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Développer un vaccin contre la COVID-19, un pari risqué qui coûte des milliards

Gros plan sur un échantillon de bactérie manipulé par un chercheur dans un laboratoire.

Plusieurs équipes de recherche à travers le monde travaillent pour découvrir un vaccin contre le nouveau coronavirus.

Photo : Getty Images / Douglas Magno

Radio-Canada

La course internationale pour découvrir un vaccin contre la COVID-19 entraîne son lot d’investissements massifs de la part de pays et d’entreprises qui parient sur des projets de recherche avec très peu de chances de réussite.

La crise mondiale est telle que chacun d’entre nous aura à prendre un maximum de risque pour mettre un frein à cette maladie, a déclaré à Reuters Paul Stoffels, le directeur scientifique pour Johnson & Johnson qui a conclu un partenariat d’un milliard de dollars américains pour accélérer le développement et la production de son vaccin expérimental.

Si nous échouons, ça ira mal, a ajouté M. Stoffels.

Historiquement, seuls 6 % des potentiels vaccins réussissent à percer le marché, souvent après un processus de plusieurs années. Les investissements massifs ne surviennent habituellement qu’après que des tests ont prouvé l’efficacité du produit.

Les règles traditionnelles encadrant le développement de vaccins sont toutefois mises de côté face au coronavirus qui a infecté jusqu’à maintenant plus de 2,9 millions de personnes à travers le monde et qui a provoqué la mort de plus de 200 000 d’entre elles, en plus de paralyser l’économie mondiale.

L’objectif est maintenant de trouver un vaccin, de le tester, de le rendre disponible pour des millions de personnes dans une période de 12 à 18 mois. Les compagnies pharmaceutiques, les gouvernements et les investisseurs ont augmenté comme jamais auparavant leurs dépenses de haut risque.

Au sein des 30 cadres de compagnies pharmaceutiques, responsables de santé publique et experts en pandémie questionnés par Reuters, le consensus est clair : des risques doivent être pris pour assurer le développement rapide d’un vaccin pour la COVID-19 et celui-ci devra être distribué massivement dès qu’il sera approuvé.

Les investissements gouvernementaux, ceux des organismes internationaux et des philanthropes ont été principalement dirigés vers les projets les plus prometteurs, alors que plus d’une centaine de vaccins sont à l'étude à travers le monde. Or, seule une poignée de ceux-ci sont passés à l’étape des essais sur des humains, le véritable indicateur de leur sûreté et de leur efficacité. C’est généralement à cette étape que les projets de vaccins échouent.

Même les projets les plus encourageants sont susceptibles d’échouer. Il est aussi possible que plusieurs fonctionnent ou qu’aucun ne passe le test.

Pour les compagnies dans la course, les bénéfices sont notables : c’est un terrain de jeu intéressant pour tester des technologies et une chance de redorer sa réputation et de vendre des actions. Même si des compagnies comme Johnson & Johnson et GlaxoSmithKline ont indiqué qu’elles rendraient disponible le futur vaccin au prix coûtant, ils pourront quand même faire des profits si une vaccination saisonnière est nécessaire, ou si les pays décident de faire des réserves.

Éviter le scénario de 2009

Par ailleurs, découvrir un vaccin sans être capable de le produire ou de le distribuer motive également les investissements dans la construction d’usines.

Nous voulons faire des investissements tout de suite, à risque, même avant de savoir si les vaccins fonctionnent, pour être immédiatement capables de les fabriquer sur une échelle de centaines de millions de doses, explique à Reuters Richard Hatchett, un médecin qui a travaillé sur la politique américaine face aux pandémies de grippe sous le président George W. Bush, et qui a aussi conseillé le président Barack Obama lors de la pandémie de grippe aviaire de 2009.

M. Hatchett dirige maintenant la Coalition pour l’innovation de la préparation contre les épidémies (CEPI), un consortium pour le développement de vaccins financé par des donateurs privés ainsi que par le Royaume-Uni, le Canada, la Belgique, la Norvège, la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas.

La CEPI a récolté plus de 915 millions de dollars sur les 2 milliards qu’elle compte dépenser pour accélérer les tests et la construction d’usines spécialisées pour au moins trois potentiels vaccins contre le coronavirus.

Car l’une des peurs partagées par les personnes interrogées par Reuters, c’est que même si un vaccin est prouvé efficace, il peut ne pas y avoir assez de doses à distribuer.

Disposer de réserves à travers le monde pour pouvoir immédiatement immuniser des franges à risque de la population – les travailleurs de la santé, les aînés, les personnes avec des problèmes de santé préexistants – pourrait enrayer plus rapidement la pandémie et rouvrir les économies, estime M. Hatchett.

L’autre option est de revivre les scénarios des pandémies antérieures, comme ce fut le cas lors de la pandémie de la grippe H1N1 en 2009, alors que les pays plus riches ont monopolisé les réserves de vaccins.

Sous la pression de l’Organisation mondiale de la santé, ces pays ont finalement dû partager 10 % de leurs réserves avec les pays plus pauvres, mais le mal était déjà fait et seuls 77 millions de doses ont été distribués.

Plusieurs chemins mènent ou non au vaccin

Certains chercheurs effectuent leurs tests de sûreté et d’efficacité en parallèle plutôt que séquentiellement pour accélérer le processus de recherche. D’autres travaillent en simultané avec plusieurs pays pour découvrir la voie la plus rapide jusqu’à la mise en marché.

Ces manières de faire rendent les investissements dirigés vers la construction d’usines plus risqués, puisque différents vaccins peuvent nécessiter un mode de fabrication spécifique.

Une boîte dans un laboratoire sur laquelle il est écrit: Corona Virus 2020.

Plusieurs méthodes sont employées par les compagnies pour développer un vaccin contre le nouveau coronavirus.

Photo : Getty Images / Andrew Caballero-Reynolds

Le vaccin potentiel de Johnson & Johnson, par exemple, utilise un virus du rhume inoffensif auquel on intègre des gènes dérivés d’une protéine sur la surface du nouveau coronavirus, provoquant une réponse immunitaire.

Johnson & Johnson utilise la même technologie qu’elle a employée pour découvrir des vaccins contre d’autres virus, dont celui d’Ebola. Les résultats de ses tests sur des animaux sont attendus pour l’été et les essais sur les humains pourraient débuter au mois de septembre.

En Chine, CanSino Biologics Inc utilise une technologie similaire à celle employée par Johnson & Johnson, mais est déjà à un stade plus avancé des tests. L’entreprise a annoncé ce mois-ci qu’elle avait obtenu les autorisations nécessaires pour effectuer des tests sur des humains.

Sanofi SA, le plus grand fabricant de vaccins au monde, a obtenu du financement pour une autre méthode. Sanofi utilise des cellules d’insectes plutôt que celles d’œufs de poule pour développer une version modifiée de la protéine du virus utilisée pour provoquer une réaction immunitaire.

Et ce ne sont pas que les géants pharmaceutiques qui développent des projets de vaccins.

Moderna Inc, une petite entreprise basée à Cambridge, au Massachusetts, a été la première entreprise aux États-Unis à commencer des essais sur des humains, le mois dernier.

Avec les informations de Reuters

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