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Avec des réponses variables, dur d’être fixé sur les taux hypothécaires

Comment se fait-il que les taux hypothécaires n’ont pas baissé au même rythme que le taux directeur de la Banque du Canada? Voilà une question que plusieurs ont posée à La facture.

L'édifice de la Banque du Canada à Ottawa.

L'édifice de la Banque du Canada à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Marie-Claude Asselin fait partie de ces gens dont le prêt hypothécaire arrive à échéance au début de mai. Prévoyante, elle appelle sa conseillère chez Desjardins la première semaine de mars. Elle demande un taux fixe pour 5 ans, on lui propose 2,99 %. Mais elle n’est pas pressée par le temps et ne décide rien sur le coup.

Bien au fait de l’actualité, Mme Asselin remarque que le taux directeur de la Banque du Canada a diminué trois fois depuis quelques semaines.

Elle ne comprend pas alors pourquoi, chez Desjardins, on ne lui propose pas un taux hypothécaire plus bas.

Mme Asselin n’est pas économiste et nous non plus. Aussi, nous tentons de comprendre avec elle pourquoi il n’y a pas une relation directe entre les variations du taux directeur et celles des taux hypothécaires offerts par les institutions financières.

La Banque du Canada, à qui nous nous adressons tout d’abord, nous explique que baisser le taux directeur est une manière de relancer l’économie.

Une baisse des taux d’intérêt incite les gens à réduire leur épargne et à augmenter leurs emprunts et leurs dépenses, tandis qu’une hausse a l’effet contraire.

Josianne Ménard, consultante principale en relations avec les médias de la Banque du Canada

En période de stabilité économique, les institutions financières ont tendance à suivre la banque centrale et à abaisser leurs taux d’emprunt.

Mme Asselin a donc raison de s’interroger.

La Banque du Canada précise cependant qu’il s'agit d'un choix de la part de ces institutions, fait en tenant compte de nombreux facteurs, comme les coûts de financement.

Notons que durant les périodes de tensions sur les marchés, comme celle introduite par la pandémie, ces institutions sont elles-mêmes confrontées à des pressions financières.

La Banque du Canada ne peut donc pas nous indiquer pourquoi certaines institutions financières n’ont pas réduit leurs taux hypothécaires et nous signale que la réglementation ou la surveillance du secteur bancaire n’est pas de son ressort.

Elle nous invite à communiquer plutôt avec le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF).

Au bureau du surintendant, on nous répond :

Le BSIF ne prescrit et n’interdit pas les produits, services et programmes que les institutions financières choisissent d’offrir à leurs clients. Par conséquent, le BSIF ne peut commenter les taux hypothécaires offerts par les institutions financières.

Michael Toope, BSIF

Et on nous recommande alors de nous adresser à l’Association des banquiers canadiens (ABC).

L'ABC ne commente pas les taux d'intérêt commerciaux ou les décisions commerciales de nos banques membres.

Réponse de l’Association des banquiers canadiens

On tourne en rond.

Pourtant notre question est simple : comment se fait-il que les taux hypothécaires ne diminuent pas au même rythme que le taux directeur de la Banque du Canada?

Nous communiquons alors avec Desjardins et les sept plus grandes banques canadiennes.

La Banque Scotia et la Banque TD ne nous répondent tout simplement pas.

À la BMO et à la CIBC, on nous affirme que leurs taux hypothécaires ont baissé depuis respectivement le 10 avril et le 27 mars, et on nous renvoie à leur site Internet.

À la RBC, on est un peu plus explicite :

Les taux hypothécaires reflètent les coûts de financement des institutions financières. Les institutions financières payent présentement une prime de risque plus élevée étant donné les tensions dans les marchés financiers.

Denis Dubé, RBC

À la Banque Laurentienne, on est encore un peu plus précis.

Il est important de savoir que la corrélation entre le taux directeur de la Banque du Canada et le taux affiché des institutions financières n’est pas direct. Chaque dossier est évalué individuellement afin de déterminer le taux qui sera offert pour le type de prêt.

Hélène Soulard, Banque Laurentienne

Et à la Banque Nationale, on nous offre une réponse simple, mais facile à comprendre, pour ceux qui n’ont pas le cerveau de notre collègue Gérald Fillion.

Il faut d’abord distinguer les taux hypothécaires fixes et variables. Les taux variables dépendent entre autres du taux directeur de la Banque du Canada alors que les taux fixes dépendent de plusieurs facteurs, mais peu ou pas du tout du taux directeur.

Jean-François Cadieux, Banque Nationale

Marie-Claude Asselin, on s’en rappelle, avait demandé les taux pour une hypothèque fixe de 5 ans.

Chez Desjardins, sans commenter ce cas particulier, le porte-parole Jean-Benoit Turcotti explique que le taux promotionnel 5 ans fixe est resté inchangé depuis le 10 mars, mais que la tarification des prêts à taux variable a connu une baisse de 1,50 %, soit l’équivalent des baisses du taux directeur

On remarque donc que les taux variables sont plus affectés par la baisse du taux directeur que les taux fixes.

L’instabilité des marchés en raison de la COVID-19 a créé une augmentation temporaire du coût de financement sur les marchés dans l’ensemble des institutions financières, et ce, indépendamment des baisses du taux directeur, ce qui fait que les taux fixes n’ont pas diminué.

Jean-Benoit Turcotti, Desjardins

Mme Asselin, doit donc décider si elle prend une hypothèque à taux variable, qui pourrait continuer à diminuer sans qu’elle en aie toutefois l’assurance, ou y va avec un taux fixe qui est plus indépendant du taux directeur de la banque du Canada.

Mais dans tous les cas, il est bon de se rappeler que les institutions financières ne sont pas des entreprises de charité et qu’il faut prendre le temps de magasiner celle qui nous fera les meilleures offres.

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