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Analphabète fonctionnel : « la pandémie me force à faire mon coming-out »

Pascal Allard est chanteur country. Le confinement l’a forcé à dévoiler à son entourage son secret : il est ce qu’on appelle un analphabète fonctionnel.

Photo de Pascal Allard prise à Saint-Mathieu de Beloeil, au Québec.

Pascal Allard, chanteur country.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Je sais lire et écrire, assez pour me débrouiller, mais pas assez pour communiquer dans un paquet de domaines. Je dois relire plusieurs fois une page pour en comprendre le sens ».

Le mont Saint-Hilaire est baigné de soleil et, sur le quai de la gare, Pascal Allard se tient dans la lumière pour me parler de ce qu’il a toujours pris soin de garder dans l’ombre.

Si j’ai décidé d’en parler aujourd’hui, alors que j’ai toujours eu honte de ça, c’est qu’il doit y avoir ben du monde, en ce moment, comme moi, de pogné, isolé, largué.

Ce satané virus qui nous oblige à nous isoler a beau être invisible, il a l’art de surligner en gras certains des bobos de notre société qui se cachaient dans un angle mort.

La pandémie et le confinement, c’est terrible pour les analphabètes. Comment on fait pour remplir un formulaire? Pour faire ses impôts? Pour comprendre le mode d’emploi pour envoyer une prescription à la pharmacie? On est livrés à nous-mêmes.

Analphabète. Le mot est problématique puisque, évidemment, il manque de nuances.

Pas capable de lire un menu, mettons, dans un restaurant, c’est 4 % de la population, m’explique André Huberdeau, de la Fondation pour l’alphabétisation. Mais un million de Québécois éprouvent, à divers degrés, de la difficulté à déchiffrer des textes ou des chiffres.

Depuis que Pascal Allard a décidé de parler de son problème, au début de la pandémie, il se heurte à pas mal d’incompréhension, d’incrédulité.

Quelqu’un lui a même a dit d’aller voir un psychiatre.

Il faut dire que, oui, c’est étonnant. Pascal Allard anime une émission sur la musique country à ARTV. Il a travaillé dans le milieu de la télévision, il fait des shows. Il est même allé à l’université.

Comment est-ce possible que remplir un formulaire soit alors aussi essoufflant que de gravir une montagne?

J’ai envoyé ma demande de PCU au gouvernement et ça a été très laborieux. Et personne ne pouvait venir chez moi pour m’aider. Je n’ai aucune mémoire des caractères, des lettres, des chiffres. Je peux lire des articles qui observent une forme traditionnelle. Mais je ne comprends pas un formulaire tout seul, parce que chaque formulaire est différent et que les mots d’un formulaire... ne racontent pas quelque chose.

Pascal Allard est débrouillard et tenace. À l’école, il devait travailler quatre fois plus fort que ses camarades pour y arriver. Mais ses parents avaient trouvé un truc pour le garder à l’école, malgré cette difficulté anxiogène d’avoir maille à partir avec les mots.

Ils sont arrivés à me garder à l’école parce que c’était la condition pour que je puisse jouer de la guitare.

Pascal Allard

Quand nous nous sommes rencontrés au mont Saint-Hilaire, par un après-midi frisquet, Pascal Allard était inquiet de l’impact de son coming out sur sa vie, sa carrière.

Puis il m’a écrit, le lendemain, un texte qu’il a mis plusieurs heures à écrire où il me disait :

Je suis tanné de me cacher, d’avoir honte et d’être malheureux. Je me dis qu’en ce moment, il y en a d’autres personnes isolées qui ont besoin d’aide pour comprendre des documents, faire leurs impôts.

À la lumière de ce confinement que personne n’aurait su prévoir, Allard se rend compte à quel point il est dépendant des autres. J’aimerais pouvoir améliorer ma lecture et devenir plus autonome, parce qu’à chaque fois que je signe quelque chose, j’ai besoin d’aide, souligne-t-il.

Pascal Allard excelle dans l’art de raconter des histoires, celles de chanteurs country vivants ou morts, de leurs complaintes, de leur solitude, de leurs blues et, bien sûr, celles de leurs amours. Celui dont le surnom est le cowboy en running insiste.

Je veux que les gens sachent que le cowboy en running, celui qui raconte des histoires, ben il a de la difficulté à les écrire. J’aurais jamais dû me cacher. Je me cachais pour que les gens continuent de m’aimer.

Pascal Allard

Mais comme tout bon cowboy, running ou pas, Pascal Allard continue d’avancer, même dans l’adversité, inspiré par le thème si cher au chanteur country : cet amour qui ne veut pas mourir.

Les gens qui ont le même genre de problème que moi, venez m’en jaser. La seule chose qui compte, c’est le coeur que vous avez. Et en autant que vous avez du coeur, on va trouver une manière de s’aimer.

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