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Analyse

Le déconfinement : pas le droit à l’erreur

M. Legault arrivant à la conférence de presse.

«Toutes nos décisions sont prises sur recommandation de notre santé publique, au Québec», mentionne une déclaration transmise au nom du Cabinet du premier ministre François Legault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Si on en croit les sondages, François Legault a encore toute la confiance des Québécois pour sa gestion de la crise sanitaire. Mais le plan de déconfinement qu’il entend présenter cette semaine comporte, pour lui, de bien plus grands dangers.

C’est une chose de gérer une crise mondiale qui nous tombe dessus, c’est une tout autre chose de faire les bons choix pour que la société se remette à fonctionner après cette crise. Parce que ce sont les décisions du gouvernement, et pas des causes extérieures, qui feront en sorte que ce déconfinement soit un succès ou un échec.

La première des choses dont il faut s’assurer est un appui populaire au plan que présentera le gouvernement. Cela signifie que les citoyens comprennent bien le pourquoi et le comment. Et la partie est loin d’être gagnée.

La science dont se réclame le gouvernement est celle de l’immunisation naturelle ou immunisation de groupe. Pour reprendre les mots de M. Legault l'idée, c'est d'y aller très graduellement pour que les personnes qui sont moins à risque, bien, puissent développer des anticorps.

Le problème de cette théorie, c’est qu’elle est loin de faire l’unanimité. Contrairement aux mesures de prévention mises en place au début de l’épidémie (se laver les mains, rester à la maison et respecter la distanciation sociale) l’immunisation de groupe reste très controversée.

« Un concept qui ne devrait pas être soutenu »

Ainsi, la Dre Theresa Tam, l’administratrice en chef de l'Agence de la santé publique du Canada, disait samedi que « ce n'est pas un concept qui devrait être soutenu ». Il n’y a pas, selon elle, de masse critique de gens infectés et qui ont des anticorps pour que cela puisse fonctionner.

La Dre Tam est moins connue au Québec que son homologue, le Dr Arruda, mais une chose est claire : si deux scientifiques de ce niveau ne s’entendent pas sur l’efficacité de l’immunisation de groupe, c’est qu’il est loin d’y avoir consensus dans la communauté scientifique. Et sans consensus, le principe de précaution ne devrait-il pas s’appliquer?

Ce qui est troublant, c’est que l’avis de la Dre Tam arrive en même temps que celui de l’Organisation mondiale de la santé, qui soutenait en fin de semaine qu’aucune preuve scientifique n’indique que les personnes qui ont vaincu la COVID-19 et qui ont des anticorps sont immunisées contre une deuxième infection.

Bref, ceux qui se sont remis de la COVID-19 ne seraient donc pas à l’abri d’être malades une autre fois. Ils ne seraient tout simplement pas immunisés. Et pas d’immunisation individuelle, pas d’immunisation de groupe.

Le Dr Arruda en conférence de presse

Il faudra bientôt déconfiner graduellement le Québec, estime le Dr Arruda.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les écoles

Le « comment » est encore plus compliqué. Prenons juste la réouverture des écoles, qui serait le premier jalon du déconfinement. Les parents craignent, non sans raison, que leurs enfants rapportent la maladie à la maison.

Il est vrai que les enfants sont moins à risque de développer la maladie. C’est rare, mais pas inédit. Imaginez la situation si quelques enfants devaient être infectés de la COVID-19 et la propagent à leur famille, ou qu’ils doivent être hospitalisés.

Rouvrir les écoles, dans un contexte de pandémie, devient très complexe. À commencer par la protection des enseignants et du personnel. Par exemple, que fait-on des 40 % des chauffeurs d’autobus scolaires qui ont plus de 65 ans et font donc partie de la population la plus à risque?

Et il y a tout l’aménagement de l’école, des classes maintenant trop petites pour maintenir une certaine distanciation des élèves. Que fait-on des repas à l’école? Des services de garde? Chaque détail compte et tout doit être réussi.

Le gouvernement n’a pas droit à l’erreur, aussi, à cause de sa gestion de la crise jusqu’ici. Ce n’est certes pas le moment de faire le bilan, mais les chiffres sont implacables : avec 23 % de la population canadienne, le Québec a plus de la moitié des cas de COVID-19 et plus de la moitié des décès.

Les CHSLD

On sait maintenant que cela est dû à la situation dans les CHSLD. Le gouvernement essaie d’ailleurs depuis quelques jours de faire des CHSLD un cas à part, et rappelle que les personnes âgées de tous les pays ont été plus touchées par le virus. C’est vrai, mais nulle part ailleurs qu’au Québec a-t-on atteint un seuil comme 85 % des décès venant des résidences de personnes âgées.

On sait aussi pourquoi : dans sa planification, le gouvernement a négligé la partie la plus faible du réseau de la santé, soit les CHSLD. On a tout fait pour maîtriser la situation dans les hôpitaux, et on a comme oublié le reste.

En pleine pandémie, des personnes âgées ont été sorties des hôpitaux pour être envoyées en CHSLD et les mesures de protection du personnel étaient si inadéquates que, de l’aveu même du gouvernement, plus de 4000 employés ont été infectés par le virus.

C’est arrivé parce qu’on n'a pas pris les mesures qui s’imposaient, à commencer par ne plus faire travailler le personnel dans plusieurs établissements. Certains de ceux qui présentaient des symptômes ont même été forcés de rentrer au travail, devenant aussitôt des vecteurs de contamination.

Le déconfinement est beaucoup plus difficile à réaliser que le fait d’ordonner à tout le monde de rester chez soi. Et on n’aura pas le droit à l'erreur.

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