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Un enjeu de santé publique et non de sécurité, dit la Ligue des droits et libertés

Des cadets patrouillent au parc La Fontaine.

Le SPVM a commencé à distribuer des amendes de 1000 $ à quiconque enfreint les consignes de distanciation sociale émises par la santé publique.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Au moment où les plans de déconfinement sont rendus publics à travers le pays, la Ligue des droits et libertés (LDL) met en garde les gouvernements quant aux risques de « dérives autoritaires ».

En visioconférence mardi matin, Christian Nadeau, professeur en philosophie politique à l’Université de Montréal et président de la LDL, a dit craindre que la situation de crise sanitaire serve de prétexte pour brimer les libertés.

Il cite l’exemple des forces policières chargées de faire respecter les mesures de confinement imposées par le gouvernement. Leurs pouvoirs sont extrêmement larges et on ne se fie qu’à leur jugement, précise-t-il.

Les contrevenants aux règles de distanciation sociale dans les parcs s'exposent à des amendes qui vont de 1000 $ à 6000 $.

Il est très étrange que des décisions très importantes soient laissées aux autorités policières.

Christian Nadeau, professeur de philosophie politique à l'Université de Montréal et président de la LDL

Pour Alexandra Pierre, experte terrain en défense collective des droits et vice-présidente de la LDL, on tente de justifier la surveillance voulue par les autorités par l’urgence. On joue sur notre peur d’être infecté ou de rester en confinement plus longtemps, dit-elle, pour faire passer par exemple l’idée de la géolocalisation afin de retrouver les personnes porteuses de la COVID-19.

Rien ne prouve que c’est une mesure efficace, fait-elle remarquer. Elle rappelle également que des mesures d’urgence temporaires prises après les attentats du 11 septembre 2001 à New York n’ont pas encore été retirées.

La géolocalisation évoquée plus d’une fois depuis le début de la crise du coronavirus consiste entre autres à s’appuyer sur les données de géolocalisation des appareils mobiles. Une opération testée en Corée du Sud, où les gens qui auraient pu croiser une personne infectée reçoivent un texto pour qu'ils s'isolent. Toutefois, cette méthode soulève des préoccupations quant au respect de la vie privée et des droits fondamentaux.

Alexandra Pierre, qui craint des entraves graves à la liberté de circulation et à la vie privée, pense que les Québécois se conforment généralement aux instructions des autorités et une telle mesure n’a pas lieu d’être. Les investissements qui pourraient lui être consacrés devraient être dirigés vers le système de la santé pour l’améliorer, insiste-t-elle, plaidant pour des mesures proportionnées.

Pour Christian Nadeau, un très petit nombre de personnes exerce le pouvoir exécutif actuellement. Ce nombre restreint de personnes, dit-il, prend des décisions majeures relatives aux droits fondamentaux des gens, sans qu’il y ait délibération ou discussion sur le bien-fondé de ces décisions.

Nous voyons nos droits et libertés être suspendus d’un décret à l’autre, sans savoir jusqu’à quand cette parenthèse juridique va durer alors que nous nous dirigeons vers un déconfinement sans que la population ne soit consultée sérieusement sur la transition.

Christian Nadeau, professeur en philosophie politique à l’Université de Montréal et président de la LDL

Un complexe arbitrage entre le social et l’économique

Lucie Lamarche, vice-présidente de la LDL et professeure en sciences juridiques à l’Université du Québec à Montréal, fait remarquer de son côté que les violations cumulatives et systémiques des droits sociaux des personnes qui habitent le Québec ne disparaîtront pas magiquement, pas plus qu’elles ne s’atténuent du seul fait de la relance.

Le respect des droits sociaux, dont la santé, l’éducation, le logement et le travail, doit faire partie de l’équation.

Lucie Lamarche, vice-présidente de la LDL et professeure en sciences juridiques à l’Université du Québec à Montréal

Lucie Lamarche est d'avis que le plan de relance du Québec ne peut laisser de côté les droits sociaux.

Ces droits [sociaux], dit-elle, doivent faire partie du plan de relance, encore plus quand on savait, avant la crise sanitaire, que les CHSLD opèrent sur une glace très mince.

Elle ajoute qu’on savait, avant la crise sanitaire, que les écoles publiques sont surpeuplées, mal outillées et que les besoins spéciaux des élèves vont choir sur des listes d’attente interminables. On savait, avant la crise sanitaire, que le sort des locataires est précaire.

On savait aussi, poursuit-elle, que les mécanismes de protection sociale sont déficients.

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