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Réouverture des écoles au Québec : des parents divisés

Une femme se promène avec de jeunes enfants dans une ruelle de Montréal.

Les écoles primaires et les garderies rouvriront leurs portes le 11 mai dans les régions du Québec, à l'exception du Grand Montréal, qui devra attendre au 19 mai.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une réouverture des services de garde et des écoles primaires en deux étapes, un retour en classe non obligatoire, des mesures de protection pour les chauffeurs d’autobus… Québec a dévoilé lundi son plan pour aider les élèves du préscolaire et du primaire à retrouver une vie « normale »; mais pour bien des parents, si la décision a du sens, il subsiste encore plusieurs zones d’ombre.

Pour Jessica Prescott, qui vit à Saguenay, le confinement se déroule « relativement bien ». Son conjoint et elle travaillent tous les deux de la maison, alors on a la chance d’avoir chacun une pièce fermée; nos enfants de 9 ans et 10 ans comprennent bien le concept de si la porte est fermée, c’est que nous sommes en rencontre.

L’enjeu, précise-t-elle, est le partage de la bande passante, parce que ma fille parle avec ses amies en vidéoconférence, mon fils parle avec ses amis en jouant à Fortnite… Autrement, poursuit Mme Prescott, la famille fait l’école à la maison, mais les parents ont préféré acheter des cahiers pour permettre à leurs enfants de travailler, plutôt que de s’appuyer uniquement sur le matériel pédagogique envoyé par le ministère de l’Éducation. L’irritant, c’était beaucoup de choisir l’activité à faire. Les enfants peuvent donc progresser à leur rythme.

Pour Jessica Prescott, dont les enfants pourront retourner à l’école dès le 11 mai prochain, cette reprise des services scolaires se déroulera dans un contexte particulier. Nous, nous avons la chance d’avoir de petites classes, soit environ une quinzaine d’élèves par classe. Nous ne sommes pas non plus une famille à risque. Ma grande fille a bien hâte de voir ses amies… mon garçon, lui, aime bien la PlayStation Life, lance-t-elle en riant, en évoquant l’intérêt de son fils pour les jeux vidéo en ligne, où il peut régulièrement échanger avec son groupe d’amis.

Il faut que la vie reprenne, on en convient, mentionne encore Mme Prescott, qui évoque la nécessité de s’asseoir en famille pour déterminer la suite des choses, en fonction des mesures qui seront mises en place par le gouvernement.

La jeune femme doute cependant de la capacité du personnel enseignant à faire respecter les consignes de distanciation physique. Je ne sais pas comment [mes enfants] vont le faire, mais nous avons pratiqué, et ils comprennent ce que c’est, deux mètres. C’est sûr que les enfants ne comprennent pas les impacts avec la même finesse.

De son côté, Dona Bouchard, mère d’une petite fille de près de 5 ans, ne voit aucun problème à ce que celle-ci retourne en centre de la petite enfance (CPE). Je suis au fait des protocoles; je pense que dans le monde des enfants, il y a 17 cas au Québec. […] Une bonne amie à moi est pédiatre, et nous en avons discuté ensemble. Elle continue d’envoyer ses enfants [en CPE] parce qu’elle est en première ligne, et donc si elle, elle les envoie, je ne vois pas pourquoi je paniquerais, dit-elle.

Mme Bouchard reconnaît toutefois qu’autour d’elle, les parents ne sont pas nombreux à partager son point de vue. Je dirais que je suis dans la minorité.

Situation « un peu plus risquée »

À Sainte-Adèle, dans les Laurentides, Mathieu Houde ne sait pas si l’annonce du gouvernement Legault est une bonne ou une mauvaise chose. Ce père de deux jeunes filles, qui travaille à la maison, dit se trouver dans une situation particulière où il n’est pas nécessaire, pour l’instant, que ses enfants retournent à l’école.

Les filles s’amusent beaucoup ici, elles peuvent aller jouer dehors, dit-il, avant de reconnaître qu’elles ont aussi envie de voir leurs amis.

Le fait de reprendre les cours en septembre seulement ne devrait pas, selon lui, pénaliser cette cohorte de jeunes du préscolaire et du primaire. On parle du premier cycle… Les enfants ne seront pas retardés dans leur carrière universitaire à cause de ces quelques semaines, estime-t-il.

Mais un autre argument vient renforcer sa perception selon laquelle rien ne presse de renvoyer ses filles à l’école : la famille héberge aussi le grand-père du côté maternel, qui est âgé de 66 ans. Et donc, même si M. Houde se dit « d’accord pour retrouver un sentiment de normalité », il reconnaît que la situation familiale est « un peu plus risquée ».

La question que je me pose, c’est que le Dr Horacio Arruda a l’air solide, mais pourquoi l’Ontario, avec moins de cas, a décidé de repousser [la réouverture des écoles] au 31 mai?, s’interroge le père de famille.

Peut-être que la mortalité dans les CHSLD fausse les données, ajoute-t-il.

Déception

Il n’y a pas que les parents qui ont réagi à l’annonce du gouvernement Legault. La jeune Simone, une élève de quatrième secondaire de l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal, se dit « très déçue » d’apprendre qu’elle ne retournera pas à l’école d’ici septembre prochain.

Bien qu'elle garde contact avec certains de ses amis grâce aux réseaux sociaux, elle s’attriste du fait, par exemple, que les élèves de cinquième secondaire ont eu leur dernière journée et ne reviendront pas à leur école pour dire au revoir à leurs amis et à leurs professeurs.

La déception du report de la reprise des cours à l’automne pour les niveaux secondaire, collégial et universitaire est aussi partagée par la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ).

Selon son président Kévin Roy, les parents « ont eu quelques réponses, mais ont encore des questions ». La FCPQ est ainsi satisfaite de ce que les écoles permettront aux parents – « sur invitation », selon le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge – de venir récupérer les effets scolaires de leurs enfants.

Le fait d’avoir présenté un plan relativement clair pour le retour à la garderie et en classe des plus petits semble aussi plaire à la Fédération, tout comme le fait de mettre 15 000 tablettes électroniques munies d’une connexion cellulaire à haute vitesse à la disposition des familles moins bien nanties, histoire de rendre les outils d’apprentissage en ligne accessibles à tous.

Cependant, mentionne M. Roy, nous estimons que les mêmes arguments avancés pour permettre la réouverture des écoles primaires, notamment le bien-être mental des enfants et le besoin de socialiser, étaient aussi valides pour les élèves du secondaire.

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