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Le Canada doit tester plus et mieux s'il veut réussir son déconfinement

Les provinces canadiennes font-elles suffisamment de tests pour détecter la COVID-19?

Une infirmière fait un prélèvement dans la cavité nasale d'un patient.

L'étape du prélèvement n'est pas particulièrement agréable.

Photo : CBC/Erik White

Les politiciens canadiens affirment que la levée des mesures de confinement passe par le dépistage massif de la population. Les provinces canadiennes testent-elles suffisamment? Seront-elles capables d’augmenter la cadence?

Depuis le début de la pandémie, plus de 717 000 Canadiens ont été testés, soit moins de 2 % de la population. Au mois d’avril, l'ensemble des provinces et territoires ont testé en moyenne entre 15 000 et 25 000 personnes par jour.

L'administratrice en chef de l'Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a affirmé la semaine dernière qu’elle souhaitait que le nombre de tests quotidiens augmente à 60 000.

Les tests, c’est ce qu’il y a de plus important, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau la semaine dernière. On doit continuer d’augmenter notre capacité à tester avant que la vie reprenne son cours.

Selon Ian Culbert, directeur exécutif de l’Association canadienne de la santé publique, il ne devrait pas avoir de limite au nombre de personnes qu’on peut tester. La seule limite est notre capacité à faire tous ces tests.

La situation en ce moment

Au pays, c’est environ 15 000 tests qui ont été faits par jour depuis le début du mois de mars. Il y a eu seulement neuf jours où ce nombre a dépassé les 20 000.

Les experts avertissent qu'un trop faible nombre de tests peut cacher le véritable portrait de la maladie. Plusieurs endroits ne testent pas les personnes qui meurent à la maison. Je crois que nous n’avons aucune idée du nombre réel de morts, explique Colin Furness, un épidémiologiste et infectiologue de l'Université de Toronto.

Nous prenons des décisions un peu à l'aveugle, ajoute Ian Culbert.

Le Québec a augmenté de façon importante la cadence de dépistage à partir du 23 mars; la province est passée de moins de 2000 tests par jour à une moyenne de plus de 4100 par jour, soit deux fois la moyenne nationale. 

La plupart des provinces ont elles aussi ensuite augmenté le nombre de tests faits, sans approcher du nombre de tests faits en sol québécois. Ce n’est que le 22 avril que l’Ontario a depuis pris le dessus sur le nombre de tests faits. 

Il existe de grandes variations dans les critères d’admissibilité dans chaque province et le dépistage est limité à certaines catégories de personnes.

Le gouvernement fédéral n'a pas le pouvoir de fixer des normes nationales exécutoires sur qui devrait être testé, ou si la liste des critères de test devrait maintenant être élargie.

Au début de mars, les laboratoires ont été inondés de tests. Craignant de manquer de tests, les provinces ont imposé des critères d’admissibilité. Ceux-ci ont changé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines.

Évolution du nombre de tests de dépistages au Canada

Jusqu’au 9 avril, l’Ontario a testé moins de 5000 personnes par jour, une situation qui avait d’ailleurs été vivement critiquée par le premier ministre Doug Ford.

Le nombre a ensuite graduellement augmenté, mais la province n’a pas franchi le cap de 10 000 tests avant le 22 avril. En date du 24 avril, plus de 220 000 tests ont été effectués en Ontario à ce jour, soit deux fois plus que deux semaines auparavant.

L’Ontario, qui réserve le dépistage pour les personnes hospitalisées, les résidents en soins de longue durée, les travailleurs de la santé, les Autochtones et ceux qui vivent dans des endroits éloignés, a testé 1500 personnes pour 100 000 habitants, moins que la moyenne nationale de 1900 tests pour 100 000 habitants.

Au Québec, Il y a eu quelques hausses notables du nombre de tests effectués vers la fin du mois d’avril, mais le nombre de tests quotidiens est relativement stable – soit entre 4000 et 5000 cas par jour. 

Le Québec donne la priorité à ceux qui vivent et qui travaillent dans des établissements de soins de longue durée, aux travailleurs essentiels de la santé et de la sécurité publique et aux personnes qui vivent dans des milieux à risque, comme les refuges pour sans-abri. Le Québec, contrairement à l’Ontario, a commencé à tester les résidents de foyers pour personnes âgées, même s'ils ne présentent pas de symptômes

Après le Québec et l’Ontario, c’est l’Alberta et la Colombie-Britannique qui ont testé le plus de personnes.

La Colombie-Britannique a été l’une des provinces qui ont testé le plus au début de la pandémie, mais c'est celle qui a testé le moins de personnes en fonction de sa population. Depuis le début d'avril, le nombre de nouveaux tests par jour s’est stabilisé à environ 1000. Depuis peu, la Colombie-Britannique teste toute personne ayant des symptômes de la COVID-19. Reste à voir si ces nouveaux critères augmenteront le taux de dépistage dans la province.

L’Alberta a testé environ 2000 personnes par jour en mars, puis environ 4000 par jour en avril. Jusqu’à présent, près de 1,5 % des Albertains ont passé un test de dépistage de la COVID-19, ce qui fait de l'Alberta la province canadienne ayant le plus haut taux de dépistage par habitant.

Cette province a élargi ses critères d'admissibilité, testant d’abord les voyageurs, puis les personnes à risque présentant des symptômes, puis les travailleurs de première ligne. Le 8 avril, les résidents de Calgary étaient priorisés. L'Alberta permet depuis le 14 avril à toute personne présentant des symptômes du virus d’être testée. 

Le Manitoba a testé plus de 21 000 personnes, soit en moyenne 463 personnes par jour depuis le 10 mars. 

La Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan ont fait chacune entre 500 et 1000 tests par jour depuis mars. Le Nouveau-Brunswick en fait généralement entre 250 et 500 par jour. Le Yukon fait environ une vingtaine de tests par jour; le Nunavut une dizaine.

Terre-Neuve-et-Labrador a testé entre 150 et 250 personnes par jour; les Territoires-du-Nord-Ouest, entre 20 et 200 par jour; et l’Île-du-Prince-Édouard, entre 100 et 200 par jour.

Si l’Ontario et le Québec ont fait le plus de tests, ce sont les Territoires-du-Nord-Ouest qui ont fait le plus grand nombre de tests pour 100 000 habitants, suivis de la Nouvelle-Écosse, du Québec et de la Saskatchewan.

L’Ontario, le Nunavut et la Colombie-Britannique ont les taux de dépistage les plus bas.

Environ 6,8 % des tests au Canada faits s’avèrent positifs. C’est au Québec que le pourcentage de tests est le plus élevé – soit 12,5 %, suivi de l’Ontario avec 6,7 % des personnes testées qui sont considérées atteintes de la COVID-19.

Le Canada se situe parmi les pays qui ont fait le plus de tests.

Le Canada atteindra-t-il 60 000 tests par jour?

Toutes les provinces ont promis d'accroître le nombre de tests faits au cours des prochaines semaines. 

Le gouvernement québécois, qui teste présentement moins de 5000 personnes par jour, promet d'augmenter le nombre de tests au quotidien à 15 000, puis à 30 000 lorsque le matériel pour faire les tests sera disponible.

L'Alberta veut augmenter de 7000 à 20 000 personnes testées par jour d'ici la fin mai, tandis que l'Ontario veut en faire 16 000 par jour d’ici le début du mois de mai. 

L’Île-du-Prince-Édouard promet de tester environ 285 personnes par jour, le Manitoba, 2000 par jour.

La Saskatchewan a augmenté la capacité du laboratoire provincial pour effectuer jusqu'à 1500 tests par jour. Toutefois, elle n’atteint pas la barre des 1000 tests depuis le 8 avril.

La réalité est qu’on est encore très loin de pouvoir tester quotidiennement autant de personnes, croit M. Culbert. On manque non seulement de tests, mais aussi de personnel pour retracer ceux et celles qui ont été en contact avec une personne infectée.

Tester sans isoler la personne et sans retracer les gens avec qui elle a pu être en contact ne donne absolument rien.

Ian Culbert, Association canadienne de santé publique

S'il est heureux de voir les provinces augmenter le nombre de tests, M. Cutbert craint que les politiciens utilisent le fait qu’ils font davantage pour démontrer la présence d'immunité communautaire. « Mais ce n’est pas nécessairement une bonne mesure. Être infecté ne veut pas dire qu’on est immunisé. On ne sait pas si les personnes qui ont des anticorps peuvent être réinfectées et si elles sont immunisées, on ne sait pas pour combien de temps » rappelle-t-il. 

Qui doit être testé?

Colin Furness croit que la plupart des gouvernements n’ont pas de plan stratégique à long terme en ce qui concerne le dépistage. Il n’y a pas que le nombre total de tests qui est important, il faut aussi mieux cibler quelles personnes seront testées et à quelle fréquence, dit-il.

« On ne peut pas tester juste les personnes avec des symptômes », dit M. Furness.

Il faut tester les personnes les plus à risque. Est-ce que ce sont les travailleurs de la santé, les chauffeurs de taxi, les travailleurs dans les épiceries? Et personne ne parle de tester les voyageurs... 

Colin Furness, Université de Toronto

La professeure Sarah Mahshi, du Département de bio-ingénérie de l’Université McGill, estime pour sa part qu’il faut de meilleurs tests de dépistage qui permettront d’obtenir des résultats en temps réel et qui seraient disponibles au grand public, comme un test de grossesse.

« Nos techniques de dépistage actuelles sont efficaces, mais elles prennent beaucoup de temps, de ressources et d’expertise pour pouvoir les analyser », explique-t-elle.

Trouver les personnes immunisées

Il est encore difficile de comprendre exactement comment se propage le virus dans la communauté, puisque les données sont encore trop fragmentaires. « Nous ne savons pas encore le pourcentage de la population qui a été infecté. Peut-être que c’est 1,5 %, peut-être 15 % ou 30 %. », ajoute M. Furness. 

Procéder à un dépistage massif aidera les chercheurs à mieux comprendre le virus et son mode de propagation.

Justin Trudeau a d’ailleurs annoncé la semaine dernière la création du Groupe de travail sur l'immunité face à la COVID-19. Ce groupe a comme mandat de faire des tests sanguins à 2 millions de Canadiens d’ici deux ans et de mieux comprendre qui est immunisé. 

Contrairement aux tests de dépistage actuels, ce test sanguin permettra d’identifier les personnes qui pourraient avoir contracté le virus, mais qui présentaient peu ou pas de symptômes et qui se sont maintenant rétablies.

Les conclusions de cette recherche non seulement aideront à déterminer les meilleures mesures de santé publique, mais elles permettront de voir si un vaccin, lorsqu’il sera découvert, est réellement efficace. 

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