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Le choix du prochain gouverneur de la Banque du Canada est particulièrement important

C’est dans un extraordinaire niveau d’incertitude économique que le mandat de Stephen Poloz doit prendre fin.

Le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz passe devant des drapeaux du Canada, juste avant de participer à une conférence de presse à Ottawa.

Le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz juste avant de participer à une conférence de presse à Ottawa.

Photo : Reuters / CHRIS WATTIE

Ce n’est qu’une question de jours avant que le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, procède à la nomination du prochain numéro un de la banque centrale du Canada.

Celui ou celle qui prendra la relève de Stephen Poloz le 3 juin devra gérer la suite de l’intervention sans précédent de la banque centrale et surtout la sortie de crise.

Peu importe qui obtiendra le poste, il héritera d'une mission et d’une réalité radicalement différentes de celles qui existaient au moment où les candidats ont formellement rencontré en février et au début mars le comité spécial chargé de trouver le successeur de Stephen Poloz.

Le prochain gouverneur, contrairement à ses prédécesseurs, n’aura jamais eu à jouer un rôle à une échelle comparable, insiste l’expert de la politique monétaire Serge Coulombe.

Stephen Poloz et Carolyn Wilkins.

Le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz et la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins sortent du siège de l'institution dans la capitale fédérale.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Âgé de 64 ans, Stephen Poloz avait déjà annoncé en décembre qu’il ne solliciterait pas un deuxième mandat. C’était avant que la banque centrale ne se retrouve en première ligne pour tenter d’éviter l’effondrement de l’économie canadienne et contrer le double choc de la pandémie de COVID-19 et de la chute des prix du pétrole.

La situation idéale aurait été qu’il reste, de manière temporaire, encore deux ans. Ça prend maintenant quelqu’un qui sache comment adapter la politique à cette situation qu’on n’a pas vue en près de 90 ans.

Une citation de :Serge Coulombe, professeur d’économie de l’Université d’Ottawa

Le dixième gouverneur de l’histoire de la Banque du Canada héritera d’une stratégie inédite alors que la banque centrale s’est lancée dans des programmes d’achat de titres publics et privés d’une ampleur sans précédent.

Depuis la mi-mars, la Banque du Canada a injecté plus de 200 milliards de dollars pour améliorer la capacité des gouvernements et des entreprises d’emprunter sur les marchés financiers. Imaginez, cela équivaut à 10 % du PIB canadien.

Le successeur de Stephen Poloz devra absolument maintenir et approfondir la coordination en cours avec le gouvernement. Et cela n’est pas sans risque.

Ce rôle de financement des déficits présents et futurs que se trouve à jouer présentement la banque centrale pourrait politiser l'institution et saper son indépendance.

On a besoin d’avoir un prêteur de dernier recours, mais il ne faut pas que ce prêteur de dernier recours devienne un instrument de pouvoir politique, fait remarquer Serge Coulombe.

Bill Morneau et Stephen Poloz.

Le ministre fédéral des Finances Bill Morneau en compagnie du gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz.

Photo : Reuters / BLAIR GABLE

Après tout, Stephen Poloz a poussé la Banque du Canada en terrain inconnu. À court de munitions, la banque centrale canadienne a adopté l'assouplissement quantitatif pour la première fois de son histoire. Cette mesure vise ni plus ni moins qu'à créer de la monnaie pour acheter sur le marché des bons du Trésor des provinces ou des obligations privées détenues par des investisseurs. Cela équivaut à faire marcher la planche à billets.

Si certaines banques centrales comme la Réserve fédérale américaine ont eu largement recours à cet outil depuis la crise financière mondiale de 2008, le Canada n’avait pas jugé bon d’utiliser ce puissant outil monétaire.

Un tableau électronique affiche les titres boursiers dans le quartier de la finance de Toronto.

La Banque du Canada a utilisé l'assouplissement quantitatif pour la première fois de son histoire.

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

La Banque du Canada a donc fait un virage à 180 degrés en soutenant depuis quelques semaines, à coups de dizaine de milliards, la liquidité et l’efficience des marchés de financement des gouvernements provinciaux.

L’incapacité de Terre-Neuve-et-Labrador à payer ses employés et à dispenser ses services a été évitée de justesse grâce à cette intervention. Il n'y a pas si longtemps encore, 25 % des recettes du gouvernement de cette province provenaient du pétrole. Mais l’effondrement des cours a complètement changé la donne.

Ce renfort offre un sursis à certaines provinces, mais il ne s’arrête pas là. Un autre programme permettra d’acheter jusqu’à 50 milliards de dollars de dettes provinciales. Et d’autres actions pourraient être nécessaires.

Ça ajoute à la complexité à laquelle devra faire face le prochain dirigeant de la Banque; on est dans une tout autre sphère et la suite sera très complexe.

Une citation de :Don Drummond, ancien ministre adjoint au ministère fédéral des Finances

L’ampleur des interventions de la Banque du Canada a fait dire à Stephen Poloz cette phrase : On ne reproche jamais aux pompiers d’avoir utilisé trop d’eau.

Fermer les robinets ne sera pas facile alors que le gouvernement fédéral et les provinces dépendent de plus en plus de ce prêteur de dernier recours pour financer leurs dettes. Ce sera au prochain chef de la brigade d’ajuster la pression dans la tuyauterie et de préparer le terrain en vue de la reprise économique.

Une première gouverneure?

Carolyn Wilkins.

La première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins, pourrait devenir la première femme à diriger la banque centrale du Canada.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La course à la succession de Stephen Poloz tire donc à sa fin. Il ne resterait plus que deux candidats.

Serge Coulombe croit que le gouvernement fédéral n’a pas le luxe de prendre un risque. Il ne faut pas avoir quelqu’un de dogmatique, c’est la dernière chose dont on a besoin en ce moment. Et ça prend quelqu’un qui est capable de bien communiquer. Quand la Banque du Canada explique bien sa politique, elle peut avoir plus d’effets sur l’économie.

Un nom circule depuis des mois, celui de Carolyn Wilkins, la première sous-gouverneure. La numéro deux de la Banque du Canada a même pu rehausser son profil en jouant un rôle central dans la réponse à la crise.

De plus, et cela compte peut-être plus, les dernières semaines ont permis à Mme Wilkins de travailler en étroite collaboration avec le ministre des Finances, Bill Morneau. S'entendre avec le prochain gouverneur sera essentiel pour M. Morneau. Il faut aussi garder à l’esprit que la femme de 56 ans était passée par le ministère des Finances avant d’aboutir à la banque centrale en 2001.

Les marchés ont beaucoup confiance dans sa capacité à diriger la Banque. Elle permettrait d’établir une continuité et de maintenir un bon moral au sein de l’institution, ce qui ne serait pas nécessairement le cas si on choisit quelqu'un de l'extérieur.

Une citation de :Don Drummond, ancien économiste en chef de la Banque TD

Politiquement, la tentation est certainement forte pour le gouvernement Trudeau de nommer une femme, une première gouverneure à la tête de la Banque du Canada depuis sa création en 1935.

Mais l’histoire récente a démontré que les candidats favoris à l’interne ont été ignorés. Les trois derniers gouverneurs de la Banque du Canada provenaient de l’extérieur.

Beaucoup étaient convaincus dans les milieux financiers que Tiff Macklem, alors premier sous-gouverneur, succéderait à Mark Carney en 2013. Mais le gouvernement Harper a plutôt opté pour Stephen Poloz.

Encore aujourd’hui, Tiff Macklem est considéré par certains comme un joueur incontournable pour ce poste, particulièrement si les perspectives économiques devaient se détériorer davantage.

Tiff Macklem.

L'ancien premier sous-gouverneur de la Banque du Canada Tiff Macklem photographié en 2014 avant son départ de la banque centrale.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Cet ancien numéro deux avait quitté la banque en 2014 et il est depuis devenu le doyen de la très réputée école de commerce Rotman de Toronto. Personne ne nous a confirmé qu’il convoite le poste.

L’économie canadienne est maintenue dans un coma artificiel. Le prochain titulaire du poste de gouverneur de la Banque du Canada fait partie de la petite équipe de médecins qui, dans un premier temps, permettra de garder le patient en vie et, ultérieurement, veillera à son rétablissement.

Jamais les rôles de la Banque et de son gouverneur n’ont été aussi cruciaux, tout comme le choix que s’apprête à faire le gouvernement Trudeau.

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