques jours plus tôt, un enfant a été opéré d’urgence à l’abdomen. Il ne montrait aucun signe de la COVID-19. On vient d’apprendre qu’il était infecté. Le stress monte d’un cran. Une autre enquête. Comme dans le premier cas, les conclusions sont rassurantes. Aucun risque de contamination.

Les demandes médiatiques sont nombreuses. On sollicite l’expertise de la Dre Quach aux quatre coins du Canada.

Le soir venu, Mathieu Waddell se rend chez la Dre Quach. Il filme quelques images pour illustrer le fait qu’elle travaille sans cesse. Aucun doute. Elle ne ment pas. Elle ira au lit à minuit. Ses cinq heures de sommeil seront vite passées.

Elle travaille sur son ordinateur dans sa cuisine.

La Dre Caroline Quach dans sa maison.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

Vendredi, 3 avril

6 h 09. Je reçois un texto de la Dre Quach. On doit se présenter le plus tôt possible à l’hôpital. Une mère COVID+ sera bientôt admise à l’hôpital. Elle accouchera dans les prochaines heures.

La nouvelle produit de la fébrilité, mais la Dre Quach reste en contrôle. Quelques fils à attacher et voilà, l’équipe médicale est prête. Dans 48 heures, l’enfant sera dépisté. On saura alors s’il a été infecté...

Une entrevue au Téléjournal de Radio-Canada, des textos, des appels, des urgences… c’est le jour de la marmotte.

On la suit depuis une semaine déjà. L’énergie du début a fait place à la fatigue. Elle avoue être carrément vidée, brûlée… Pour la 2e fois de la semaine, je la plains, car rien n’indique que la fin soit proche…

Son visage, vu à travers l'objectif.

La Dre Caroline Quach en entrevue à la caméra, le vendredi 3 avril.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Waddell

Le reportage du journaliste Danny Lemieux et du réalisateur-caméraman Mathieu Waddell sera diffusé à l'émission Découverte, le dimanche 3 mai à 18 h 30.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !