•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tuerie en N.-É. : les leçons de guérison des survivants du massacre de Columbine

« L’étreinte d'un survivant est totalement différente », selon une survivante du massacre de Columbine en 1999.

Une trentaine de personnes rassemblées mettent leurs mains en forme de coeur.

Le groupe The Rebels Project compte plus de 1000 membres issus de dizaines de communautés qui ont été le théâtre d'une fusillade meurtrière.

Photo : Shaun Martin

Radio-Canada

Sept jours après la fusillade la plus meurtrière de l’histoire canadienne, un élan d’amour et de soutien venu des quatre coins du pays déferle encore en Nouvelle-Écosse.

Quand, au fil du temps, l’attention du public se relâchera, les survivants à la fusillade pourront trouver un appui sans pareil en tendant la main vers le groupe de soutien américain The Rebels Project, un réseau qui regroupe des survivants de fusillades.

L’accolade donnée par un survivant est totalement différente de celle d’une personne qui essaie seulement de vous consoler, explique Heather Martin, une survivante du massacre de Columbine, en citant la directrice des relations communautaires du groupe, Missy Mendo, qui est elle aussi une survivante de Columbine.

Le groupe de soutien ne fait pas les premiers pas, souligne toutefois Mme Martin. Actuellement, les gens de Portapique veulent qu’on les laisse tranquilles, explique-t-elle.

Les gens ne comprennent pas ce qu’ils ont vécu. On ne se mêle pas du deuil des autres… tant de gens se sont immiscés dans le nôtre.

Heather Martin, survivante du massacre de Columbine
Heather Martin sourit.

Heather Martin étudiait à l'école secondaire de Columbine au Colorado en 1999, quand est survenu le massacre qui a coûté la vie à 13 personnes.

Photo : Nathan Zapata

Guérir en aidant les autres

Heather Martin a cofondé l’organisme sans but lucratif avec d’autres survivants de Columbine en 2012, après la fusillade qui a fait 12 morts dans un cinéma d’Aurora au Colorado.

Aujourd’hui, The Rebels Project – nommé ainsi en référence à la mascotte de leur école secondaire – regroupe 1000 personnes de douzaines de communautés qui ont connu des fusillades, comme Columbine (1999), Aurora (2012) et Las Vegas (2017).

Les membres se rencontrent tous les mois, habituellement en personne, mais pandémie oblige, les dernières rencontres se sont faites par le biais de Skype ou Google Hangouts.

Une fois par année, les survivants de partout aux États-Unis se rassemblent le temps d’une retraite, pour faire du yoga réparateur, partager leurs histoires et créer des liens.

Laisser le brouillard se dissiper

Ces appuis ont beau déjà exister, bien des gens frappés par une telle tragédie ne commencent à sortir du brouillard qu’un an après, selon Heather Martin. Ils sont rares les survivants qui font une demande pour joindre le groupe privé dans Facebook dans les jours suivant une fusillade. La plupart prennent des mois pour admettre qu’ils éprouvent des difficultés.

Mme Martin souligne qu’elle a elle-même évité pendant neuf ans de parler à qui que ce soit de son expérience à Columbine.

Je ne voulais pas que les gens sachent que j’étais là parce qu’ils m’auraient posé des questions horribles comme “ Oh, mon Dieu, était-ce effrayant? Est-ce que tu connaissais des gens qui sont morts? Connaissais-tu les tireurs?”

Bien des gens veulent connaître les détails des événements de cette journée, mais les survivants ne posent pas ces questions, lance Heather Martin.

Nous comprenons. Ce que nous voulons savoir, c’est comment vous allez maintenant, après coup, comment vous vous sentez. Nous pouvons répondre aux questions concernant les thérapies qui ont marché et celles qui ne nous ont pas aidés.

Heather Martin
Une douzaine de personnes se recueillent devant une série de croix plantées en haut d'une colline avec des centaines de bouquets déposés sur le sol.

Chaque victime de la fusillade à l'école secondaire de Columbine a une croix dans ce memorial érigé à proximité, à Littleton, en avril 1999 (archives).

Photo : Reuters / Reuters Photographer

Apprendre à vivre avec son traumatisme

Pour bien des Néo-Écossais, la dernière semaine a été un cauchemar épouvantable et ils rêvent de reprendre le plus vite possible leur vie d’auparavant. C’est normal, selon Heather Martin, si elle se fie aux centaines de victimes de tueries à qui elle a parlé.

Mais il est impératif pour les victimes de reconnaître leur expérience traumatisante, selon elle.

Les premières années après la fusillade de Columbine, Heather Martin ne se sentait jamais en sécurité dans les lieux publics quand elle ne voyait pas une sortie. Comme elle se considérait « chanceuse » de ne pas avoir été abattue, c’était difficile pour elle de justifier son traumatisme.

Elle a aussi beaucoup craint d’être jugée pour s’être cachée dans une classe pendant la fusillade.

C’est quand une victime réussit à se débarrasser de ce jugement qu’elle peut réellement s’ouvrir à ses émotions et à ce qu’elle a vécu.

Mon sentiment de sécurité est à jamais changé... mais il s'améliore. Il s'améliore beaucoup, reconnaît aujourd’hui la survivante.

Plus de 20 ans après la fusillade qui a marqué sa vie, chaque mois d’avril, Heather Martin ressent encore aujourd’hui beaucoup de colère. Au cours des dernières semaines, ce sentiment ne lui a pas fait défaut : elle se sentait irritable, irascible, mais elle a su reconnaître les signes.

Cette semaine, c’était l’anniversaire de la fusillade qui a marqué sa vie à jamais : elle a diminué sa consommation de produits médiatiques, mais les manchettes annonçant la pire tuerie de l’histoire au Canada lui ont rendu la tâche difficile.

[Comme survivants], vous comprenez mieux que quiconque ce que ces gens traversent comme épreuve.

À partir d’un texte de Duncan McCue, de CBC Radio

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Homicide

Société