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analyse

Rouvrir l'économie, mais à quelle vitesse?

Autant il était logique de demander aux gens de rester chez eux, autant il est logique de reprendre les activités graduellement.

Un écriteau sur une porte indiquant que le commerce est fermé.

L’effet de la COVID-19 sur le commerce de détail au Canada est catastrophique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

On ne peut pas espérer une réouverture de l'économie qui ne se fasse pas dans l'ordre. Il faut un plan précis, des règles sanitaires adéquates et, oui, il faut reprendre progressivement les activités. La souffrance économique grandit, d’autres problèmes de santé peuvent se développer, les inégalités peuvent grandir. Mais comment y arriver?

D’emblée, il semble certain que de déconfiner dans l’espoir d’augmenter l’immunité collective n’est pas un geste qui repose sur les connaissances scientifiques disponibles. Ça ne s’appuie pas sur grand-chose de dire qu’on va déconfiner pour développer l’immunité collective, a déclaré Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM, sur ICI RDI lundi. 

Ça prendrait des mois et des années, a-t-elle ajouté, avant d’y arriver, parce que l’immunité collective, ça veut dire que ça prend au moins 80 % de la population qui a été infectée par le virus. On ne voudrait pas nécessairement faire ça, parce que ça voudrait dire autant de mortalité proportionnellement. 

Donc, on ne va pas déconfiner la population et rouvrir l’économie pour arriver à une forme d’immunité collective. Ces propos rejoignent ceux de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada Theresa Tam, répercutés également dans le discours de Justin Trudeau lundi matin, qui a dit qu’il reste encore beaucoup de questions sur l’immunité.

Le premier ministre du Canada invite d’ailleurs les provinces à la prudence dans leur plan de réouverture de l’économie et de déconfinement. 

Ce message a été entendu. Le premier ministre du Québec François Legault, qui avait parlé abondamment d’immunité collective la semaine dernière, a tenu à souligner, en point de presse lundi midi, que ce n’est pas pour augmenter l’immunité collective qu’il a annoncé la réouverture prochaine des écoles. Il le fait parce que c’est dans l’intérêt des enfants et que la santé publique le permet.

C’est parce que la vie doit continuer, a-t-il dit. On ne prévoit pas d’avoir de vaccin avant 12 ou 18 mois… alors, je ne vois pas les enfants rester chez eux pendant 12 à 18 mois. Je pense que la vie doit continuer.

Le nécessité de rouvrir l’économie

Partant de là, il faut mettre en place les conditions nécessaires qui vont permettre la reprise des activités. Il faut rouvrir l’économie en respectant la distanciation physique, en portant des masques quand le recommande la santé publique et en permettant aussi aux gens de revenir lentement et avec confiance vers leur quotidien normal. 

Le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, l’a répété à plusieurs reprises : des problèmes de santé mentale vont se développer dans la population si le confinement dure trop longtemps. Et des économistes, tout comme le ministre des Finances Eric Girard, l’ont souvent évoqué : un arrêt prolongé pourrait avoir des effets importants et structurels sur l’économie. 

L’idée ici n’est pas de revenir aux propos du président américain Donald Trump, qui s’inquiétait à la mi-mars de voir les mesures adoptées être plus dommageables que le mal lui-même. Cette réflexion était insensible et sans fondement. On ne doit pas aujourd’hui rouvrir les écoles et les entreprises pour éviter un choc économique plus grand. On doit le faire parce que c’est dans l’intérêt de tous de procéder à un retour très graduel vers la normale. 

Autant il était logique de demander aux gens de rester chez eux et de déployer le plus gros arsenal historique de soutien financier en temps de paix, autant il est logique de reprendre les activités graduellement à un moment où l’épidémie atteint un plateau et tend à vouloir ralentir. 

Plus de 7 millions de personnes ont demandé de l’aide au Canada. Et plus de 26 millions de personnes ont demandé du chômage aux États-Unis au cours du dernier mois et demi. La population souffre parce que dans l’objectif de contenir la crise sanitaire, une crise économique jamais vue, d’une ampleur exceptionnelle, a été créée. 

Ce que nous vivons a généré beaucoup d’anxiété. Dans la mesure où c’est possible de le faire, dans la mesure où les autorités de la santé publique l’autorisent, il est dans l’intérêt des employeurs, des entrepreneurs, des travailleurs d’avoir accès à un plan de réouverture de l’économie et d’imaginer à quoi pourraient ressembler les prochaines semaines.

L’importance de la subvention salariale et l’aide aux loyers commerciaux 

La subvention salariale, mise en place par le gouvernement fédéral, et qui est disponible depuis lundi matin, pourrait permettre aux employeurs de rappeler au travail, à l’avance, leurs employés. Ce programme d’aide, le plus important de l’histoire canadienne avec une valeur de 73 milliards de dollars, pourrait contribuer à la réactivation progressive des entreprises. 

Le Québec a décidé de rouvrir une partie des écoles le 11 mai. L’Ontario attendra juin et hésite à mettre des dates précises sur les différentes phases de réouverture. Le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan ont annoncé leur plan de reprise, tout comme de nombreux États américains. Plusieurs pays européens ont déjà rouvert de petits commerces et ont relancé une partie de leurs activités économiques. 

Nous sommes tous ensemble à vivre cette situation. Nous sommes tous ensemble aussi à vivre la reprise qui va lentement s’amorcer. Comme la Dre Theresa Tam l’a évoqué à quelques reprises, nous descendons une montagne à la noirceur, sans lampe de poche. L’important ici, c’est que toutes les phases de réouverture se fassent dans un esprit de bienveillance et de souplesse. 

Par exemple, les propriétaires d’immeubles commerciaux doivent participer au programme gouvernemental de réduction des loyers pour les petits commerces. Ils doivent fournir leur part d'efforts. Dans la mesure du possible, les entreprises doivent adopter le programme de subvention salariale pour permettre le rappel des travailleurs. Et, surtout, les mesures de santé publique doivent être respectées entièrement, totalement, sans faillir. 

Je comprends que, pour plusieurs, l’État est trop généreux et met en place des programmes qui ne vont pas inciter personne à reprendre le travail. Il est probable que les plus critiques de l’intervention gouvernementale sont celles et ceux qui sont les moins touchés sur le plan économique par la crise actuelle. 

Cependant, je souligne encore ce chiffre, derrière lequel il y a de vraies personnes, inquiètes et victimes d’une situation dont elles se seraient largement passé : 7 millions de personnes au Canada ont demandé l’aide de l’État. C’est plus du tiers de la population active du pays. Nous sommes passés d’une situation où on manquait totalement de main-d'oeuvre à une situation où on manque d'emploi. 

Il faut garder en tête que ça va prendre une réouverture très graduelle de l’économie. Et, dans les circonstances, il faut que des gens reviennent travailler, mais il faut que d'autres restent à la maison encore quelque temps. Alors, on doit s’entendre pour dire que c’est un équilibre difficile. Une étape importante s’amorce, avec les plans de réouverture, et l’énergie doit être mise maintenant sur son succès.

Il faut ajouter un élément important : la réouverture de l’économie, ce n’est pas seulement la reprise des activités progressivement. C’est aussi un lent retour de la consommation et de la demande. Relancer la production, ça ne veut pas nécessairement dire relancer la demande, a affirmé Jean Raby, PDG de Natixis à RDI économie lundi soir. On a des économies, dit-il, dans les pays plus matures qui sont en Europe et en Amérique du Nord, fondées sur la consommation. Le comportement des consommateurs sera très important.

C’est pour cette raison qu’il faut aider les travailleurs, aider les entreprises et organiser une réouverture ordonnée, encadrée et progressive. 

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