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« Quand on était jeune, on habitait avec nos grands-parents »

Des aînés de différentes cultures s'ouvrent sur la pandémie actuelle et le sort des personnes âgées.

Plan serré des mains d'une jeune personne qui tient les mains d'une personne âgée.

Dans certaines communautés culturelles, les grands-parents vivent encore avec leurs enfants et leurs petits-enfants.

Photo : iStock

Au Guatemala, on prend soin des aînés, confie Marisa Cruz. À 71 ans, elle vit au Canada depuis deux ans. Elle explique que, lorsque sa belle-mère n'a plus été capable de vivre seule, cette dernière est venu vivre sur le même terrain que son mari et elle. Ça lui a permis de vivre 15 ans de plus. De même, son père est venu les rejoindre après que la famille y eut installé un petit appartement pour lui.

Une femme âgée assise dans son salon avec son chien près d'elle.

Marisa Cruz a son propre logement dans la maison de son fils à North Vancouver.

Photo : Marisa Cruz

Le fils de Mme Cruz habite à North Vancouver avec sa femme et son jeune fils. Il a fait venir sa mère pour qu’elle puisse vivre avec eux après le décès de son père.

Marisa Cruz souligne que la vie n’est pas forcément meilleure pour les personnes âgées qui sont seules au Guatemala, car la violence est un fléau dans le pays : Quand on vieillit, on devient très vulnérable. Donc, on ne peut pas sortir de chez soi seul. Selon elle, les aînés ont une vie plus facile au Canada.

En revanche, elle déplore qu’ici, les enfants quittent leurs parents dans la vingtaine et s’éloignent d’eux.

Cette crise me fait peur, bien sûr, mais je ne panique pas. J’ai survécu à des tremblements de terre, à des guerres, à des éruptions volcaniques et à des inondations.

Marisa Cruz

La septuagénaire pense que les mesures de distanciation sociale risquent d’être en place encore très longtemps.

« Tout ce qui se passe, ça devient très déprimant »

Leila Munier, 74 ans, est d'origine indienne et a grandi au Kenya au sein d'une communauté ismaélienne. Elle vit aujourd'hui avec son mari à Burnaby, et ses enfants et ses petits-enfants sont également établis dans la région. En ce moment, elle suit moins les nouvelles qu’au début de la pandémie.

Leila Munier se souvient de sa grand-mère qui a vécu chez sa tante jusqu’à son décès. Tout le monde s’occupait d’elle, mes tantes et mes oncles, ils se relayaient pour lui tenir compagnie. C’était la personne la plus importante de la famille, raconte-t-elle.

Leila Munier souriante debout dans son salon.

Leila Munier espère pouvoir de nouveau accueillir ses petits-enfants chez elle. Le fait de ne pas pouvoir s'occuper d'eux est ce qui lui manque le plus.

Photo : Radio-Canada / Saida Ozarowski

Elle note des changements : Aujourd’hui, les gens travaillent tous et, souvent, ils placent leurs parents âgés dans des résidences ou des centres de soins longue durée.

Il y a un grand décalage, pour les personnes âgées de ma communauté, entre ce qu’elles ont connu dans leur jeunesse comme valeurs familiales et ce qu’elles vivent une fois qu’elles sont dans des centres de soins, précise Mme Munier.

Souvent, ils [ces aînés] se sentent un peu abandonnés, un peu perdus, car la langue leur manque, la cuisine est différente [...] la religion qui était dans leur vie de tous les jours, quand ils allaient à la mosquée tous les jours pour socialiser, ils peuvent le faire de moins en moins. Ils sont un peu malheureux.

Leila Munier

Leila Munier estime qu'elle a de la chance de vivre cette crise avec son mari et d'être en contact avec ses enfants et ses petits-enfants quotidiennement. Elle ajoute que la communauté ismaélienne a de nombreux bénévoles qui organisent des activités en ligne comme du yoga et prennent régulièrement des nouvelles, offrant de l’aide au besoin.

« Ma mère a survécu à une crise semblable à l’époque de la grippe espagnole »

Jean Riou est bien connu dans la communauté francophone de la Colombie-Britannique. Bientôt âgé de 80 ans, M. Riou est le président du Foyer Maillard depuis plus de 30 ans. Ce foyer est le seul centre de soins de longue durée qui appartient à la communauté francophone. Il est situé à Coquitlam.

Jean Riou est à l'extérieur devant un arbuste.

Jean Riou, président du Foyer Maillard, espère que cette crise provoquera une prise de conscience sur les abus subis par les personnes âgées.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Cette pandémie est très dure, estime-il : Ma grand-mère a connu ça en France. Elle a perdu ses deux premiers enfants, une fille et un garçon, que je n’ai jamais connus, car ils sont morts en 1918 de la grippe espagnole. Il ajoute que c'était aussi une période terrible, car les gens n’avaient aucune idée de ce dont il s'agissait.

Entre 1918 et 1919, la grippe espagnole a fait jusqu’à 50 millions de morts dans le monde.

Selon M. Riou, la pandémie de COVID-19 révèle les manquements du système de soins aux personnes âgées dans les centres. Il déplore que, dans certains établissements, les résidents se retrouvent dans des chambres à quatre lits, voire plus et doivent utiliser des salles de bain communes.

Je trouve ça effroyable, dit-il, ajoutant que personne ne disait rien, car les gouvernements y trouvaient la possibilité d’économiser. Quand c’est un parent à nous, là, les gens se plaignent, mais c’est une situation qui existe.

Je vais avoir 80 ans dans quelques mois. Si j’étais obligé d’être dans un centre de soins, moi, aussi je serai sans défense et exposé à n’importe quoi.

Jean Riou

Jean Riou est très satisfait que le Foyer Maillard ait pu être reconstruit et offre aux résidents une chambre individuelle avec une salle de bain.

C’est comme ça que ça devrait être partout, même si ça coûte plus cher, dit-il, car si on veut arrêter de tuer les aînés pour rien, il va falloir le faire.

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