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La peur de remettre le nez dehors, effet secondaire du confinement

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Une femme portant un masque en train de regarder par la fenêtre.

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : getty images/istockphoto / LucaLorenzelli

Après plus de 40 jours de confinement, les autorités se préparent à décloîtrer le Québec. Si beaucoup s’écrient : « enfin! », d’autres, au contraire, appréhendent l’inévitable retour à la normale. La COVID rôde encore, le remède se fait attendre et pour plusieurs, la solitude demeure l’ultime rempart contre la maladie.

Au début de la crise, les Québécois piaffaient d’impatience. Vivement le printemps, que nous remettions le nez dehors!

Un mois et demi de pandémie a suffi à calmer les enthousiasmes.

Je vais y penser à deux fois avant d’aller dans un bar ou dans un restaurant quand ça va rouvrir, indique Stéphanie Doucet, une enseignante dans la vingtaine.

Même réticence chez Caroline Daigle, dans la cinquantaine.

Moi je n’enverrai pas mes enfants à l’école, c’est certain. Il n’y pas de médicament, encore moins de vaccin… Il faut quand même se protéger!

Caroline Daigle

Le beau temps revient, mais l’envie d’en profiter n’est plus le même.

C’est tout à fait compréhensible : comme psychologue, je serais préoccupé si les gens revenaient à la normale comme si de rien n’était, affirme Marc-André Dufour.

Le Québec et le monde traversent un traumatisme collectif. Les habitudes sont bouleversées; les émotions, à vif.

Dans ces conditions, c’est facile de voir soit tout noir, soit tout blanc. C’est comme si nous sommes tellement submergés par nos émotions que nous arrivons plus difficilement à faire des nuances, explique le psychologue.

Le psychologue Marc-André Dufour porte une barbe de trois jours et des lunettres noires à monture épaisse.

Le psychologue Marc-André Dufour

Photo : Radio-Canada / Vincent Cantin-Archambault

Pour certains, le domicile est devenu une prison depuis le début du confinement. Pour d’autres, c’est le contraire : la maison s’est transformée en forteresse; leur isolement, seul moyen sous leur contrôle de se prémunir contre la maladie.

Chez l'être humain, le besoin de sécurité est plus important que le besoin d'être intégré socialement.

Marc-André Dufour, psychologue

Il y a des gens qui réussissent à trouver leur confort dans le confinement. Eux vont peut-être se sentir très anxieux lorsqu’il faudra remettre un pas à l’extérieur, analyse Marc-André Dufour.

Le message envoyé par les autorités peut également sembler contradictoire aux oreilles de plusieurs.

D'un côté : ne sortez pas, restez chez vous, n’invitez personne parce que c'est dangereux. De l'autre : nous allons tranquillement commencer à sortir, les enfants vont bientôt retourner à l’école. Ces deux consignes génèrent une tension, parce que nous avons de la difficulté à trouver un sens à tout ça.

Marc-André Dufour, psychologue

Seul le temps aura raison des réticences, suggère le psychologue.

Nous allons voir le nombre d’infections et de décès diminuer. À mesure que ces signes d’espoir vont apparaître, notre anxiété va elle aussi diminuer, croit Marc-André Dufour.

Vaccin ou non, le déconfinement deviendra, un jour ou l’autre, inévitable. L’important, selon le psychologue, c’est de tirer les leçons d’entraide et de solidarité nées de l’expérience.

Dans cette situation que personne n'a pas choisie et qui nous fait souffrir collectivement, aussi bien essayer de trouver une manière d'apprendre quelque chose qui nous sera utile et qui va nous permettre de grandir collectivement.

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