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Analyse

Coronavirus : si le Québec était un État américain…

M. Legault marche dans un couloir de l'Assemblée nationale.

Juste avant Pâques, le premier ministre François Legault avait évoqué l’idée d’ouvrir les écoles dès le début de mai, mais il avait rapidement reculé.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Si le Québec était un État américain, il serait le seul, avec le Montana, à songer à rouvrir ses écoles au début de mai. En fait, il serait à peu près le seul à songer à une rentrée des classes avant l’automne.

Au dernier décompte, 43 États, plus le District de Columbia, ont déjà fermé leurs écoles jusqu’à la rentrée de septembre. Le Wyoming songe à les ouvrir le 15 mai, mais seulement pour des clientèles spécialisées. Trois autres États ont des fermetures venant à échéance en mai ou juin, mais n’ont pas indiqué qu’ils songeaient à les reconduire.

Le Montana et le Wyoming, il faut le noter, sont parmi les États les moins peuplés des États-Unis et, surtout, des États ruraux, qui sont parmi ceux qui ont la population la moins dense du continent.

En fait, à peu près la seule personne qui incite les États à rouvrir leurs écoles dès maintenant est le président Donald Trump, comme il l’a fait lors d'une conférence téléphonique avec les gouverneurs des États plus tôt cette semaine.

La réponse a été assez unanime : « c’est beaucoup trop tôt », affirmait le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, la grande ville américaine qui s’est le mieux tirée de la pandémie de COVID-19, jusqu’à maintenant. Tout au plus, la Californie envisage-t-elle une rentrée devancée, en août, pour certains étudiants et seulement si cela est possible.

Au Canada, aucune province à part le Québec n’a annoncé d’intention de rouvrir ses écoles dès le mois prochain. Lundi, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, affirmait qu’il n’était pas question de rouvrir les écoles dans sa province « pour ne pas mettre nos enfants à risque ».

« Je ne vais pas envoyer nos enfants dans des classes bondées. Je ne vais tout simplement pas faire cela », a dit M. Ford, qui a soutenu s’appuyer sur l’avis de ses experts de la santé publique.

Avant Pâques

Il convient ici de rappeler que, juste avant Pâques, le premier ministre François Legault avait évoqué l’idée d’ouvrir les écoles dès le début de mai. Il avait rapidement reculé devant la réaction fortement négative que cela avait provoquée.

Sauf que, maintenant, il revient, avec quelques jours de différence seulement, avec ce qui est essentiellement la même idée : le Québec sera l’un des premiers à rouvrir ses écoles.

Il est vrai qu’en Europe, certains pays, dont la France, songent à ouvrir les écoles dès les prochaines semaines. Mais il faut aussi noter que la pandémie y a frappé quelques semaines avant l’Amérique du Nord.

Une réouverture pourrait sans doute se justifier si le dossier du Québec le faisait figurer parmi les premiers de classe dans la lutte contre la COVID-19. Mais ce n’est pas le cas : avec 23 % de la population, le Québec a plus de la moitié des cas de COVID-19 au Canada et plus de la moitié des décès.

La façon de compter et de rapporter les cas et les décès peut, sans doute, varier d’une province à l’autre, il est vrai. Mais cela ne saurait expliquer des écarts du simple au double.

Depuis quelques jours, le gouvernement essaie de confiner ces mauvaises statistiques dans des catégories étanches. Si on fait exception des CHSLD, des personnes âgées, et de la région de Montréal, les choses iraient plutôt bien au Québec. Mais on ne peut évidemment pas conserver juste les chiffres qui font notre affaire à l’exclusion des autres.

Surtout que des signes inquiétants d’une deuxième vague de contamination à la COVID-19 commencent à surgir. À Montréal, les quartiers de Montréal-Nord, Saint-Michel et Rivière-des-Prairies sont devenus les endroits les plus touchés par la pandémie au cours des derniers jours.

Dans ces quartiers, indiquait mardi la Dre Mylène Drouin, la directrice de la santé publique de Montréal, la transmission communautaire n’a pas été stabilisée et nous ne sommes pas certains que la situation globale soit maîtrisée, ce qui est un bel euphémisme.

Dans les circonstances, ouvrir les écoles – et une bonne partie de notre économie – dans deux ou trois semaines, est-ce la meilleure idée? Est-ce prudent? Surtout si nous sommes à peu près les seuls sur le continent à le faire?

Avant d’avancer, il faudrait quand même se poser la question.

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