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Vivre son deuil sans se rassembler : le défi des Néo-Écossais

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un imposant mémorial rempli de fleurs, de ballons, de drapeaux et de messages de condoléances installés au bord d'une route.

Le mémorial de Portapique continue de prendre de l'expansion une semaine après la tragédie.

Photo : Radio-Canada / Héloise Rodriguez-Qizilbash

Radio-Canada

Une semaine après la pire tuerie de l’histoire du Canada qui a fait 22 victimes, les Néo-Écossais continuent de trouver différentes façons de faire leur deuil et de se soutenir les uns les autres.

Le défi est grand puisque les rassemblements sont bannis à cause de la pandémie de COVID-19 et qu’on demande aux gens de rester à la maison.

Quand des tragédies de ce genre surviennent, plusieurs personnes cherchent à se rassembler afin de trouver un sens à ces drames, explique le père Bill Burke, qui officie dans la paroisse Ste-Marguerite-Bourgeoys à Sydney, en Nouvelle-Écosse. Ne pas pouvoir le faire complique les choses.

Les réseaux sociaux pourront les aider, d’après le père Burke. La veillée aux chandelles virtuelle de vendredi soir en est un bon exemple.

[C’était] profondément réconfortant, tout en étant déchirant.

père Bill Burke
Le père Bill Burke avec son col romain.

« Le rituel est naturel pour les humains, c’est dans notre ADN », selon le père Bill Burke, de la paroisse Ste-Marguerite-Bourgeoys à Sydney, en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC

Le père Burke espère que les gens ne resteront pas bloqués par ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Nous sommes éloignés les uns des autres, mais nous trouvons des manières de ne pas être isolés les uns des autres, souligne-t-il.

Nombreux hommages aux victimes

Les hommages aux victimes sont multiples et variés en Nouvelle-Écosse.

En plus des nombreux mémoriaux improvisés dans plusieurs communautés, des photos de cœurs, de chandelles, du tartan et des drapeaux de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des poèmes et des chansons continuent d’être publiés sur la page Facebook Colchester-Supporting our Communities en hommage aux victimes.

Un coeur rouge sur lequel sont écrits les noms des victimes.

Mémorial portant le nom des victimes, le 25 avril 2020 en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Héloïse Rodriguez-Qizilbash

Samedi soir, sur Facebook, Drake Jensen, un artiste country du Cap-Breton, a organisé un concert en ligne : A Tribute to the People of Nova Scotia.

Toujours samedi soir, des amis et collègues des infirmières à domicile Heather O’Brien et Kristen Beaton ont formé un cortège devant le Blake’s Pumpkin Jungle à Masstown et se sont rendus au Tim Hortons à Debert, puis aux mémoriaux improvisés en leur honneur. Un moment de silence a été observé par les participants qui portaient des masques médicaux. Les pompiers volontaires ont escorté le cortège.

Toutes les deux étaient de la région et travaillaient ici… Elles se sont retrouvées sur la route au même moment, par pure coïncidence, explique Carol Curley, la directrice régionale de VON pour les zones nord et est en Nouvelle-Écosse.

Plus tôt samedi, un autre cortège organisé par un voisin et ami d’une autre victime, Joey Webber, a défilé à Wyses Corner.

Un cortège de véhicules se suivent sur une route; une camionnette à l'avant arbore une affiche disant « Repose en paix Joey » et un bouquet de fleurs.

Les amis de Joey Webber, une des 22 victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse, ont défilé en voiture à Wyses Corner pour lui rendre hommage.

Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

Faire son deuil, une étape à la fois

Serena Lewis, coordonnatrice en deuil et bien-être à l’Autorité de la santé en Nouvelle-Écosse, soutient qu’il faut s’assurer que des ressources seront offertes à la communauté pour une longue période, pas seulement quelques jours. Une grande partie de son travail a été d’aider les gens de la communauté qui ont besoin d’exprimer leur chagrin.

Les nombreux mémoriaux qui ont été élevés dans plusieurs communautés leur permettent d’apporter des fleurs et de rendre hommage aux victimes, tout en respectant les règles de distanciation physique.

Le mémorial de Portapique s'étend sur plusieurs mètres.

Des dizaines de personnes se succèdent au mémorial de Portapique. Plusieurs sont venus d’aussi loin qu’Halifax pour se recueillir.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

La colère fait partie du processus, dit Mme Lewis. Nous sommes en colère, nos vies ont été perturbées, nous avons perdu un être cher et la colère fera toujours partie du processus, reconnaît-elle.

On travaille avec les gens pour trouver des moyens sains de passer à travers la colère, la peine et l’incompréhension qui font partie du processus de deuil.

Serena Lewis, coordonnatrice en deuil et bien-être

Beaucoup de travail a été fait pour donner accès aux familles des victimes aux ressources dont elles ont besoin pour combler leurs besoins de base et s’assurer que les gens ont ce qu’il leur faut.

Certaines familles ont besoin d’aide pour retrouver un logement stable, ajoute-t-elle.

Comprendre ce que nous pouvons faire en ce qui a trait aux rituels funéraires, ça a été un défi, admet Mme Lewis.

De nombreuses personnes qui perdent un être cher à la suite d’un acte violent vivent souvent un deuil différent, que Roy Ellis, un conseiller en matière de deuil, appelle « l'angoisse ».

Il décrit l’angoisse comme une expérience corporelle complète qui comprend de la colère et de la rage lorsque le mal a été fait à une communauté.

M. Ellis précise que les gens doivent dépasser ces sentiments de rage pour guérir.

Je pense que la première chose que nous voulons faire, c’est être gentils et doux avec nous-mêmes, a-t-il souligné en entrevue à l’émission Atlantic Voice à CBC.

En nous concentrant sur l’amour que nous avons pour nos proches disparus, la beauté de leur vie, la qualité des relations que nous avions avec eux et en permettant à notre cerveau et à notre cœur de se rapprocher, c’est ce qui nous nourrit. Cela nous ramène au cœur de ce qui est important pour les humains, soit le lien et l’amour, explique Roy Ellis.

Avec les informations de CBC

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