•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le « manque de rigueur » fait craindre une éclosion de COVID-19 à l'Enfant-Jésus

20200429142047img0380

L'urgence de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

Des soignants continuent de se déplacer entre la zone chaude COVID-19 et les zones froides à l'unité des soins intensifs de l'hôpital de l'Enfant-Jésus, déplore du personnel hospitalier, qui craint que le « manque de rigueur » dans l'application des mesures de contrôle des infections ne mène à une éclosion.

Contrairement à ceux de Montréal, les hôpitaux de la Capitale-Nationale ont jusqu'ici été épargnés par des infections nosocomiales de COVID-19, c'est-à-dire contractées en milieu hospitalier. À l'exception de l'hôpital Jeffery Hale.

Mais pour combien de temps encore? se demande l'intensiviste François Leblanc. Si les directives de prévention ne sont pas appliquées avec plus de rigueur ou renforcées, de telles éclosions sont à prévoir à l'Enfant-Jésus et probablement ailleurs dans le réseau, estime-t-il.

Ce qui nous sauve à Québec, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de cas et qu'il n'y a pas beaucoup de COVID, explique-t-il lors d'un entretien téléphonique avec Radio-Canada. Mais si on nous demande si la consigne de ne pas circuler entre les unités chaude et froide est respectée, la réponse, c'est non. Et je peux en témoigner, prévient le Dr Leblanc.

À l'Enfant-Jésus, les patients dont on suspecte une infection par le coronavirus sont placés dans la zone tiède des soins intensifs. Les cas confirmés se dirigent vers la zone chaude, alors que les cas infirmés iront en milieu froid.

Pourquoi il y a une épidémie dans les hôpitaux de Montréal? Ce sont les soignants qui contaminent, à partir des soins intensifs. [...] À l'Enfant-Jésus, le médecin qui s'occupe des cas COVID peut circuler partout dans l'hôpital et circule partout dans l'hôpital.

François Leblanc, intensiviste à l'hôpital de l'Enfant-Jésus

Le blâme, selon M. Leblanc, concerne davantage la mise en application des directives par le CHU de Québec plutôt que le comportement du personnel. Si les gens partagent les mêmes aires de repos et les mêmes cafétérias et qu'ils fraternisent, l'être humain étant l'être humain, il va y avoir 15-20 % de triche. Ça ne veut pas dire qu'on est des mauvaises personnes!

Il estime que sans une présence pour rappeler les consignes sur le terrain, les mesures ne seront pas respectées. La rigueur dans les hôpitaux n'est pas suffisante, tranche le Dr Leblanc, qui plaide également pour un renforcement des directives.

À commencer par des équipes de travail dédiées à la COVID-19 uniquement, même s'il y a peu de cas actuellement. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas assez de ressources aux soins intensifs pour le faire, affirme-t-il.

Trop de monde?

Ses constats sur la mobilité du personnel sont partagés par d'autres employés de l'hôpital de l'Enfant-Jésus, dont certains à l'unité des soins intensifs.

Le personnel peut changer d'unité et même d'étage, affirme un employé qui a demandé à conserver l'anonymat pour pouvoir s'exprimer. Ça comprend infirmiers, ergothérapeutes, résidents et même intensivistes. Il ajoutera plus tard à la liste pharmacienne et nutritionniste. Du personnel qui n'a pas besoin d'être présent en tout temps aux soins intensifs, selon lui et de l'avis d'autres employés avec qui nous avons parlé.

Ce travailleur croit que les consignes de distanciation sociale, notamment, sont presque impossible à respecter. Il y a beaucoup d'intervenants [à l'unité des soins intensifs], à mon avis trop, souligne-t-il. Ce n'est pas nécessairement tout le temps rassurant de vivre dans un milieu de travail comme ça, déjà que la COVID, c'est dur pour l'ambiance.

Dans un poste de travail [conçu pour] six personnes, on peut se retrouver une vingtaine.

Un employé du CHU de Québec

À l'instar du Dr Leblanc, un autre employé de l'Enfant-Jésus a l'impression que la direction prend trop de risques. Il n'y pas de nutritionniste [dédiée] COVID, disait-il la semaine dernière. Une professionnelle pouvait donc se présenter dans une chambre auprès d'un patient infecté, puis retourner en zone froide ou tiède.

Il faut relativiser les affaires, prend soin de préciser cet autre employé. Ça va relativement bien. Mais dans un contexte où on manque de masques, de jaquettes, de visières, qu'on nous dit de rentrer [dans la zone chaude] seulement si nécessaire [...], on va tu demander à la nutritionniste d’aller mesurer le patient?

Ce même employé a affirmé que la situation avait changé cette semaine, après les démarches entreprises par Radio-Canada. Il y a désormais une nutritionniste dédiée ainsi qu'une pharmacienne pour un même quart de travail.

Une infirmière qui porte un masque parle dans un radio-émetteur lors de la pandémie de COVID-19 au Québec, le 9 avril 2020

Trop de personnel circule entre les zones chaudes et froides, selon des employés du CHU de Québec.

Photo : Radio-Canada

Pas assez de cas

Jean-François Shields, chef du Département de soins intensifs au CHU de Québec, assurait il y a quelques jours que plusieurs ajustements ont été faits au cours des dernières semaines pour limiter la transition entre les zones. Il affirme que le personnel infirmier, par exemple, ne change pas de zone lors d'un même quart de travail.

Mais il est selon lui impossible, pour une question de ressources, d'appliquer cette mesure pour tous les types d'employés. C'est inapplicable pour certains corps de métier et c'est comme ça que c'est fait à la grandeur de la province à ma connaissance, dit-il.

Il prend pour exemple le cas des intensivistes ou d'un cardiologue de garde.

Pour les intensivistes, il y a un enjeu de ressources. Un intensiviste ne prend pas en charge uniquement un patient. En général, un intensiviste va prendre en charge de 7 à 12 patients.

Jean-François Shields, chef du Département de soins intensifs, CHU de Québec

En date du 29 avril, seuls 8 patients atteints du coronavirus étaient traités aux soins intensifs dans les 2 hôpitaux désignés à Québec, soit l'Enfant-Jésus et l'Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Limiter les contacts

Dr Shields explique que les zones froides, tièdes et chaudes peuvent déménager dans l'hôpital. Ces unités sont appelées à changer d'endroit selon l'évolution de la crise et selon le niveau d'occupation. Ce n'est pas toujours dans le même lieu physique.

Pour transiter entre les zones, les employés doivent appliquer les mesures de prévention et de contrôle des infections, porter l'équipement de protection individuelle dans les zones à risque et le retirer correctement. Chaque fois que quelqu'un sort d'une zone, lavage de mains à la sortie et à l'entrée pour respecter les normes en prévention des infections.

Valérie Dancause, infirmière et adjointe à la Direction des soins infirmiers au Programme de prévention et contrôle des infections, abonde dans le même sens.

Est-ce que les gens vivent de l'anxiété? Oui, peut-être que Dr Leblanc fait partie de ces gens-là. Aucun centre n'est à l'abri [d'une éclosion], mais au CHU, tout nous porte à croire que ce qu'on a mis en place est sécuritaire et rassurant, insiste-t-elle.

Mme Dancause explique que la prévention est modulée selon le niveau de contact du personnel avec les cas de COVID-19.

Les infirmières, qui ont un contact prolongé, ne vont pas changer de zones. Alors que des professionnelles, comme une nutritionniste, pourront se déplacer, à condition de respecter le port de l'équipement, la distanciation et d'appliquer les bons protocoles.

Ces protocoles qui, selon le Dr François Leblanc, ne sont pas suffisamment appliqués avec rigueur sur le terrain.

La COVID-19 dans la grande région de Québec

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Coronavirus