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Lacunes au Manoir Liverpool : que savait vraiment le réseau de la santé?

Le reportage d'Alexandre Duval

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Certains se doutaient que les lacunes observées au Manoir Liverpool depuis 2014 finiraient par être exposées au grand jour. D'autres sont tombés des nues. Au lendemain de l'enquête de Radio-Canada, une question demeure : jusqu'à quel point le CISSS de Chaudière-Appalaches était-il au courant?

C'est vraiment ce que j'ai vécu, commente Marc Lemieux, qui a été coordonnateur des ressources humaines au Manoir Liverpool à Lévis en 2019. Ce que j'ai vu là-bas est peut-être aussi une raison du fait que j'ai quitté mon emploi.

Manque criant de personnel, hygiène et salubrité insuffisantes, aînés oubliés à l'heure des repas, médicaments et produits dangereux mal sécurisés : parmi les lacunes révélées au public, peu de choses ont étonné M. Lemieux.

On voyait venir la bombe. On voyait venir que ça n'avait vraiment pas de bon sens.

Marc Lemieux, ex-coordonnateur des ressources humaines au Manoir Liverpool

L'homme se demande toutefois jusqu'où le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches avait pu voir venir le coup. Je ne suis pas sûr qu'ils sont au courant de tout. Est-ce qu'ils avaient des doutes? Je pense que oui.

Déclarations troublantes

Dans un courriel envoyé mardi après-midi, le CISSS n'a pas voulu dire s'il était au courant des lacunes révélées dans le reportage de Radio-Canada. L'organisation a toutefois écrit que les déclarations des témoins étaient troublantes.

Que des résidents ou des membres du personnel aient pu vivre de telles situations est inacceptable, ajoute la porte-parole du CISSS, Mireille Gaudreau.

À notre connaissance, les interventions liées aux plaintes et les recommandations des rapports d’inspection ont toutes eu des suivis de la part de la résidence.

Mireille Gaudreau, porte-parole du CISSS de Chaudière-Appalaches

Même si le Manoir Liverpool est une résidence privée, il comprend aussi une ressource intermédiaire (RI) qui accueille des dizaines de patients qui lui sont confiés par le CISSS de Chaudière-Appalaches.

Uniquement depuis 2017, le Manoir a donc reçu plus de 11 millions de dollars d'argent public. Or, la responsabilité de s'occuper des résidents en ressource intermédiaire ne revient pas qu'au Manoir Liverpool.

Responsabilité partagée

La directrice générale de l'Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec (ARIHQ), Johanne Pratte, n'a pas voulu commenter les allégations concernant le Manoir Liverpool.

Si tout ça est vrai, c'est inacceptable, a-t-elle simplement indiqué. Mme Pratte rappelle néanmoins qu'en ressource intermédiaire, la responsabilité ne repose pas que sur les épaules de la résidence privée.

Dans les contrats en général, la responsabilité des établissements publics, c'est de s'assurer de la qualité des services qui sont offerts par le propriétaire, dit Johanne Pratte.

C'est ce qui fait que je suis étonnée qu'une situation comme ça ait pu durer aussi longtemps parce qu'il y a vraiment un contact très étroit entre le propriétaire et l'établissement public.

Johanne Pratte, directrice générale de l'Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec

Radio-Canada a tenté d'obtenir les rapports de contrôle de qualité des soins et des services que le CISSS réalise trois fois par année au Manoir Liverpool, mais la demande a été refusée pour des raisons de confidentialité.

Rapports d'accident modifiés

Une partie de la réalité échapperait toutefois aux autorités. Par exemple, une ex-coordonnatrice du Manoir Liverpool a déjà indiqué que les visites des inspecteurs étaient une mascarade.

Comme d'autres sources, Marc Lemieux dit avoir eu connaissance, à plusieurs reprises, que même les rapports d'accident faisaient l'objet de modifications. Le réseau public de la santé n'avait peut-être donc pas l'heure juste sur tous les points, selon lui.

Déchirer des rapports d'accident pour les réécrire d'une autre façon pour s'assurer que ce qui va se rendre au CISSS, ça ne mettra pas le feu ou ça n'amènera pas une enquête [...], j'ai vu ça à plusieurs reprises.

Marc Lemieux, ex-coordonnateur des ressources humaines au Manoir Liverpool

À chaque incident ou accident, nous complétons un rapport qui est transmis au CISSS, assurent les propriétaires du Manoir Liverpool dans un courriel envoyé mardi en début de soirée.

Ils sont toujours au courant, nous sommes en constante communication et des plans d'intervention sont élaborés conjointement, ajoutent Manon Belleau et Claude Talbot, qui n'ont toujours pas voulu accorder d'entrevue.

Les copropriétaires reconnaissent néanmoins qu'ils ont fait face à des défis dans la gestion des opérations.

Toutefois, nous pouvons vous assurer qu'aussitôt que des situations sont portées à notre attention, nous intervenons le plus rapidement possible pour les régler, ajoutent-ils.

Nous travaillons quotidiennement avec le CISSS de Chaudière-Appalaches et avons une bonne collaboration. Des inspections sont faites régulièrement.

Extrait d'un courriel de Manon Belleau et Claude Talbot, copropriétaires du Manoir Liverpool

Porter plainte

Le CISSS de Chaudière-Appalaches invite cependant toutes les personnes qui ont des choses à dénoncer en lien avec le Manoir Liverpool à le faire auprès de son commissaire aux plaintes ou auprès des ordres professionnels concernés.

Il faut être au courant pour intervenir, soutient la porte-parole Mireille Gaudreau.

La directrice générale du Centre d'assistance et d'accompagnement aux plaintes de Chaudière-Appalaches, Lyne Grenier, veut d'ailleurs apaiser les craintes des gens qui ont peur de dénoncer.

S'ils hésitent à la faire parce qu'ils ont des craintes de représailles, il faut qu'ils sachent que la loi prévoit que les représailles ne sont pas permises, dit-elle.

La commissaire aux plaintes doit intervenir si elle est mise au fait de cette situation de représailles.

Lyne Grenier, directrice générale du Centre d'assistance et d'accompagnement aux plaintes de Chaudière-Appalaches

Le CISSS, qui a repris temporairement la gestion du Manoir Liverpool en raison de l'éclosion de COVID-19, confirme que son accompagnement se poursuivra au-delà de la pandémie.

Nous réaliserons des suivis fréquents pour nous assurer de la pérennité des moyens déployés ainsi que de la qualité et de la sécurité des services, assure Mme Gaudreau.

Ces derniers jours, de l'aide psychologique a notamment été mise en place au Manoir Liverpool pour aider les employés qui vivent de l’anxiété en raison du coronavirus.

Avec la collaboration de Marie-Pier Bouchard

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