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Hausse de 60 % de la subvention versée à la Société des traversiers du Québec

La saga du F.-A.-Gauthier a coûté cher

Le bateau F.-A.-Gauthie accosté dans le port glacé de Matane, au crépuscule

Le F.-A.-Gauthier au quai de Matane

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

Les contribuables québécois ont versé plus de 205 millions de dollars à la Société des traversiers pour l'année financière qui a pris fin en mars. Sans un ajustement de la subvention en toute fin d'exercice, la Société d'État aurait sombré dans un important déficit de 43 millions. Aux problèmes financiers s'ajoute la pénurie de main-d'œuvre, propulsée par le coronavirus, qui pourrait empêcher la STQ d'offrir un service adéquat cet été.

La part du lion du manque à gagner est attribuable à la mise au rancart du traversier F.-A.-Gauthier entre décembre 2018 et janvier dernier.

La Société des traversiers du Québec (STQ) estime à 25 millions de dollars les coûts attribuables à cette interminable saga.

Cette somme inclut les travaux, le temps supplémentaire, mais aussi les solutions de rechange mises en place entre Matane et la Côte-Nord, comme les navettes aériennes et l'achat de l'Apollo.

L'amortissement du Saaremaa représente pour sa part une dépense non prévue de 5,5 millions en 2019-2020.

À cela s'ajoutent deux cales sèches qui étaient prévues en 2018 et en 2020, mais qui dans les faits, se sont déroulées pendant l'arrêt du navire en 2019 et le démantèlement du navire Lucien-L, à la traverse Sorel-Tracy-Saint-Ignace-de-Loyola.

Conséquence : ce sont 77 millions de dollars de plus que les contribuables québécois ont versé à la Société d'État par rapport à l'année précédente.

L'aide gouvernementale à la Société des traversiers a bondi de 61 %. En temps normal, comme le montre le tableau, la hausse de la subvention se situe plutôt autour de 10 %.

Subvention gouvernementale annuelle versée à la Société des traversiers
2016-2017 : 103 605 000 $
2017-2018 : 116 409 200 $
2018-2019 : 127 708 200 $
2019-2020 : 205 347 840 $ +61%

Source : Société des traversiers et Gazette officielle du Québec

Photo : Radio-Canada

La diminution de revenus issus de la traverse a aussi contribué à creuser le déficit de 3,5 millions de dollars.

Les autres nouvelles dépenses de l'année financière 2019-2020 étaient, elles, déjà inscrites au budget.

Pour en citer quelques-unes, mentionnons la mise en service de deux nouveaux navires entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine et l'indice du coût de la vie, pour un total de 30 millions $.

Précision concernant les coûts de la saga du F.-A.-Gauthier

La STQ refuse d'y inclure les coûts imputables à l'achat du Saaremaa et aux travaux réalisés sur celui-ci, c'est-à-dire environ 45 millions $. La Société prétend que l'achat d'un navire de relève était déjà amorcé et qu'il demeurera en fonction pour de nombreuses années. Le bris du F.-A.-Gauthier n'a fait que précéder l'achat d'un tel navire, soutient la STQ.

Garder le cap malgré les vents contraires

Une hélice sous un bateau.

Le système de propulsion du F.-A.-Gauthier est l’un des défauts de conception.

Photo : Radio-Canada

En raison de l'incertitude quant au retour en service du navire, initialement prévu à l'été 2019, la Société a décidé de ne pas modifier son budget en cours de route.

Québec s'était engagé, pour des raisons politiques évidentes, à payer le prix pour réparer le F.-A.-Gauthier.

De concert avec le gouvernement, on avait décidé de plancher sur un budget de continuité, c'est-à-dire comme si les perturbations à Matane n'existaient pas.

Alexandre Lavoie, porte-parole, Société des traversiers du Québec

Naviguant de surprise en surprise, il était impossible d'estimer les coûts totaux pour remettre le navire à flot. Par exemple, ces problèmes de moteurs électriques survenus au moment où le navire s'apprêtait à rependre du service.

Mais est-ce que la STQ aurait pu tenter de réduire ses coûts pour diminuer le déficit? Plus facile à dire qu'à faire, juge Alexandre Lavoie. Les dépenses sont presque toutes reliées aux opérations, la propriété de divers navires et infrastructures a augmenté et on est au minimum [de ce] qu'on peut dépenser en termes de masse salariale.

La COVID accentue la pénurie de personnel à bord des navires

Après une année noire marquée par les déboires du F.-A.-Gauthier, 2020 ne sera pas celle de la relance et de l'espoir pour la STQ.

Déjà aux prises avec d'importants problèmes de main d'oeuvre, la Société doit maintenant se passer de plusieurs travailleurs qui demeurent à la maison en raison du coronavirus. Et rien n'indique que ce sera différent cet été.

L'obstacle principal à l'ajout de traversées c'est la disponibilité du personnel navigant breveté, c'est-à-dire les capitaines, les matelots, les mécaniciens, on recherche du personnel breveté dans pratiquement toutes nos traverses.

Alexandre Lavoie, porte-parole, Société des traversiers du Québec

D'ailleurs depuis mars, le F.-A.-Gauthier n'effectue que trois allers-retours par semaine entre les deux rives.

Bien sûr la clientèle a fondu à cause de la pandémie, mais de toute manière, la disponibilité de l'équipage ne permettrait pas de faire plus de traversées, note Alexandre Lavoie.

Si jamais le gouvernement ouvre les vannes du tourisme, il n'est donc pas certain que le nombre de traversées pourra suivre la demande, à Matane comme ailleurs sur le Saint-Laurent.

Des employés de la Société des traversiers du Québec se trouvent dans la timonerie du Armand-Imbeau II.

Des employés de la Société des traversiers du Québec se trouvent dans la timonerie du Armand-Imbeau II.

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

La Société estime à environ 30 % le taux d'absentéisme de son personnel, toutes motivations confondues.

Les travailleurs qui sont en isolement, ceux qui vivent avec des personnes immunosupprimées ou les 70 ans et plus représentent la majorité de ceux qui ne peuvent se présenter à bord.

Mais ce nombre mérite d'être nuancé. Car la possibilité d'offrir davantage de traversées cet été va dépendre du type de travailleurs absents. Par exemple, si on a trois capitaines disponibles à Matane et que deux tombent malades, ça met à risque le service. Mais si c'est réparti à travers tous les corps de métiers, on n'aurait pas de problème.

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