•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Paul Lussier, facteur de bonne humeur

Ces Manitobains sont sur la ligne de front depuis le début de la pandémie de coronavirus. Rencontre avec des gens qui continuent d’assurer leur mission en cette période trouble, coûte que coûte.

Paul Lussier au volant de son camion.

Paul Lussier n’utilise ni gants ni masque pour des questions de confort, mais il assure se laver les mains dès qu’il le peut avec du gel hydroalcoolique ou dans les entreprises qui ont mis le nécessaire à disposition.

Photo : Radio-Canada

Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou qu'une pandémie se déclare, Paul Lussier assure « sa job » : la livraison du courrier dans le centre-ville de Winnipeg. Maillon essentiel de la chaîne de service, le facteur ne laisse pas de place aux inquiétudes et préfère relativiser.

640, rue Main : premier arrêt de la longue tournée de Paul Lussier. En ce matin pluvieux, le facteur a une pile importante de courrier à remettre au centre de santé. Debout dans son camion à l'arrêt, le travailleur essentiel trie les lettres et les petits paquets avant de les scanner.

Le Franco-Manitobain s’oriente ensuite vers l’établissement toujours très occupé. La porte s’ouvre sur lui. Paul Lussier n’ira pas plus loin.

Là, l’agent de sécurité s’approche de son côté de la vitre. L’homme porte un masque et une haute visière transparente. Le facteur et lui échangent une salutation de la tête en gardant leur distance.

Dans un mouvement bref et assuré, Paul Lussier lui tend la petite pile de courrier avant de revenir vers son camion.

Depuis l’arrivée du nouveau coronavirus dans la province, le postier s’arrête aux entrées des immeubles.

Ce travailleur essentiel limite au maximum ses déplacements à l’intérieur des bâtiments. Il doit aussi renoncer aux contacts avec les clients.

Pour celui qui aime sa job pour les rencontres, ces nouvelles dispositions laissent un goût amer.

Moins de contact humain

Quand tu viens à une place, qu’il y a un gros plexiglas et que tu passes le courrier par là et que tu vois juste une main qui sort… C’est un peu ennuyant, admet Paul Lussier, assis au volant de son camion avant d’ajouter :

Je n’aime pas trop ça, mais il faut le faire. J’espère que cela ne va pas durer trop longtemps.

Paul Lussier, facteur
Paul Lussier salue en fermant la porte de son camion.

Avant d'être facteur, Paul Lussier avait sa propre entreprise de charpenterie.

Photo : Radio-Canada

Relativiser : c’est ainsi qu’il est possible de résumer la philosophie du postier qui parcourt les rues de Winnipeg depuis bientôt 15 ans.

Face à la pandémie, sa bonne humeur ne s'est pas tarie. Tout au long de sa tournée, le postier entonne des chansons pour suivre le rythme de ses quatre heures de livraison.

Chanter lui permet aussi de garder le moral les jours de grisaille comme celui-ci.

Je chante tout le temps! Je chante n’importe quoi, j’en invente parfois. C’est juste comme parler pour moi, résume le Franco-Manitobain.

Le blues du facteur?

Ce matin, pas de chanson inventée, mais celle de Beau Dommage, groupe québécois des années 1970 et son Blues d'la métropole.

Baromètre de son humeur? Loin de là. Les beaux jours reviennent et chassent du même coup la fatigue hivernale du postier.

Les conditions d’exercice sont exceptionnelles. Les paquets à délivrer s’accumulent comme en période de fêtes : Postes Canada a indiqué en avoir livré plus de 1,8 million la semaine dernière.

Le nettoyage et la désinfection de son véhicule et de ses autres outils de travail allongent un peu plus les journées de Paul Lussier. Mais là encore, ce dernier préfère ne pas s'apitoyer sur son sort.

Paul Lussier dans son camion avec le courrier.

Avant de livrer le courrier, Paul Lussier trie le courrier et le numérise.

Photo : Radio-Canada

Bien sûr, comme pour tout le monde, la situation est un peu plus stressante. Il y a deux mois, on n’y pensait même pas et là, on doit tout nettoyer. Mais en le faisant, c’est devenu une routine, une nouvelle façon de faire, dépeint le Winnipégois, toujours armé de son sourire.

Chasser le négatif

Dans son large camion rouge et blanc, d’une étape à l’autre à travers le centre-ville de Winnipeg, le postier a décidé de ne pas s’embarrasser de pensées négatives. En temps normal, les principaux risques pour le facteur sont les chiens. Sur un ton léger, il lance : Les chiens connaissent un peu nos habits et ils ont quelque chose contre les facteurs, that's for sure!

La pandémie est un danger avec lequel il n'avait jamais travaillé. Mais il fait avec et prend toutes les précautions nécessaires.

C’est certain que c’est inquiétant parce qu’il ne s’agit pas que de moi, j’ai aussi une famille. Mais il y a d’autres gens qui travaillent aussi. Je ne suis pas le seul et en prenant les bonnes précautions, on espère que ça va aller mieux..., souligne l’employé de Postes Canada.

D’un naturel confiant, Paul Lussier préfère regarder loin devant. La peur de ramener le virus à la maison? Là encore, le postier affiche un grand sourire et affirme :

J’essaie de ne pas penser à ça. Je ne suis pas quelqu’un qui s’inquiète facilement. So, je ne m’inquiète pas de ça parce que je ne peux rien y faire vraiment…

Paul Lussier, facteur

Paul Lussier sait sa mission importante. C'est aussi ce qui l'encourage à ne pas baisser les bras. Dans son secteur de livraison se trouvent principalement des entreprises essentielles. Il est nécessaire qu’elles reçoivent leur courrier.

Avec cette crise sanitaire, de plus en plus de gens reconnaissent l’importance de la mission des équipes de Postes Canada. Paul Lussier en est reconnaissant, mais au fond, ce nouveau regard ne change pas grand-chose.

Avant cela, je trouvais déjà que je faisais quelque chose qui était valorisant. Si les gens veulent nous reconnaître comme quelque chose d’essentiel, c’est bien, moi je fais juste ma job, commente-t-il.

Paul Lussier dit les choses comme elles viennent. L’homme n’est pas très volubile. Il préfère chanter, avoue-t-il. Jamais avare d’un sourire, le facteur apprécie quand celui-ci lui est retourné.

Juste un allô et un merci par la fenêtre, c’est toujours bien, souligne le facteur. C'est à ces messages de soutien et d'encouragement que le messager reste le plus sensible.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !